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Full text of "Annales de la Société d'émulation du département des Vosges"

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ANNALES 

DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

DU 

DÉPARTEMENT DES VOSGES. 


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ANNALES 

DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

DU 

DÉPARTEMENT DES VOSGES. 


TOME CINQUIÈME. 


PREMIER C AH 1ER. 


ÉPINAL, 

CHEZ GLEY, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ. 

4843 . 


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MARVARD COLLEGE LIBRARY 
INGRAHAM FOND 


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ANNALES 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

DU DÉPARTEMENT. DES VOSGES. 


SÉANCE PUBLIQUE 


DU 2 MAI 1843 , 

LENDEMAIN DE LA FÊTE DE SA MAJESTÉ. 


Conformément à l'annonce du programme publié 
par ordre de la Société, la séance publique et annuelle 
a eu lieu le 2 mai , à a heures après midi , dans la grande 
salle de l'Hôtel-de-Ville , sous la présidence de M. le 
Préfet , et au milieu d'un nombreux concours des ha- 
bitants de la localité et du département. On remarquait 
parmi ces derniers , MM. Lenfant , président du comice 
de Mirecourt , Husson , membre du même comice, 
et le premier des lauréats , Houel aîné , secrétaire du 


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ANNALES 


comice de Saint-Dié, Lequin (Frédéric), vice-pré- 
sident du comice de Neufchâteau , tous deux lauréats, 
et un grand nombre d'autres membres des comices du 
département. 

M. le président a ouvert la séance par un discours 
plein d'entraînement et de chaleur qui a vivement élec- 
trisé l'assemblée. 

M. le président a donné ensuite la parole à M. Leroy, 
avocat, membre titulaire, chargé deprésenterle compte- 
rendu des travaux de l'année. 

M. Mansion , membre titulaire , a ensuite obtenu la 
parole pour une pièce de vers dont la lecture a excité 
une vive sympathie. 

Enfin , la parole a été donnée à M. Briguel pour la 
lecture du rapport sur les primes décernées dans celte 
séance. 

Immédiatement après la lecture de ce rapport, M. le 
président a procédé à la distribution des primes et des 
médailles. 

Le Secrétaire perpétuel , L. BRIGUEL. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMOLATIOH. 


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DISCOURS D’OUVERTURE 

PAB U. DE LA BERGERIE , 

PRÉFET DES VOSGES , PRESIDENT DE LA SOCIÉTÉ. 


Messieurs , 

Si nous portons nos regards en arrière, vers 
ces douze mois qui viennent de s’écouler, nous 
retrouvons les plus grands sujets d’affliction. 

Le 8 mai , un chemin de fer brûle et dévore 
ceux qui le suivent pour leur plaisir; le 1 3 juillet, 
des chevaux emportés brisent la vie d’un Prince 
que le cœur adore , que l’esprit admire , que 
la raison vénère; le 8 lévrier, chez nos frères 
d’outremer, une ville, une population s’abîment 
dans les fissures d’une terre embrasée. 

Nous avons gémi, nous avons pleuré, nous 
avons porté secours, et pourtant, au milieu de 
ces grandes infortunes , au pied de ce trône d’où 
tombaient de saintes larmes , nous nous sommes 


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abkalk 


relevés, nous nous sommes rappelé nos devoirs, 
et regardant tour à tour le ciel et le pays , dans 
un sentiment tout à la fois religieux et patrio- 
tique , nous nous sommes dit : ne désespérons 
point; dans les malheurs d’un peuple, le courage 
se retrempe ; dans le spectacle des infortunes 
royales, le dévouement et la fidélité se ravi- 
vent; dans les rudes épreuves qui frappent un 
pays, les vertus natives de ses citoyens se mon- 
trent toujours plus belles et plus fortes. 

Ces profonds regrets, ces saintes émotions, 
ces larmes, mais en même temps cette rassurante 
fermeté, tout cela vous a saisis, car, j’en suis 
sûr, jamais vous n’avez cessé de conserver en 
vous le sentiment de ces secrets consolateurs, 
qu’une Société comme la vôtre porte heureu- 
sement dans son sein; jamais, au milieu de ces 
déplorables secousses , vous n’avez perdu de 
vue, ni l’idée créatrice de votre Société, ni la 
pensée intime de ses travaux, ni leur haute portée, 
en regard de l’ordre , de l’action constamment 
réparatrice et de la .sociabilité; et jamais, pour 
tout dire, vous n’avez cessé de retrouver en 
vous cette force particulière qui n’est autre que 
le courage de la raison. 

C’est beaucoup : cette grande pensée est à elle 
seule l’éloge de votre compagnie. Elle l’est , 


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#•» 


» 

DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

parce que c’est dans les associations qui ont pour 
but le bien-être de l’homme, que s’incrustent 
davantage les mœurs solides et la foi stable pour 
les institutions, sau ve-garde de l’ordre et de la 
paix chez tout un peuple. 

C’est dans le sens de ces graves pensées que 
le moraliste sait faire sortir du malheur même 
les plus hauts enseignements ; c’est lorsque le 
calme est revenu , lorsque la résignation et l’es- 
pérance ont ressaisi les cœurs, lorsque le dévoue- 
ment et la tendre sympathie ont adouci les hautes 
infortunes d’un Roi , d’un père , d’une mère , 
d’une veuve désolée , lorsque la charité , cette 
vertu de céleste origine, a travaillé au secours 
des malheureux, c’est alors que l’on se prend 
à reconnaître le bienfait de c es centres de savoir, 
de ce6 forges intellectuelles où le bien se repro- 
duit avec constance et sous toutes sortes de (ormes , 
grâce à la garde de ce feu sacré qui a le nom 
de savoir, grâce à cette ardeur de progrès et 
d’application qui transforme en résultats utiles, 
les idées, les inventions, les découvertes. 

C’est un enchaînement : mais , Messieurs , 
l’anneau est fort qui rattache une Société comme 
la vôtre à la grande société française ; qui relie 
vos travaux à ce qu’il y a de plus désirable pour 


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AHNALCS 


le bonheur des populations : à la sagesse dans 
les résolutions , à la grandeur dans les oeuvres , 
à l’abondance dans les produits. 

Je ne flatte point; je n’adresse point ces pa- 
roles à votre Société comme l’harmonie d’une 
phrase élogieuse : ce que j’exprime ici est sincère 
et sérieux. Tout le monde aujourd’hui rend 
justice à vos travaux ; tout le monde reconnaît 
l’utile influence que vous exercez dans ce dé- 
partement; tout le monde reconnaît que vous 
vous êtes placés à cette hauteur respectable des 
bonnes associations où le bien se fait , où , quel 
que soit le mouvement du dehors , le bien se 
retrouve, comme le principe chimique au fond 
du récipient de la science. 

Une compagnie telle que la vôtre, Messieurs, 
dont tous les membres sont animés de la même 
pensée et vivent du même culte, est en même 
temps l’heureüx symbole d’une douce frater- 
nité , et c’est précisément cette analogie , si sen- 
sible chez vous, des liens de l’association avec 
ceux de la famille qui, quelquefois, doit vous 
rendre certaines pertes plus cruelles. 

Vous .comprenez que je veux rappeler une 
mémoire chère à vos cœurs, que je veux vous 
parler du digne Parisot, du respectable vieil- 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

lard qui , pendant si longtemps , fat Pâme de 
cette compagnie, et dont cette cruelle année 1842 
a terminé l’utile et belle carrière. 

Pour la première fois, depuis bien des années, 
il manque à cette place; pour la première fois 
son oeil vigilant ne suit pas avec une tendresse 
paternelle les détails de çette cérémonie de 
famill e ; pour la première fois , hélas ! ce ne sera 
pas lui qui , à la fin de la séance , et d\ine voix 
ferme et bonne comme Pespérance , viendra vous 
dire : à revoir! 

Le père Parisot (et que ce nom de père, 
d’une si touchante familiarité , demeure à sa 
mémoire ! ) , le père Parisot brillait au milieu de 
nous de toute la verdeur de Pâme la mieux 
trempée. Il réalisait ce mot de Cicéron ; « que 
» les facultés de Pesprit restent aux vieillards 
» dont le travail et Pétude éveillent sans cesse 
» l’intelligence. » Belle pensée et qui , par son 
admirable rencontre, devrait être textuellement 
creusée sur l’une des faces du monument que 
notre piété va faire élever à la mémoire du vieux 
Parisot. Manent ingénia senïbus , modo per- 
maneant studium et industrice . 

C’est que vraiment M. Parisot n’avait jamais 
cessé de travailler , d’apprendre , de recueillir. 

Semblable à nos fleuves vosgiens, parti humble 


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ABSAIÆS 


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de sa source , il s’était enrichi de savoir , il avait 
grandi. De toutes parts, sur son chemin, des 
affluents , quelquefois larges et puissants , quel- 
quefois légers comme la goutte de rosée , mais 
toujours tributaires, lui avaient profité • et le 
jour où il arriva vers l’océan de cet avenir où 
Dieu nous tend les. bras, il pouvait glorieuse- 
ment lutter de force et de grandeur avec l’image 
que je viens de vous offrir. 

Les traits saillants du caractère de cet homme 
de bien étaient la persévérance et la bonté. 

La persévérance , non cette tendance irréflé- 
chie que la sagesse ne saurait admettre , mais 
celle qui se marie avec bonheur à la philoso- 
phie ; celle qui vise au bien , qui demande aux 
essais la lumière de l’expérience et la rigueur 
de la démonstration. 11 savait d’ailleurs , ce vieil- 
lard contemporain de tant de grandes décou- 
vertes , avec quellé peine les ouvriers de la 
science parviennent à foire admettre l’œuvre de 
leur génie et la pratique des hautes innovations. 

La bonté? mais cette bonté du père Parisot 
est chez nous proverbiale. Tous ici nous pour- 
rions en révéler mille traits pleins de charme et 
de délicatesse ; et, je l’avoue , j’aurais peut-être 
cédé à l'entraînement de ces révélations et à l’in- 
térêt d’une telle biographie , si je n’eusse su que 


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ta 


DE LA SOCDÉrf D'ÉMULATIOK. 

tout à l’heure un de nœ collègues, dans quelques 
pages remplies de sensibilité et de judicieuses 
remarques , devait présenter à votre souvenir 
l’ensemble et les détails d’une vie qui se résumé 
dans ces deux mots : le bien du pays et l'honneur 
de la science ! 

Je me suis arrêté avec bonheur sur cette gloire 
d’un homme, parce qu’elle fut réellement la gloire 
de votre compagnie , parce que M. Parisot con- 
tribua pendant bien des années et plus que per- 
sonne , à Vous placer comme point central d’étude 
et de savoir, au milieu de ce bon pays des Vosges 
où, grâce à vous et à lui, beaucoup de bien a été 
&it, où beaucoup de bien est en bonne voie de 
se faire encore. 

Son excellent esprit et sa sagesse pratique lui 
avaient fait comprendre un des premiers, que 
des avantages certains devaient surgir de la créa- 
tion des comices agricoles parmi noos. 

Il avait vu avec beaucoup de bons esprits que 
la forcé même des choses faisait naître cette 
institution , et qu’elle était à la science propre ce 
que le laboratoire est à l’œuvre chimique. 

A une époque où la terre , cette première base 
des richesses sociales, est devenue de toutes parts 
un sujet d’études et d’expérimentations , il avait 
reconnu qu’il était naturel que des associations se 


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AKHAU& 


formassent avec mission , non plus seulement de 
raisonner ou d’écrire , mais avec mission d'entrer 
dans le guérét, de suivre le sillon , de surveiller 
de près la croissance et les progrès du bétail, 
d’apprécier les races , de les régénérer , de recon- 
naître les vices des cultures, de transformer les 
vieilles pratiques en moyens nouvellement éprou- 
vés , de répandre pour ainsi dire de leurs mains 
les bons engrais et les bons semis. 

Tant de bien, Messieurs, le père Parisot l’avait 
admirablement pressenti ; il m’en avait éntretenu ; 
et quand la mort nous l’a enlevé, une grande 
partie de ce bien se trouvait réalisé par les comices 
de Coussey et de Neufchâteau, et surtout par 
ceux de Mirecourt et de Saint -Dié. 

Ces comices , Messieurs , sont ce que je viens 
de dire. Leurs assemblées se tiennent en plein 
champ , sous le ciel , ce pavillon de l’homme , 
comme le disait votre Gilbert , et dans quelques- 
uns de ces sites ravissants , comme savait les 
peindre cet autre vosgien ,' Claude le Lorrain. 

Là, sans aucune des préoccupations que don- 
nent souvent aux esprits les plus sages, des théo- 
ries préconçues et l’opinion des livres , les 
membres du comice raisonnent entr’eux , comme 
de bons cultivateurs, au milieu de leurs troupeaux, 
de leurs charrues, de leurs cultures, de leurs 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOH. 15 

récoltes. Ils se transportent à l’instant d’un point 
à un autre de leur modeste circonscription; ils 
recueillent les laits , les discutent , en apprécient 
les conséquences probables, et répandent avec 
l’intelligence du métier les bonnes méthodes et 
les procédés éprouvés. 

N’est -ce donc pas une œuvre d’action, laite 
pour compléter la noble tâche à laquelle se sont 
vouées depuis long-temps les sociétés telles que 
la vôtre ? Un comice comme celui de Mirecourt, 
par exemple, n’est -il pas une sorte d’enquête 
perpétuelle sur les questions qui vous occupent 
journellement dans l’intérêt du pays ? Mais 
qu’ai-je besoin aujourd'hui de faire devant vous 
de pareils appels à la réflexion? N’est- ce pas 
paraître douter ? Et qui donc doute aujourd’hui 
de l’effet des comices agricoles, soit comme 
moyen direct d’action, soit comme intermé- 
diaire entre la théorie pure et la pratique simple, 
soit comme simple propagande au nom du. bien 
et de l’humanité? 

Outrons les bras aux comices, soutenons-les 
par nos discours, par nos conseils, par notre in- 
fluence , par nos encouragements. Que toutes ces 
institutions de perfectionnement social , grandes 
et petites, se rapprochent sans cesse; qu’elles 
fraternisent, qu’elles mêlent et confondent leurs 


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aunaIiKb 


* travaux ! Dans cette œuvre si douce au cœur de 
l’homme , quelle autre idée que celle d’une sainte 
émulation oserait prendre place ? Liberté et con- 
fraternité , que ce soit là la devise de la Société 
et des comices , et que , pour symbole de cette 
union , se voyent entr’eux , deux mains amies , 
étroitement serrées. 

Mais , Messieurs , si l’agriculture est pour vous 
comme une fille aînée , comme une fille toujours 
avantagée, vous avez d’autres affections qui, chaque 
jour, vous trouvent prêts à agir dans le but du 
progrès et des encouragements. C’est même le 
cercle complet de ces affections et de ces intérêts, 
sous une unique inspiration , qui donne à votre 
institution la haute part d’éclat et d’influence 
qu’elle a dans le pays. 

Ces primes , que tout à l’heure vous allez dé- 
cerner, offrent chaque année la preuve de votre 
sollicitude, de votre intérêt, de vos soins per- 
sévérants dans la carrière utile où vous savez 
marcher. 

Vos travaux annuels portent , non-seulement 
sur tout ce qui concerne l’agriculture, mais ils 
s’étendent encore sur les observations de la mé- 
téorologie , sur les recherches géologiques et les 
découvertes qui s’y rattachent et qui viennent 
éclairer l’histoire de notre vieux monde} ils s’é- 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


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tendent sur l’archéologie , sur la numismatique , 
sur l’histoire naturelle dans ses diverses branches; 
enfin sur tout ce qui élève l’esprit et l’entraîne 
davantage vers ces penchants paisibles et fruc- 
tueux qui font le bonheur, le charme et la sûreté 
d’un état social tel que le nôtre. 

C’est ainsi, Messieurs, que vous vous montrez 
dignes de votre temps , dignes de votre pays , 
dignes du Roi que la France chérit; c’est ainsi 
que vous consolez noblement le cœur du père 
et du monarque. 


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• ANNALES 


COMPTE RENDU 

DES 


TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 
DU DÉPARTEMENT DBS VOSGES, 


DEPUIS LE 3 «il 1843 , ÉPOQUE DE Si DERÉIÈM SÉANCE PUBLIQUE, 

jusqu’au 3 MAI 1843 , 


PAR M. LEROY , 

MEMBRE TITULAIRE. 


Messieurs , 

Chaque année, à cette réunion venait s’asseoir un vieillard 
à cheveux blancs *, son front vénérable rayonnait d’une 
modeste sérénité , lorsqu’il voyait ses concitoyens se presser 
dans cette enceinte pour applaudir aux encouragements 
décernés aux hommes qui avaient bien mérité du pays: 
C’était son plus beau jour de fête , à lui ! 

Aujourd’hui , nos yeux le cherchent en vain , notre 
secrétaire perpétuel n’est plus ! 11 est descendu dans la 
tombe emportant nos regrets. Je n’ai pas besoin de faire 
l’historique d’une vie qui s’est écoulée au milieu de nous. 
Etranger à tous les événements politiques , sans ambition 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


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et sans orgueil , M. Parisot passa par le monde comme un 
ouvrier laborieux , en recueillant des trésors de science 
et en contribnant an progrès social , autant peut-être que 
certains hommes dont les noms retentissent dans le siècle. 
Malicieux avec bonhomie , il avait quelques traits de 
ressemblance avec notre bon Lafontaine. Ses connaissances 
étaient variées ; son style pur , simple et quelquefois bril- 
lant , était comme un reflet des traditions littéraires 
du' grand siècle. Ses études météorologiques appelèrent 
souvent l’attention des hommes les plus élevés dans la 
science. Professeur, il sut mériter l’estime de ses nombreux 
élèves -, bibliothécaire , il mit en ordre une des collections 
les plus précieuses de France. Les manuscrits curieux , les 
éditions rares étaient pour lui l’objet d’un véritable amour. 
Patient comme nn bénédictin , il disposa et annota cette riche 
bibliothèque qui nous venait en grande partie de l’abbaye de 
Moyenmoutier, dans laquelle Voltaire avait puisé, près de 
Dom Càlmet , les documents de son histoire générale ; secré- 
taire perpétuel de la Société d’Émulation depuis son origine, 
il savait avec un tact infini s’effacer lui-méme pour foire 
ressortir le mérite de ses collègues ; jamais il ne manqua 
à une de nos réunions , à moins que des souffrances trop 
aigâes ne le retinssent sur un lit de douleur. Sa mort fut 
un deuil pour nous tous qu’il affectionnait comme ses 
enfants. Son nom snrnagera-t-il au milieu de l’abyme des 
temps? Il n’en avait pas même la pensée. Pour lui C’était 
assez d’avoir été l’un des fondateurs les plus actifs de la 
Société d’Émulation. Après les grandes commotions poli- 
tiques qui , au commencement du 19 e siècle, ébranlèrent si 
fortement le sol de l’Europe , toute l’activité de l’esprit 
humain se porta avec enthousiasme vers les divers genres 
de progrès. Au bruit des armes avaient succédé le calme et 
le repos si favorables à l’étude. Notre département ne 


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ANNALES 


voulut pas rester en dehors de cet immense développement 
intellectuel qui marqua les quinze années de la restauration. 
Les hommes de cœur, comme M. Parisot, s’apercevant que, 
réduits à leurs propres ressources , ils ne pouvaient rien , 
s’unirent en une pensée commune pour marcher, appuyés 
les uns sur les autres , vers le but que l'humanité doit se 
proposer. Ce n’était pas une académie que l’on avait voulu 
fonder , dans laquelle les poètes de la localité , montés sur 
un piédestal , devaient lire à un auditoire endormi des 
bouquets à Chions. Ce qu’on voulait avant tout , sans 
exclure toutefois les travaux de l’esprit , c’étaient des con- 
naissances pratiques. Il fallait pour ainsi dire parler aux 
yeux , mettre la maiq à l’œuvre , descendre des hauteurs 
de la théorie pour se faire comprendre des masses , initiées 
plus rapidement de cette manière à tout ce qui pouvait 
augmenter leur bien-être moral et matériel. 

Les fondateurs de la Société appelèrent donc à eux l’his- 
torien qui aime à feuilleter les annales du passé et à retrouver 
les traces à demi effacées des peuples disparus , et ils lui 
dirent : ici les Druides , au fond des forêts ou sur la cime 
des monts , ont célébré leurs sacrifices sanglants après avoir 
coupé avec une serpe d’or le gui mystérieux ; là , sont 
étendus les débris de villes anciennes , de monuments 
gigantesques , élevés par un peuple conquérant qui pensait 
créer des œuvres aussi durables que son empire ; sur la 
hauteur c’est le château féodal avec ses tours et ses cré- 
neaux, .d’où le guerrier frank après la conquête dominait 
la nation asservie ; plus loin c’est la chapelle , le monastère 
aux flèches gothiques, bâtis au fond de nos montagnes 
pour recueillir, comme dans un port assuré , ces âmes tristes 
et mélancoliques qui ne pouvaient trouver, au milieu des 
agitations et du chaos du moyen âge, la paix et le repos 
dont elles avaient besoin. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


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Ils appelèrent le laboureur et loi répétèrent : allons ! à 
l’œuvre , au travail ! Dans notre bean pays , l'agriculture 
ne pent rester stationnaire ! Vous avez de l’intelligence , 
étudiez , voici de nouvelles cultures que nous indiquons , 
voici de nouvelles semences qui paraissent convenir au sol 
des Vosges ! 

Au poète , au peintre , ils montrèrent ces gais vallons , 
ces fraîches campagnes, ces bois solitaires, dans lesquels 
plus d'une fois a murmuré la lyre des Gilbert et des Pellet, 
ces paysages enchanteurs , ces eaux limpides dont le sou- 
venir resta gravé dans le cœur de Claude le Lorrain. 

A tous ceux en un mot qui ont force et courage , ils ont 
fait appel , et je puis le dire , leur voix a été entendue. Cette 
beureuse pensée de ces hommes , dont plusieurs déjà sont 
descendus sans bruit dans la tombe , ne peut plus être 
étouffée. Vous avez accepté le legs qüi vous avait été fait , 
vous avez suivi le chemin qui vous avait été tracé. A chacun 
d’apporter une pierre si petite qu’elle soit à l’édifice social ! 
Begardez ! de toutes parts autour de vous se fondent des 
comices agricoles , où les hommes de science et de pratique 
apportent le tribut de leurs découvertes et de leurs expé- 
riences. Que ces comices soient les rayons dont la Société 
d’Émulation sera le foyer ! Qu’une union de plus en plus 
étroite et solide , sans esprit de parti , comme vous avez droit 
de l’attendre , s’établisse , et alors , par un échange rapide 
d’idées et d’observations , vous pourrez réaliser ce qui est 
votre but : le progrès et le bien-être de tous. 

C’est en partant de ce principe que , cette année , sur la 
proposition de votre secrétaire perpétuel , vous avez décidé 
qu’on bulletin mensuel de vos séances serait publié et qu’il 
serait répandu dans toutes les communes du département. 
Cette résolution a déjà reçu un commencement d’exécution , 


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ANNALES 


et nous avons le juste espoir que cette publication répondra 
de plus en plus aux vues de la Société. 

C’est surtout en vue des intérêts agricoles que ce bul- 
letin de nos séances a été créé; en France, et principalement 
dans les Vosges , la propriété tend à se morceler à l’infini ; 
chacun a sa petite parcelle de terre qu’il cultive avec plaisir 
et qui suffit aux besoins de sa famille. Ces lois T qui trans- 
•> mettaient tous les biens à l’aîné et empêchaient de cette 
manière le morcellement des terres , n’existent plus ; par 
notre constitution et par les principes sur lesquels elle 
repose , nous tendons à nous séparer de {dus en plus de 
l’Angleterre , qui conserve ce que je pourrais appeler encore 
de vastes fiefs. Dans ce dernier pays , le propriétaire im- 
mensément riche peut,^sans aventurer sa fortune , se livrer 
à des expériences nombreuses et variées. L’élève des bes- 
tiaux est l’objet de toute son attention ; aussi les races 
sont- elles en général plus perfectionnées que celles que 
nous rencontrons dans nos campagnes , parce que nos la- 
boureurs , resserrés dans un petit coin de terre , demandent 
ayant tout au sol la nourriture de leur famille. C’est pour 
prévenir les inconvénients d’un tel système que, sur la 
demande d’un de vos collègues , vous avez proposé des 
primes d’honneur aux cultivateurs qui , d’un terrain donné, 
sans distinction d’étendue , auraient tiré tout le parti pos- 
sible , par des assolements judicieux combinés avec l’élève 
des bestiaux par le moyen de récoltes racines et sarclées 
et de prairies artificielles. 

Mais ce n’est pas tout encore : par la position même de 
nos laboureurs , la nécessité de sociétés d’agriculture se fait 
impérieusement sentir : vous ayez donc une belle et grande 
mission à remplir. Quel est l’homme de la campagne qui 
voudra engager des capitaux pour faire des expériences 


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23 


DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 

qui par malheur ne réussissent pas toujours? Quel est 
celui qui osera, sans craindre pour son avenir et celui 
de ses entants , confier à la terre ces nouvelles semences 
qui amélioreraient peut-être sa position ? Pressé par l'in- 
térêt du moment , il ne peut risquer la récolte d’une année 
qui entraînerait sa raine. 11 faudrait qu’il suivit les or- 
nières du passé , si , grâce aux subsides de l’État et du 
conseil général et aux sacrifices que vous vous imposez , 
vous n’étiez tout naturellement amenés à faire ces expé- 
riences , à détruire les préjugés de la routine et à confier 
an sol des semences inconnues. Et après que vous avez 
mis la main à l’œuvre , après que le succès a couronné vos 
essais , vous les montrez au cultivateur émerveillé qui , sans 
courir alors des chances de perte , accepte cette nouvelle 
source de bien-être matériel. C’est là le rôle que doit joner 
toute société d’agriculture ; mieux vaut , je le crois , cette 
pratique de tous les jours que ces belles théories élevées 
avec beaucoup de fracas et qui s’évanouissent bientôt sans 
bruit et sans retentissement. 

Ainsi, persuadés que le meilleur moyen de répandre 
les bonnes espèces était de les répartir entre les agricul- 
teurs zélés et intelligents dont vous pouviez contrôler les 
expériences, vous avez fait venir à vos frais du lin de 
Riga , du chanvre du Piémont et du seigle multicaule ; 
vous avez aussi reçu, par l’entremise de M. Bergé, votre 
correspondant , de la semence de trèfle du Caboul. Cette 
plante fourragère, essayée pour la première fois en France 
en 1841 par M. Loiseleur-Deslongchamps , promet, sauf 
nouvelles expériences , de surpasser la luzerne en précocité 
et en abondance ; mais avant de recommander d’une manière 
spéciale cette plante aux laboureurs , vous avez voulu que 
des essais fussent tentés sous vos yeux à Epinal , par les soins 
de M, Prosper Petot , qui a été chargé d’en constater le produit 


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24 


ANNALES 


et la qualité , et si , comme on peut l’espérer, les résultats sont 
satisfaisants , vous aurez contribué à faire connaître une 
nouvelle espèce de fourrage , source si féconde de pro- 
spérité pour l’agriculture. M. Ottmaim père, de Stras- 
bourg , dont le zèle est infatigable et le concours précieux 
pour la Société , vous a envoyé du blé de Talavéra et 
de l’orge Nampto , avec une instruction fort bien faite 
sur Ja culture de cette dernière céréale. Depuis long-temps 
vous étiez en rapport avec cet agronome distingué, et vous 
échangiez avec lui le résultat de vos observations agricoles. 
Un lien plus intime devait unir M. Ottmann à la Société 
d’Emulation ; aussi c’est avec empressement que vous avez 
accueilli la demande qu’il vous a faite , cette année , de 
devenir votre correspondant. 

Vous ne pouviez vous arrêter à la culture de nouvelles 
semences ; votre mission doit s'étendre à tout ce qui se 
rattache à l’agriculture et au bien-être des gens de la 
campagne. Aussi , en apprenant que certains animaux 
arrivaient à un développement prodigieux , vous vous 
êtes empressés d’en faire venir 16 à grands frais. Vous 
le deviez , car ces animaux se rencontrent et chez le riche 
propriétaire , dont ils augmentent' la fortune et chez le 
pauvre fermier, dont ils sont presque la seule nourriture 
et la principale ressource. Vous comprenez que je veux 
parler des porcs de Hampshire , dont la vente a été opérée 
par les soins de la commission d’agriculture. Le résultat 
a dépassé vos espérances et le concours nombreux d’a- 
cheteurs venus des lieux les plus éloignés du département , 
en vous montrant l’heureuse influence que vous exercez, 
vous a engagés à faire un nouvel achat de 12 paires de 
ces animaux qui arriveront en juillet prochain. Ceux qui 
ont été acquis par diverses personnes ont d^à atteint 
un tel développement , que sans aucun doute on s’em- 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULÀTION. 


25 


pressera de répondre à votre appel et à vos désirs , en 
répandant avec rapidité cette nouvelle source de richesse 
pour le pays. 

J’ai encore à vous signaler les nouveaux efforts tentés 
cette année par MH. Dutac frères , pour canaliser la Moselle. 
Espérons que bientôt ces grands et magnifiques travaux , 
qni font l’admiration de tous , seront terminés , et que notre 
rivière , resserrée dans un seul lit depuis Epinal jusqu’aux 
limites du département , ne portera plus sur ses bords 
l’aridité et la dévastation. 

Quoique la pratique soit avant tout l’objet de votre at- 
tention , vous avez cependant reçu avec plaisir plusieurs 
mémoires fort importants sur l'agriculture , qui vous ont été 
adressés par des collègues. Je pourrai citer , entre autres , 
un mémoire de M. le docteur Turck , sur les obstacles à 
l’amélioration de l’agriculture et à l’augmentation des bes- 
tiaux : cet écrit ne traite d’agriculture qu’indirectement ;• 
mais les questions qu’il touche s’y rattachent d’une manière 
très-étroite , et ne pouvaient être agitées que par un homme 
aussi versé dans les sciehces physiologiques que l’est M. le 
docteur Turck ; c’est une nouvelle face donnée aux questions 
agricoles , et certes ce n’est pas la moins importante. Notre 
collègue, laissant de côté tes causes ordinaires et bien connues 
de l'infériorité de notre agriculture , se préoccupe beaucoup 
plus d’une cause presque ignorée et qui passe inaperçue anx 
yeux mêmes des agronomes. Cette cause incessante de dété- 
rioration, c’est la cherté excessive du sel, et par conséquent 
Finn possibilité pour l’agriculteur d'en foire usage dans l’a- 
limentation des bestiaux. Nous ne suivrons pas l’auteur dans 
les preuves variées qu’il apporte à l’appui de ses assertions , 
m dans les vues tontes philantropiques auxquelles il se 
livre , concernant l’hygiène du pauvre ; tout cela a besoin 
d’être lu et médité attentivement , et sans doute la Société 


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26 


ANNALES 


» 


ne manquera pas de donner à cette oeuvre remarquable 
toute la publicité qu’elle mérite. 

Vous avez accueilli également une excellente notice faite 
par M. de Villepoix , sur la culture du lin , soit comme plante 
textile , soit comme plante oléagineuse ; un mémoire sur les 
engrais, par H. Monnier de Nancy, dont le rapport confié 
aux soinq. éclairés de M. Mathieu , sera inséré par extrait 
dans le Bulletin mensuel , et enfin une notice sur la culture 
de la betterave, par M. Prosper Petot, agronome à Epinal. 
Mais ce qui doit avant tout nous rassurer sur l’avenir de 
l’agriculture dans les Vosges , c’est l’activité , c’est le dé- 
vouement des comices agricoles. Des relations bienveillantes , 
des communications nombreuses et importantes s’établissent 
entre eux et la Société d’ Emulation, Débarrassés alors de 
toutes entraves , avec l’appui d’une administration sage et 
éclairée , vous pourrez réaliser de concert la pensée de vos 
devanciers. 

Je ne pnis terminer ce qui concerne l'agriculture , sans 
vous rappeler une proposition qui a été faite à la dernière 
séance par M. Berlier. Votre collègue demande que, chaque 
année , comme à Nancy , un concours soit ouvert, et que 
des primes soient décernées en faveur de l’horticulture. 
Cette proposition a été prise en considération , et nous 
pourrons sans doute bientôt apprécier les heureux résultats 
produits par ce concours. 

Après l’agriculture , qui assure la nourriture à l’homme , 
nous devons tout naturellement vous parler de la science qui 
prévient et combat les maladies qui l’affligent. Vous vous 
rappelez que naguère une maladie cruelle , la fièvre ty- 
phoïde, frappait d’effroi nos populations. M. le docteur 
Turck , dont le zèle est infatigable , s'est empressé de vous 
adresser un mémoire sur cette terrible maladie. Dans ce 
travail , votre collègue , s'appuyant de l’observation des 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


27 


médecins de l'antiquité et des temps modernes , a montré 
que le début de cette fièvre est caractérisé par des frissons 
ou par une plus grande sensibilité au front, que la chaleur 
qui succède souvent à ces frissons n’est qu’une des consé- 
quences possibles du défaut d’action de la peau , et que 
l’examen microscopique du sang des malades affectés de 
eette fièvre , examen fait surtout par MM. Andral et Gavaret , 
vient encore confirmer l'observation chimique , en constatant 
qu’il existe beaucoup plus de globules que dans l’état de 
santé , c'est-à-dire , beaucoup plus d’albumine concrète ou 
de fibrine , résultat nécessaire du défaut d’action de la peau 
qui , laissant trop d’acides dans le sang , neutralise ses bases 
en trop grande proportion. 

Après l’examen des causes de la fièvre typhoïde , M. le 
docteur Turck a montré que , suivant lui , le traitement doit 
avoir pour base le rétablissement des secrétions intérieures , 
et qu’au lieu de saigner ou de purger les malades , comme 
beaucoup de médecins le font encore aujourd’hui , il faut 
provoquer des sueurs d’autant plus abondantes que l’af- 
fection revêt des caractères plus menaçants. Ce mémoire 
intéressant , dont les principes sont déjà développés dans 
plusieurs ouvrages de M. le docteur A. Turck , son frère 
et votre correspondant , a fixé l'attention de la Société , qui 
en a ordonné l’impression dans ses Annale». 

Je dois rappeler ici que, dans la séance du 19 janvier 
et sur la proposition de M. le docteur Haxo , la Société a 
décidé qu’un concours serait ouvert sur cette importante 
question , et qu’une médaille d’or de la valeur de 20Q fr. 
serait décernée, dans la séance publique du 2 mai 1814 , 
à l’auteur du meilleur mémoire sur la 'fièvre typhoïde. 

Dans un mémoire adressé l’an dernier au conseil général 
et lu dans une de nos séances, M. le docteur Haxo , critiquant 
la .marche suivie jusqu’à présent pour la propagation de la 


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28 


ANNALES 


vaccine dans le département , demandait une surveillance 
exacte et la vérification de toutes les opérations vaccinales, 
afin que l’administration ne rétribuât que celles qui avaient 
réussi , et qu’on pût faire recommencer celles qui n'avaient 
point donné de résultats. Ce travail , dont l’importance avait 
été justement appréciée par la Société , a provoqué une ré- 
ponse de M. le docteur Turck , qui pense que les moyens 
employés sont suffisants. Il en donne pour preuve la di- 
minution très - considérable des cas de petite vérole ; il 
craindrait d’ailleurs la création d’un privilège en faveur 
de quelques médecins* ' 

M. Haxo a cru devoir répliquer ; et dans la séance soi* 
vante , il a donné de nouveaux développements aux consi- 
dérations qu’il avait exposées dans son premier mémoire. 

Vous avez encore reçu la Physiologie intellectuelle , ou 
l'esprit de l'homme considéré dans ses causes physiques 
et morales , d'après la doctrine de Gall , Spurzheim et 
d'autres auteurs . Cet ouvrage , dont M. le docteur De- 
mangeon , votre collègue , a fait hommage à la Société , 
est la réimpression du travail qu'il a fait paraître en 1806 
pour répandre en France les idées de Gall sur les fon- 
ctions du cerveau , idées qui n’étaient point alors rassem- 
blées en corps de doctrine , et qni n’étaient connues que 
des savants de l’Allemagne. Cet ouvrage qui reçut , lors 
de son apparition , l’accueil le plus distingué , ne peut 
manquer d’intéresser encore davantage , aujourd’hui que ta 
théorie du docteur Gall a reçu la sanction du temps et de 
l’expérience , et que la phrénologie est l’objet de l’examen 
des hommes les plus éminents qui s’occupent de philosophie 
et de législation. 

Et enfin un mémoire plein d’intérêt de M. le docteur 
Chevreuse , de Charmes^ sur une dysenterie épidémique qui 
a exercé ses ravages dans cette ville. Cet ouvrage , dont 


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29 


de la société d’émulation. 

M. Haxo a rendu compte à la Société , tous a décidé à 
admettre M. Cbevreuse au nombre de vos associés libres. 

Ce sont de graves questions que celles qui ont été discu- 
tées par vos collègues qui s’occupent de médecine ; mais si, 
avant tout , la vie de l'homme doit être assurée , vous ne 
pouvez négliger cette branche de la médecine qui conserve 
au fermier son bien et sa nourriture. 

Au nombre des communications faites à la Société par ■ 
M. Mathieu , médecin vétérinaire du département , sur des 
maladies qui auraient eu le caractère épizootique , on peut 
citer l'indigestion vertigineuse qui a régné l'automne dernier 
sur les chevaux de Frizou et de plusieurs communes situées 
sur les rives du Durbion -, plusieurs chevaux en sont devenus 
les victimes ; mais il est incontestable que la perte eût été 
moindre si le mal eût été signalé plus promptement. Les 
causes qui ont engendré la maladie ont aussi paru à notre 
collègue essentiellement différer de celles que , jusqu’alors , 
il avait observées comme la déterminant, puisque c'était 
pour la première fois qne, dans sa longue pratique , il 
voyait l’indigestion vertigineuse exister épizootiquement 
dans une année sèche et chaude. 

La gastro- entérite suraigüe a pareillement occasionné 
d affreux ravages l’automne dernier sur les porcs , dans la 
commune de Dogneville. Avant l'arrivée de M. Mathieu , 
sur un troupeau d’environ 300 bêtes la perte s’élevait déjà 
à 54 animaux ; et qui peut dire où le désastre se serait 
élevé si des soins entendus ne fussent venus arrêter son 
cours ! 

L’année dernière , votre rapporteur vous a annoncé le 
voyage scientifique d’un de vos collègues , M. Mougeot , de 
Bruyères. Vous vous en promettiez d’heureux résultats : cet 
espoir n’a pas été déçu. Des échanges ont été opérée , et 
les objets d’histoire naturelle des Vosges , offerts à MM. les 


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ANNALES 


professeurs administrateurs du muséum de Paris, les ont 
vivement intéressés. La géologie , la végétation des Vosges 
sont en effet si riches , si instructives , qu elles devaient 
amener ce résultat, d’autant plus que les échantillons de 
roches , de fossiles , de minéraux , ainsi que ceux des plantes 
phanérogames et cryptogames de notre département avaient 
été si bien choisis , si bien préparés par notre collègue, qu'il 
était difficile d’offrir rien de plus complet. Une collection 
d’échantillons de marbres des Vosges a surtout attiré l'at- 
tention des professeurs du muséum, qui ont témoigné le 
désir de les faire connaître au commerce de Paris. Il faudrait 
que ce vœu fût rempli , car ce serait une nouvelle source 
de richesses pour le département. 

En Normandie , M. Mougeot a trouvé le même empres- 
sement à établir des échanges et il en a profité largement. 
Votre collègue prépare en ce moment la récapitulation des 
objets déposés dans la galerie d’histoire naturelle du musée 
vosgien , et , sans aucun doute , vous ferez insérer dans 
vos Annales le travail d’un collègue dont le dévouement 
à la science est sans bornes. 

Si , préoccupés du but vers lequel vous tendez , vous 
mettez en première ligne l’agriculture et les sciences , vous 
ne voulez pas cependant laisser dans l’oubli les études 
littéraires. Combien de fois vos séances n’ont-elles pas été 
animées par la lecture de quelques œuvres d’imagination? 
Sans vouloir vous constituer en académie de province et 
peut-être mériter par là quelques-unes de ces épigrammes 
lancées souvent avec raison contre ces génies de clocher, 
dont la réputation ne s’étend pas au-delà de la ville qui 
les a vu naître , vous avez accueilli de ces compositions 
faciles et légères, dont le plus grand mérite était d’être 
faites sans orgueil et sans prétention. Entraînés par les évé- 
nements qui nous emportent avec une rapidité effrayante , 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATIOW. 


31 

desséchés par l'égoïsme qui nous presse de toutes parts , 
on aime à écouter ces bruits inconnus et mystérieux qui 
sont comme un écbo des souvenirs riants de la jeunesse. 
Hélas ! nous arrivons vite à l’été de la vie , qui consume 
tonte fleur , qui sèche toute illusion. Pourquoi doncn’accep- 
terious-nous pas avec plaisir ces œuvres littéraires qui nous 
sont offertes par nos collègues ; vous l’avez fait , Messieurs , 
en applaudissant à quelques pièces de poésie de notre col- 
lègue M. Mansion ; vous avez reconnu dans ses vers une 
fraîcheur de coloris et surtout une hauteur de raison et 
d’idées qui se rencontre par malheur trop rarement dans 
les œuvres de nos auteurs modernes , qui , pressés du besoin 
de l’or , enfantent chaque jour tous les produits les plus 
bizarres' d’une imagination désordonnée. J’en parle avec 
d’autaht plus de plaisir et de justice , que , rédacteur du 
compte-rendu l’année dernière , M. Mansion a cru devoir 
s'abstenir de rappeler les poésies qu’il nous avait lues en 
1842 . 

Votre collègue , M. Salmon , procureur du Roi à Saint- 
Mihiel , vous a adressé ses additions aux conférences des 
instituteurs primaires. A l’apparition de cet ouvrage , vous 
ma avez compris toute l’importance et la portée , et vous avez 
témoigné le désir que ce manuel des instituteurs fût ap- 
prouvé par le conseil royal de l'instruction publique. Ce 
vœu que vous aviez formulé a été exaucé , et ces confé- 
rences , devenues livre classique , seront bientôt répandues 
dans tontes lés écoles de France. Vous en aviez tellement 
compris l’utilité que vous aviez chargé M. Mansion de vous 
en flaire un rapport spécial. Sa critique , consciencieuse et 
éclairée , vous a été lue dans une de vos séances : elle peut 
se résumer en deux mots i l’ouvrage de M. Salmon est 
l’œuvre d’un homme de cœur et d'intelligence. Vous avez 
reçu aussi la relation du voyage de l’infortuné duc d’Orléans 


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ANNALES 


32 

dans les Vosges , par notre collègue U. Cbarton ; quelques 
pièces de poésies et le Guide universel du voyageur à Paris , 
par M. Albert-Montémont. 

Toutefois , si un charme tout particulier nous attire vers 
les œuvres littéraires , il est d’autres ouvrages que l’homme 
sérieux et grave aime à lire et à méditer : je veux parler 
de l’histoire. Le passé prépaie l’avenir. L'humanité s’élève 
sur les ruines des temps anciens. Nous marchons riches des 
idées qu'ont apportées les peuples qui se sont succédés tour- 
à-tour dans le monde. 

Vous avez donc reçu avec un égal intérêt deux documents 
historiques d’une certaine importance pour le chef-lieu du 
département. Le premier est la relation du siège et de la prise 
d’Epinal en 1670 par le maréchal de Créquy. Louis XIV 
promenait son niveau sur toute la France et jetait les 
fondements de cette puissante unité nationale . qui place 
notre pays à la tête de l’Europe. Ses armes victorieuses 
s’arrêtèrent quelques jours devant les murs d’une petite 
ville de Lorraine qui avait un instant conçu la pensée 
de conserver , en dépit du. grand roi , ses franchises et ses 
libertés. Les détails du siège, recueillis dans une gazette 
de l'époque , conservée à la bibliothèque royale de Paris , 
par V. Ballon , avocat , ont été adressés à la Société qui 
en a ordonné l’impression dans nos Annotes. 

Le second de ces documents est la fédération de, 161 5, 
qui vous a été envoyée par notre collègue , M. Salmon. 
Vous connaissez ces temps de douloureuse mémoire. L’é- 
tranger menaçait nos frontières. Les Vosgieas se réunirent 
et jurèrent de défendre le sol de la • patrie de concert 
avec les envoyés d’une ville qui nous adressait un dra- 
peau d’honneur , pour le courage qu’avaient montré nos 
concitoyens. N’est-il pas vrai , Messieurs , que l’on ressent 
un noble orgueil lorsque l’on retrouve dans les annales 


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33 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

du passé des traits de valeur de nos pères? Aussi vous 
avez ordonné que cette feuille glorieuse de notre histoire , 
sauvée comme par miracle de la destruction de nos ar- 
chives , serait déposée dans notre bibliothèque. 

Votre collègue, H. de Cherrier , vous a adressé le premier 
volume d’un ouvrage fort important. C’est Y Histoire de la 
lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe, 
sujet vaste et fécond , qui renferme les plus hautes questions 
d’histoire et de philosophie. Presque tous lès historiens qui 
ont abordé ce sujet , préoccupés d’idées politiques ou reli- 
gieuses , n’ont pu examiner avec sang-froid et impartialité 
cette puissance temporelle des papes , qui a joué un si grand 
rôle dans le moyen âge et contribué d'une manière si active 
au. progrès de l’humanité. Pressés par les circonstances au 
milieu desquelles ils vivaient, nourris des principes de 
cette philosophie railleuse et sceptique de Voltaire , ils ne 
se sont pas inquiétés dès temps , de la situation de la so- 
ciété et des chaos du moyen âge en fermentation , qui 
menaçait d’abolir à jamais le règne du droit. M. de Cherrier 
a su mettre de côté toute prévention; son ouvrage, qui 
dénote un homme qui a recouru aux textes , compulsé les 
mémoires et documents de l’époque, mérite une place dans 
le monde littéraire et nous fait désirer la continuation d’une ' 
œuvre si bien commencée. 

M. Pensée nous a fait hommage de nouvelles livraisons 
de son recueil des anciens monuments civils et religieux 
d’Orléans. Vous avez accepté avec plaisir ce don de votre 
correspondant , qui , malgré l'éloignement , se souvient 
toujours de ses amis et de ses collègues qui applaudissent 
à ses succès. 

Enfin, Messieurs, vous avez voté des remerciements à 
M. Bourion , géomètre , pour des fouilles qu’il a exé- 
cutées sur le territoire de la commune de Trampot, dans 

3 


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34 


ABKALES 


le but d’examiner quelle pouvait être la destination d’un 
canal creusé dans le roc et trouvé dans le chemin de grande 
communication n° 35. La commission des antiquités, à la- 
quelle vous avez renvoyé le rapport de M. Bourion , a regretté 
que son auteur n’eût pas recherché si ce canal ne se reliait 
pas à celui qui a une longueur de 200 mètres et traverse 
Grand dans la direction de Trampot. 

Il paraîtrait, d’après les observations faites par quelques- 
uns de vos collègues , que ce pourrait bien être un de ces 
souterrains par lesquels , en cas de siège , on communiquait 
avec le dehors. 

L'histoire tient à la statistique par des liens très-étroits. 
Les améliorations, les réformes ne peuvent s’exécuter d’une 
manière convenable qu’autant qu’elles reposent sur des bases 
exactes et positives. C’est dans ce but que , l’année dernière , 
vous avez créé une commission permanente de statistique. 
Cette commission s’est réunie et plusieurs modifications 
importantes à l’ancien programme ont été proposées et 
accueillies. 

Cependant il est un ouvrage qui , chaque année , se publie 
sous les auspices de la préfecture , et qui peut déjà fournir 
des documents précieux pour une statistique. Je veux parler 
de l 'Annuaire des Vosges , de notre collègue M. Charton, 
dont le Moniteur , cette année , a fait l’éloge dans un article 
remarquable. L’autenr poursuit avec zèle et courage la tâche 
qu’il s’est imposée ; ne voulant pas se renfermer dans une 
nomenclature sèche et aride , il fait connaître tour à tour 
chacune des parties de notre département. 11 peint dans un 
style pur et élégant les mœurs variées et les coutumes pit- 
toresques de nos montagnes. 

Cette rapide esquisse de vos travaux , vous fera remarquer, 
Messieurs , que , cette année, vous avez continué à marcher 
dans la voie du progrès. Le but de la Société, l’influence qu’elle 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


35 


peut exercer dans sa sphère , sont de plus en pins établis 
d’une manière nette et précise. ÂHssi , permettez-moi de vous 
montrer de quelle manière les étrangers jugent la Société 
d’Emulation. Il y a quelques mois . le congrès scientifique 
de France s’était réuui à Strasbourg. Plusieurs de vos col- 
lègues ont sollicité l’honneur de vous y représenter. Voici 
ce que nous écrivait , il y a peu de temps , l’un des hommes 
les plus dévoués à la science et à votre Société T M. le doc- 
teur Mougeot , de Bruyères : 

« À cette réunion nombreuse de personnes s’occupant de 
sciences , j’ai entendu avec une vraie satisfaction vosgienne 
les paroles d’encouragement accordées aux travaux de la 
Société d’Emulation , sortir de la bouche d’hommes capables 
de les apprécier, et certes , cette approbation spontanée est 
bien faite pour soutenir notre zèle et nons engager plus que 
jamais à rechercher et à faire connaître à nos concitoyens , 
ce qui peut contribuer à leur bien-être et à leur conten- 
tement, but unique de notre Société. » 

Voilà ce qu’on pense au dehors de la Société d’Emulation ! 
Aussi, n’est -il pas étonnant de voir des hommes recom- 
mandables solliciter l’honneur de devenir vos collègues. 
Vous avez , dans le cours de cette année , reçu comme 
membres titulaires, 

V M.Sarazin, professeur de mathématiques au collège, 
qui vous a présenté un mémoire fort ingénieux sur les pro- 
priétés des liquides. Votre nouveau collègue a cherché , 
dans Ce travail , à expliquer la différence qui existe entre 
les liquides et les solides sous le rapport de la compressi- 
bilité. Il attribue cette différence à une force particulière , 
à l’aide de laquelle il explique également l'expansion de 
qnelques-uns d’entre eux , lorsqu’ils passent de l’état liquide 
à l'état solide , et les divers degrés de volatilité qu’ils pré- 
sentent lorsqu’ils passent de l’état liquide à l’état gazeux. 


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36 


ANNALES 


Cette théorie , qui appartient à l’auteur , et qui n’a pu être 
cependant considérée par vous comme formulée d'une 
manière définitive , a mérité vos suffrages ; 

2° M. Beaurain , qui vous a offert plusieurs plans d'é- 
difices, dans lesquels l’habileté de l'architecte s'unit au 
goût de l’artiste ; 

3° M. Mougeot , percepteur à Epinal , qui fait exploiter 
sous sa direction un domaine , dit au Haut-du-Bois , de la 
contenance d'environ 40 hectares. La culture de M. Mougeot 
est une culture exceptionnelle , par rapport à ce qui est usité 
dans la plaine ; car son domaine est situé sur une hauteur 
de 793 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les nom- 
breuses expériences faites par notre collègue , ses connais- 
sances théoriques sur l'agriculture, vous ont fait penser 
que , dans une société avant tout agricole , M. Mougeot 
serait une utile acquisition. 

Vous avez aussi admis comme associés libres ou corres- 
pondants , 

M. Beaupré, juge au tribunal civil de Nancy, auteur de 
plusieurs notices fort intéressantes sur quelques points peu 
connus de notre histoire de Lorraine , entre autres sur l'in- 
dustrie verrière qui , dans le moyen Age , a orné nos vieilles 
cathédrales de ses riches et brillants produits ; sur l’origine 
et les progrès de l’imprimerie dans notre pays, et enfin sur 
l’emprisonnement du due Ferry m , l’un des épisodes les 
plus curieux du xin e siècle. Ces ouvrages , où brillent à la 
fois les connaissances de l’historien et l’esprit consciencieux 
du juge , ont fixé d’une manière toute spéciale l’attention 
de la Société , qui a décidé que des rapports lui seraient 
faits sur chacun de ces mémoires ; 

M. Thomas , professeur en Russie pendant dix années , 
auteur d’un travail manuscrit sur Saint - Pétersbourg et 
Moscou. A cet ouvrage s’attachait un intérêt puissant d’ac- 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 37 

tualité , car , tous savez , Messieurs , combien les nations 
d'origine slave désirent établir des barrières entre elles 
et nous. Tous les hommes sérieux qui se préoccupent de 
l’avenir examinent , étudient avec inquiétude ce colossal 
empire, qui semble renfermer dans son sein les destinées 
des temps modernes. Sa littérature , ses mœurs , sa civilisa- 
tion nous sont à peine eonnus. M. Thomas , par une peinture 
fidèle et exacte des deux grandes cités de la Russie , a fait 
disparaître bien des préjugés qui étaient répandus parmi 
nous ; 

M. Halphen , adjoint au maire du deuxième arrondis- 
sement de Paris , auteur d’un opuscule sur le diamant èt 
les pierres fines , et l’un des collaborateurs au dictionnaire 
du commerce; 

M. deVillepoix, ancien professeur d’agriculture à Roville, 
dont les leçons manuscrites offertes à la Société ont été juste- 
ment appréciées. Ce travail , écrit avec une pureté que l’on 
rencontre bien rarement dans ces sortes d’ouvrages , décèle 
un esprit dont les connaissances sont variées et nombreuses ; 

MM. Ottmann, de Strasbourg, etCbevreuse, de Charmes, 
dont j’ai eu l’honneur déjà de vous entretenir, et enfin 
M. Lenfant , président du comice agricole de Mirecourt ; 
ce titre seul devait foire accueillir avec empressement 
M. Lenfont, dont le mérite est si justement reconnu dans 
le pays ; mais il a voulu en outre vous présenter un 
réglement spécial pour la tenue des conférences de ce 
comice. La Société, après avoir entendu la lecture de ce 
réglement, en a été tellement satisfaite, qu’elle en a or- 
donné l’insertion par extrait dans son Bulletin mensuel. 

Mais si plusieurs nouveaux collègues sont venus prêter 
à la Société d’Emulation le concours de leurs talents et 
de leurs lumières , j’ai le regret de vous rappeler une 
perte que vous avez encore faite t M. Jollois , directeur 


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38 


ANNALES 


des ponts et chaussées de la Seine , est mort dans le cours 
de cette année. 

Jeune encore , votre correspondant avait été choisi pour 
faire partie de cette mémorable expédition d’Egypte qui jette 
sur la vie de Napoléon un si brillant reflet de poésie. 
Avec les autres savants qui accompagnèrent le général en 
chef sur les bords du Nil , M. Jollois alla , au péril de 
sa vie , dans les hypogées de Thèbes dessiner les monu- 
ments silencieux d’une civilisation éteinte. 11 remplit avec 
talent le rôle qui lui avait été assigné dans l’un des plus 
grands drames de l’histoire moderne. Sur les ruines mer- 
veilleuses de la Haute-Egypte , il obéit à la pensée de 
l’homme qui , peut-être par un pressentiment de l’avenir, 
voulait ranimer les étincelles d’une civilisation autrefois 
puissante qui dormait à l’ombre des pyramides , accroupie 
comme le Sphinx dans les sables du désert. 

De retour en France, M. Jollois fut nommé en 1819 
ingénieur en chef des ponts et chaussées dans les Vosges. 
Notre département offrait un vaste champ à ses recherches 
. historiques. Une commission d’antiquités , principe de la 
Société d’Emulation , fut créée , et grâce au concours actif 
et dévoué de plusieurs collègues, le Donon, Bleurville, 
Grand , les voies romaines , que sais-je , toutes ces ruines 
d’un passé évanoui furent explorées , étudiées avec une 
attention particulière. On allait demander à la mort les 
secrets du passé. Chargé de présenter uu projet pour l’é- 
rection d’un monument à la vierge de Çomremy, il conçut 
et réalisa la pensée d’écrire l’histoire de cette fille mer- 
veilleuse , dont le souvenir est uu des plus beaux titres de 
gloire de notre pays. 

Des Vosges , M. Jollois se rendit dans le Loiret, où il 
publia plusieurs ouvrages empreints d’une véritable éru- 
dition. Enfin, nommé officier de la légion d’honneur, di- 


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DE LA SOCIETE D’ ÉMULATION . 


39 


recteur des ponts et chaussées de la Seine, il termina un 
ouvrage sur les antiquités les plus remarquables de notre 
département , qu’il légua avant de mourir à notre Société ; 
legs précieux que nous avons accepté avec bonheur, car il 
rappelait à la fois les liens qui nous unissaient à un homme 
de haute intelligence , et les monuments historiques qui 
offrent un attrait si puissant à l’érudit et au voyageur. 

Ainsi, la mort, Messieurs, marque chaque jour son 
passage parmi nous ; mais si les hommes disparaissent , 
les institutions leur survivent. Quand une pensée utile a 
sa raison d’existence, quand du monde des idées elle est 
passée dans le monde matériel, aucune puissance humaine 
ne peut l’étouffer. Il faut qu’elle fasse son chemin! C’est 
la légende d’Ahasvérus ! Qu’importe donc que demain l’a- 
byme de l’oubli nous engloutisse , pourvu que nous ayons 
fait , dans la sphère qui nous a été désignée par le créateur, 
ce que la société était en droit d’êxiger. Oui , Messieurs , 
Vœuvre des Parisot et des Jollois restera debout , parce 
qu’elle est l’expression d’un besoin du pays, parce quelle 
est éminemment civilisatrice. 

Réunissons -nous donc autour de ces tombes ouvertes, 
cette année , pour accepter l’héritage qui nous a été transmis. 
Le Christ a dit qu’une obole donnée en son nom serait 
remboursée au centuple. Eh bien 1 si nous ne pouvons 
donner qu’une obole à notre pays, donnons-la et peut-être 
nos concitoyens justes et reconnaissants sauront apprécier 
nos travaux , nos efforts et surtout notre bonne volonté ! 



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a 


10 ANNAT,I!S 


RAPPORT 

SUR 

LA DISTRIBUTION DES PRIM ES, 


PAR M. BRIGUEL , 

SECRÉTAIRE PERPETUEL 


Messieurs , 

Indépendamment des primes que vous êtes dans l’habitude 
de décerner tous les ans et qui comprennent once catégories , 
vous avez décidé l’an dernier qu’une douzième leur serait 
• ajoutée en faveur des cultures perfectionnées et des grands 
travaux d’amélioration en tous genres de produits. Un appel 
a été fait à tous les comices du département ; nous leur 
avons demandé de vouloir bien nous désigner eux-mêmes 
4 ceux de leurs membres qu'ils jugeraient avoir le plus de 
droits à ces primes , et vous savez avec quel empressement , 
flatteur pour nous , mais en même temps salutaire aux pro- 
grès agricoles , cet appel a été entendu. Interprète de vos 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 41 

sentiments dans cette circonstance , je leur adresse publi- 
quement ici , et en votre nom , de vifs remerciments pour 
le concours qu’ils nous ont prêté de si bonne grâce , et qui 
va resserrer plus étroitement que jamais les liens qni nous 
unissaient. Hais ce qui ajoute encore un nouveau prix 
aux procédés des comices, c’est la manière avec laquelle 
ils ont répondu à notre appel , c’est le choix même de 
leurs candidats. Vous verrez figurer parmi eux les noms 
des hommes les plus recommandables , soit par leur position 
sociale, soit par leur réputation d’habiles agronomes et 
de praticiens consommés ; et certes , s’il est beau pour eux 
de recevoir ces couronnes des libres suffrages de leurs con- 
citoyens , il ne l’est pas moins pour vous d'avoir à les 
offrir à de si honorables concurrents. 

Onze demandes nous ont été adressées par les comices , 
savoir : trois par le comice de Mirecourt , quatre par celui 
de Conssey , et quatre par celui de Saint-Dié. Sur ces onze 
demandes , pas une n’a été éliminée , mais toutes ne sont 
pas sur la même ligne. 11 y en & quatre qui n’ont pu être 
classées parmi les grandes primes ; elles rentrent dans le 
cadre des primes ordinaires que vous distribuez depuis 
long-temps , et qui se rapportent & la création et à l’irri- 
gation des prairies et à l’introduction de cultures nouvelles ; 
ce sont celles de MM. Français et Thomassin du comice de 
Mirecourt , et de MM. Chevalier et Grandidier du comice 
de Coussey. Les sept autres répondent parfaitement à la 
douzième catégorie de votre programme , et peuvent figurer 
avec distinction parmi vos grandes primes. 

COMICE DE MIBECOURT. 

La prime d’honneur , consistant en nne médaille d’or de 
la valeur de 200 francs , a paru à votre commission devoir 


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42 


AHHALES 


ètreadjugéeàM. Husson , de Mirecourt. Ce candidat a satisfait 
entièrement aux conditions d’une exploitation exemplaire 
et d'nne bonne administration agricole. Chez lui la théorie 
est sagement appliquée, soit dans la culture des terres, 
soit par l’introduction des prairies artificielles et l’emploi 
des jachères en productions utiles , soit enfin par la tenue 
dés étables. Sans se précipiter dans des innovations aven- 
tureuses , M. Husson sait se tenir au niveau des progrès. 
La plupart des instruments perfectionnés lui sont connus 
et sont employés habituellement dans sa ferme. Il va cher- 
cher lui-même , soit à Alfort , soit à Autun , les animaux 
précoces et d’un facile engraissement ; c’est ainsi qu’il 
possède les Tunquins, lès Anglo-Chinois, les Hampshire, 
moins toutefois dans des vues de spéculation que dans 
le but d’introduire et de répandre ces races dans le pays , 
après avoir étudié celle qui pourrait s’y acclimater le plus 
avantageusement. Il essaie également toutes les plantes 
nouvelles , soit fourragères , soit eéréales , soit légumi- 
neuses , et on trouve chez lui le trèfle hybride , le trèfle 
de Caboul , le pe-tsaie ou chou chinois , le seigle multi- 
caulc , l’orge nampto , etc. Cette année , il va cultiver en 
grand le seigle multicaule dont le produit est si abondant 
et si varié. 

L’étendue de son domaine est de quatre-vingts hectares 
trente-trois ares. Plus de la moitié y est consacrée aux 
fourrages et aux tubercules , entièrement dépensés dans 
la ferme à l’entretien de nombreux bestiaux de toute nature , 
qui s’élèvent à près d’une tète par hectare. Dans ce nombre 
on compte vingt vaches laitières qui , vu la proximité de 
Mirecourt et par conséquent la vente facile du lait , sont 
d’un revenu assuré , et en même temps une cause puis- 
sante de fécondité territoriale. 

Les deux autres candidats du même comice , MM. Fçan- 


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DE LA SOCIETE D’ÉMULATION . 43 

çais (Laurent) d’Offroicourt , et Thomassin (Jean-Laurent) 
d’Ahéville , ne peuvent concourir pour nos grandes primes , 
puisque leurs travaux ne rentrent point dans les conditions 
de cet article du programme ; mais tous deux ont des droits 
incontestables à une distinction , d’après les articles 2 et 6 
du même programme , où il est question de la création 
et de Tirrigation des prairies et de l'introduction de cul- 
tures nouvelles. 

« Le premier, suivant le rapport du comice , est parvenu , 

* à force de travaux et de soins , à transformer en prairies 
» naturelles plus de trois hectares d’un terrain contigu 
» à une prairie de la même contenance. Il a ainsi obtenu 
» une grande prairie d’une seule pièce , dont il a préparé 
» la fertilité par des travaux de nivellement et un système 
» d’irrigation jusqu’à présent inconnu dans sa contrée. 

» Le second , résistant au déplorable préjugé qui entache 
» encore cette partie de l’arrondissement contre les prairies 
» artificielles , s’est livré pendant sept années à cette pré- 
» cieuse culture avant de rencontrer des imitateurs ; il 
» a fait plus , il a étudié cette branche de production , 
» et en a fertilisé des champs impropres à d’autres cultures. 

» Enfin , par des épierrements considérables , des ni- 
» vellements et des transports de terre végétale , M. Tho- 
» massin a transformé en une bonne vigne , un terrain de 
» seize ares jusque-là improductif, et en un beau verger, 
» une petite friche qu’il possédait à l’entrée de son village. » 

En conséquence , la commission vous propose de décerner 
à chacun de ces candidats une médaille de bronze. 

COMICE DE COUSSEY. 

Le comice de Coussey nous a adressé quatre demandes 
de primes. Sur ce nombre deux seulement ont pu concourir 


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44 


ANNALES 


pour les grandes primes de culture ; les deux autres rentrent 
dans la catégorie des créations et irrigations de prairies 
artificielles. 

Le jury de ce comice nous a présenté en première ligne 
M. Lequin (Frédéric) , cultivateur à la ferme de Boinville , 
commune d’Autigny-la-Tour , et en seconde ligne M. Quinot 
(Joseph), maître de poste à Martigny-lès-Gerbonvaux. La 
commission , partageant tout-à-fait cette manière de voir , 
vous propose de la confirmer en décernant au premier une 
prime de cent francs et une médaille d’argent , et au second 
une médaille d’argent sans prime. 

La ferme de Boinville exploitée par M. Lequin ne donnait 
que de chétifs produits et pouvait à peine , sous les pré- 
cédents fermiers, fournir à la nourriture de vingt- cinq 
tètes de bétail , tant’ chevaux , vaches que moutons. 

Aujourd’hui M. Lequin, par la création de prairies 
artificielles, la culture de récoltes racines et sarclées , 
obtient sur cette ferme des produits abondants qui suf- 
fisent à nourrir un nombreux bétail , composé de quatre 
cent cinquante-neuf moutons , quinze chevaux , trois mulets , 
trois vaches et cent quatorze porcs. L’amélioration obtenue 
par la grande extension donnée à ces diverses cultures pro- 
cure à cette exploitation une masse considérable d’engrais , 
et a fait disparaître de son sol les ronces et les épines 
dont il était couvert avant ces judicieux assolements. 

14 e maire de la commune atteste en outre qu’il s’est assuré , 
par la comptabilité qui lui a été soumise , que les produits 
en grains ne rapportaient en moyenne , dans les premières 
années de l’exploitation du candidat , commencée en 1833 , 
que quatre fois et demie la semence , et que, dans les trois 
qui viennent de finir, ils l’ont rapportée en moyenne près de 
quatorze fois. 

Le même fonctionnaire atteste encore , et le comice le 


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bE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 45 

cob firme , que M. Lequin emploie les instruments perfec- 
tionnés pour faciliter la main-d’œuvre de la culture des 
betteraves et des pommes de terre , qu’il cultive en grand ; 
qu’il se sert de charrues nouvelles , extirpa teur , etc. ; que 
l’exemple qu’il a donné parla création d’une grande quantité 
de prairies artificielles s’est propagé dans le pays , où il 
en existait fort peu avant lui. 

Enfin , sur une étendue de 80 hectares que comporte 
ce domaine , plus de la moitié est consacrée aux fourrages 
et aux racines , employés à l’élève de nombreux bestiaux 
qui , d’après (es chiffres donnés précédemment , appro- 
cheraient de beaucoup la quantité requise pour une cul- 
ture perfectionnée. 

La ferme de Gerbonvanx , qui est également de la con- 
tenance de 80 hectares , appartient à M. Quinot depuis 
1833. Elle était louée, avant cette époque, moyennant 
un canon annuel de 28 hectolitres 80 litres de blé et de 
38 hectolitres 40 litres d’avoine. Les fermiers étaient bien 
loin de pouvoir payer le fermage stipulé. Ils n'entrete- 
naient qu’un chétif bétail , bien au-dessous de celui qu’il 
eût fallu pour suffire à l'exploitation de la ferme. 

Aujourd’hui M. Quinot, par la création de 21 heetares 
de luzerne et le grand développement qu’il a donné aux 
récoltes racines et sarclées , a considérablement amélioré 
cette ferme , sur laquelle il nourrit trois cents mérinos , • 
sept bœufs et vaches , et douze chevaux pour le service 
de la poste. De la sorte il se procure de nombreux engrais , 
avec lesquels il porte l’amélioration de sa propriété à un ' 
haut degré , sans avoir recours aux produits de ses grandes 
prairies naturelles , qu’il livre au commerce. 

Les deux antres concurrents dn même comice rentrent, 
comme je l’ai déjà «fit , dans la catégorie de nos primes 
ordinaires. 


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ANNALES 


46 

1° M. Chevalier (Denis- Hector) , maître de forges à 
Rebauvois , commune de Saint - Elophe , a entrepris des 
travaux ingénieux pour l’irrigation d’un pré de la conte- 
nance de 6 hectares 61 ares, attenant & son usine, mais 
qui ne sont pas de nature à être pratiqués dans beaucoup 
de localités : la nature du terrain et sa disposition toute 
particulière ont seules permis de les èxécuter. Ce pré est 
bordé dans toute sa longueur par la rivière du Vair et par 
le petit étang qui alimente son usine. Dans sa partie su- 
périeure , ce pré se trouve de beaucoup plus élevé que 
le niveau -ordinaire de la rivière , mais dans sa partie infé- 
rieure le sol est d’environ 50 centimètres au-dessous des 
eaux , qui sont retenues dans cet endroit par des digues 
bien nivelées et gazonnées. 11 arrivait de cette disposition 
naturelle du sol que, dans les débordements , les eaux passant 
avec rapidité sur la partie submergée la dégradaient et la 
creusaient dans divers endroits. Pour remédier à ce grave 
inconvénient, M. Chevalier a fait creuser un canal trans- 
versal dans la partie la plus basse du pré , et continuant 
ce canal en retour sur toute la rive opposée à la rivière , 
il a fait de ce pré une petite Ile qu'il entoure d'eau à 
volonté. 

U résulte de ces dispositions , 1° que le pré étant barré 
dans sa partie inférieure par le canal et par des digues 
établies à une hauteur convenable , les eaux dans les grands 
débordements ne dégradent plus le sol , et y déposent au 
contraire leur limon ; 2° que ce pré , constamment entouré 
d’eau , est convenablement arrosé et peut être assimilé & 
ceux de première qualité. 

2° M. Grandidier (Nicolas), maire à Autreville. Par 
suite de travaux assez difficiles , exécutés il y a 5 mis , 
M. Grandidier a converti en prairies naturelles une pièce 
de terre de la contenance de 2 hectares 50 ares , sise au 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 47 

finage de la commune de Punerot. Cette terre qui ne pro- 
duisait presque rien était submergée une très-grande partie 
de Tannée ; mais depuis les améliorations introduites , son 
rapport annuel a été considérablement augmenté. 

La commission vous propose nne médaille de bronze 
pour chacun de ces deux candidats. 


COMICE DE SAIET-DIÉ. 


Le comice de Saint -Dié a présenté quatre candidats, 
savoir : deux pour la culture perfectionnée et deux pour 
les prairies modèles. La commission adoptant les conclu- 
sions du jury spécial de Sainl-Dié vous propose , 

Pour les cultures perfectionnées : 

1° Une médaille* d argent à M. May , de Mandray ; 

2° Une médaille de bronze à M. de Bazelaire , de Saulcy ; 

Pour les prairies modèles : 

1° Une médaille d’argent àM. Houëlatné, ancien principal; 

2° Une médaille de bronze à M. Ferry ( Edouard) , avocat 
à Saint-Dié. 

Les cultures dans les montagnes n’ont rien d’analogue 
avec celles de la plaine; elles n'ont et ne peuvent avoir 
ni la même étendue de terrain , ni les mêmes espèces 
de plantes. Dans les montagnes , abondent surtout les 
prairies naturelles , où elles sont portées au plus haut degré 
de perfection : la nature et l’art en ont fait de vrais modèles 
dans ce genre. La culture proprement dite y est par cela 
nécessairement restreinte , et vu la qualité du sol , elle ne 
peut embrasser une aussi grande variété de plantes : en 
un mot , les prairies , voilà l’état normal des montagnes ; 
les cultures y font pour ainsi dire exception , et sont au- 
tant de conquêtes de l’industrie humaine sur une nature 


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ANNALES 


48 

rebelle. C ent ce que va vous confirmer un rapide examen 
des beaux travaux présentés au concours par les quatre 
candidats du comice de Saint-Dié. 

Le domaine exploité par M. May est d'une contenance 
de 13 hectares, dont près de la moitié en prairies naturelles. 
Avant son exploitation , ces prairies produisaient peu et 
en mauvaise qualité ; les champs , vu leur position for- 
tement inclinée , étaient regardés comme impropres à la 
culture ; ils étaient laissés en friche ou fourrière , servant 
de pâturages , et produisant tous les 8 ou 10 ans une grande 
quantité de genêts , après lesquels et sur un écobuage on 
semait une ou deux céréales pour les laisser de nouveau 
produire des genêts. Le revenu en était pour ainsi dire nul. 

Aujourd'hui , sous la main habile de M. May , les prairies 
fournissent deux coupes d’excellente qualité au lieu d’une 
seule très-mauvaise. Les champs offrent aussi un aspect 
bien différent : en place de genêts et de ronces , on y voit 
prospérer les pommes de terre , le seigle , le sarrazin , 
le trèfle et le froment. Les assolements pratiqués par l’ha- 
bile agronome sont aussi très-variés et adaptés à la nature 
des terres. C’est ainsi que , suivant qu’elles sont fertiles , 
médiocres , ou de qualité inférieure , l’assolement est de 
4 , de 5 ou de 6 années. Le nombre des bestiaux est dans 
un rapport très - favorable à la prospérité du sol et lui 
fournit en aboûdance de quoi réparer les vices de sa nature. 
Je regrette beaucoup de ne point entrer dans plus de dé- 
tails , et àe ne pouvoir suivre M. May dans les révélations 
instructives de son intelligente pratique. C’est une lacune 
fâcheuse que nous aurons à combler dans notre bulletin 
mensuel , en y inscrivant tout au long les documents pré- 
cieux fournis à la petite culture par un homme qui est 
tout à la fois praticien consommé et habile agronome. 

La culture de M. de Bazelaire offre également des amé- 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


49 


liorations importantes. Ainsi 10 hectares de terre , situés 
sur une hauteur, abandonnés en maigres p&turages, et 
qui n’étaient cultivés qu’à de longs intervalles faute d’en- 
grais, sont maintenant rendus à la culture et soumis à 
un assolement quadriennal où figurent des récoltes racines, 
des céréales et des fourrages artificiels. Des luzernes semées 
en lignes depuis 2 ans , dans des terrains privilégiés , pro- 
mettent des récoltes d’autant plus abondantes que le sol 
est proprement tenu entre les lignes. 

Les instruments perfectionnés sont mis en usage par 
M. de Bazelaire , tels que l’araire de Roville , le rouleau , 
la houe à cheval , le battoir. Le bétail y est en rapport 
très - favorable avec les exigences d’une bonne culture. 
Parmi les taches , les unes sont de race suisse , les autres 
de la race dite de Bouquenom (Lorraine allemande) ; mais 
la. préférence est donnée à ces dernières , qui fournissent 
on lait beaucoup plus riche. 

Le domaine de M. Houël était primitivement de la con- 
tenance de 8 hectares i;2 , dont moitié en terres labourables, 
et moitié en prairies naturelles : aujourd’hui, grâce aux 
travaux les plus persévérants et lès mieux dirigés , il est 
de pins de 12 hectares, par la conversion de terrains impro- 
ductifs en prairies excellentes , qui sont de véritables 
conquêtes sur la nature la plus sauvage. 

Les travaux entrepris par M. Houël ont eu d’abord 
pour objet l’assainissement des parties basses et tourbeuses , 
au moyen de fossés profonds d'un mètre et au-delà, avec 
empierrement recouvert de mousse. Il a ensuite abaissé 
plusieurs mamelons pour régulariser les cours d’eau. Le 
fond ainsi nivelé livre passage à un canal d’irrigation 
qui féconde une prairie de près de 5 hectares. Ce canal, 
en passant près des écuries -de la ferme , recueille tous 
les débris fécondants et les distribue le long de son cours. 

4 


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50 , 


ANNALES 


Un antre avantage de oe véhicule naturel , c'est qu’il Marrie 
les graviers et les sables terreux que pousse le torrent , 
lors de la fonte des neiges et des grandes pluies , et qui 
plus tard servent de remblais pour améliorer les parties 
basses. Enfin un troisième moyen de fertilisation employé 
par le même agronome , c’est de faire passer dans les 
étables et dans le voisinage des réduits à porcs , «n filet 
d’eau qui sert à laver les dalles et les rigoles , recueille 
les purins et les emmène dans la prairie ; c’est en outre 
ua excellent moyen de salubrité pour les habitations des 
bestiaux. 

C’est par ces travaux ingénieux et persévérants que 
M. Houël est parvenu à doubler dès •maintenant les re- 
venus de son domaine , revenus qui avant peu auront 
amorti les brais occasionnés , et deviendront une pleine et 
entière jouissance. 

La prairie de H. Ferry , avocat à 8aint-Dié , est située 
sur la rive gauche de la Meurtbe ; sa contenance totale 
est de 18 hectares. Avant 1 829 , ce terrain était divisé en 
3 2. parcelles , dont la plupart n'étaient arrosées que par 
des eaux de mauvaise qualité. Les terrains étaient mal 
nivelés et ne donnaient que de faibles produits; La réunion 
de toutes ces parcelles dans la même main pouvait seule 
permettre les améliorations nécessaires. C’est ce que tenta 
d’abord un agriculteur obligé plus tard de vendre sa 
propriété à M. Ferry , qui en devint acquéreur à la fin 
de 1838. 

Tous les travaux de oe dernier se concentrèrent d’abord 
sur deux points , 1° réunir les eaux suffisantes et de bonne 
qualité pour arroser tons les points de la prairie ; 2° creuser 
des rigoles et des canaux d’écoulement pour ressuyer promp- 
tement le sol. Je n’entrerai pas ici dus les détails d’exé- 
cution relatés au procès-verbal ; ils sont oe qu’on peut 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 


&1 


attendre due pays oi» de semblables travaux sent portés 
depuis long-temps à leur pe rfe ction. En résumé , rétablis- 
sement d’nae nouvelle prise d’eau dans la Mearthe et 
les tranu d'amélioration. exécutés depots 4 ans ne dé- 
passent pas une somme de 2500 francs , et cependant les 
produits ont été augmentés de moitié de ce qu'ils étaient 
avant 1830 , et Us devront doubler «buis quelques années , 
lorsque le soi ans profité pendant on temps suffisant des 
bienfaits d’une bonne irrigation. 

SUITE DES PRIMES ACCORDÉES A L AGRICULTURE. 


A «es onze primes décernées sur les présentations des 
comices viennent s’en ajouter boit antres appartenant aussi 
à l'agriculture , mais parvenues an secrétariat de divers 
points da département ; en tout , dix-neuf primes pour 
l’agriculture. Ce résultat est on ne peut plus satisfaisant ; 
il témoigne à la fois de l’importance qn’on attache h voa 
encouragements , et partout d’on esprit de pr o grè s et de 
louable émulation dans la pratiqué d'un art si utile, 
mate trop long -temps abandonné à une aveugle routine. 

Le premier de cette seconde catégorie de candidats , celui 
que votre omnmission vous présente avec une sorte de 
prédilection , est le nommé François Michel , d’Épinal. 
Elle est beu cesse d’avoir h vous si gna l er , dans un jeune 
hamms obscur et modeste ignoré de tons et s’ignorant 
lui-même , les pins nobles qualités du cœur et la pratique 
intelligente de son art. 

Je ne saunas mieux fore , pour vans dévoiler tout le 
mérite de cet intéressant cultivateur, que de reproduire 
en partie le rapport que noos en a fait l’un de nos eon- 
càtojens en signalant ce candidat aux recherches de la 


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52 ANNALES 

Société. « Comme cultivateur, bous a dit M. Petot, Mi- 

> cbel est intelligent , observateur et passionné pour son 
» art. Personne mieux que lui n’est au courant de ce qui 
» se sème et se récolte sur le finage ; à force d’observations , 
» il a fini par acquérir à un haut degré le tact de ce qui 
» convient à un sol pour l'améliorer et en obtenir de bous 
» produits, H a compris qu’il est inutile de recourir aux 

> versaines avec la puissance de l’engrais ; aussi , plus de 

> la moitié de . son exploitation est-elle annuellement con- 
» sacrée aux prairies artificielles et aux plantes sarclées. 

» Tous les ans , Michel augmente l'étendue de son ex- 
» ploitation. Il a commencé avec 2 hectares et demi de 
» terre , aujourd’hui il en cultive près de 6 en plus , qu’il 
» a pris à bail , et que les propriétaires lui louent avec 

> plaisir, parce qu’ils sont assurés qu’entre ses mains les 
» terres ne peuvent que s’améliorer. 

» Voilà le cultivateur ; voici maintenant l’homme moral. 
> Les parents de Michel avaient sept enfants. En sa 
» qualité d’atné de cette nombreuse famille , à peine eût- 
» fi atteint sa douzième année qu'il lui fallut supporter 
» les plus rudes travaux. A partir de cette époque , il 
» n’y eut plus ni jeux ni plaisirs pour lui. Il se plia 
» cependant aux exigences de sa position ; jamais un mur- 

> mure n'est sorti de sa bouche. C’est probablement à 
» cette constance et à ce dévouement que ses parents ont 

> dû de ne pas connaître une extrême misère ; cas déjà un 
» jardin avait été vendu , et ils redevaient plus de la moi- 
» tié de leur petit domaine. 

» C’est en cet état que François Michel trouva les affaires 
» de sa famille , lorsqu’à peine âgé de 25 ans , il perdit en 
• moins de six mois son père , sa mère et l’atnée de se» 
. soeurs. Il fut laissé , lui sixième , tuteur de cinq enfants 
» mineurs dont le plus jeune n’avait que 5 ans. Le fardeau 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


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» était bien lourd pour un jeune homme : une nombreuse 
» famille & soutenir et des dettes pour héritage ! Il ne se 
» découragea pas néanmoins ; il ne vendit rien et entreprit 
» ce que ses parents n’avaient pu faire : élever ses frères 
» et sœurs sans mendier le secours d’autrui , et dégager 
» leur faible patrimoine des charges qui le grevaient. 

» Les deux aînés apprirent un état ; une sœur , enfant 
« de 12 à 13 ans, fut installée, ménagère; les deux plus 
» jeunes furent envoyés à l’école. Depuis quatre ans qu’il 
» remplit les devoirs d’un bon père de famille , son activité 
• et son zèle ne se sont pas ralentis ; les dettes se payent ; 
» les enfants sont bien nourrit , bien vêtus , convenable-* 
» ment élevés ; Michel seul n’a pas plus de soins de sa per- 
« sonne, il ne vent pas se créer de nouveaux besoins. * 

Telle est, Messieurs, la noble et pieuse conduite de 
François Michel envers les siens , telle est sa vie d’abné- 
gation , de sacrifiées de tous les instants. Il n’est pas besoin 
de commentaires à de pareils faits ; ils sont assez^ éloquents 
par eux - mêmes , ils parient à tous les cœurs. Et tout cela 
cependant se passait dans l’ombre , à nos portes , loin des 
regards excitateurs de la foule, sous un sarreau de bure ! 
Ob ! qu’un pareil dévouement est beau ! qu’il nous est doux 
de le révéler, de le proclamer, de l’apprendre peut- être à 
ce digne jeune homme pour qui la vertu n’a rien que de 
facile , et chez qui le bien est une inspiration du cœur ! 

Aussi votre commission s’empresse - 1 - elle , tout en re- 
grettant de ne pouvoir faire davantage , de vous proposer 
une prime de 100 francs et une médaille de bronze en faveur 
de François Michel. 

Tiennent ensuite trois propriétaires qui , par des travaux 
intelligents , ont amélioré leurs terrains et donné ainsi aux 
autres cultivateurs un exemple salutaire; une médaille en 
bronze est proposée pour chacun de ces candidats. 


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54 


ARHAXES 


C’est d'abord St. Foissard, de Bainville-aux-Saules , qui 
depuis 1816 jusqu’aujourd’hui n’a cessé , par des défriche- 
ments successifs , d’améliorer ses propriétés. Ces défriche- 
ments ont porté sur une contenance de 5 hectares 28 ares 
de terrain , et ont occasionné un enlèvement de 25 1 5 mètres 
de pierres. Toutes ces propriétés sont aujourd’hui dans un 
excellent état de rapport. M. Foissard est le premier aussi 
qui ait introduit dans sa commune les prairies artificielles , 
et son exemple d’abord bl&mé est généralement suivi actuel-' 
lement. 

M. Lamarche, propriétaire à Epinal, a converti une 
prairie tourbeuse et marécageuse ,■ ne produisant que de la 
mousse ou des joncs , en une prairie pouvant être humectée 
ou desséchée à volonté , et produisant en abondance un foin 
de bonne qualité. Cette prairie est de la contenance de 4 
hectares, située dans la commune des Forges où il s’en 
trouve beaucoup d’autres qui réclament les mêmes amé- 
liorations ; les heureux résultats obtenus par M. Lamarche 
ne manqueront pas de les provoquer. L’exemple et l’intérêt 
sont deux mobiles si puissants ! 

Enfin H. Berquand, de Bruyères , a mis en plein rapport 
deux terrains contenant ensemble 6 hectares , et teut-à-fait 
improductifs. De bourbeux, irréguliers et inabordables 
qu’ils étaient , ils sont assainis , nivelés et offrent les in- 
clinaisons et les pentes douces nécessaires pour éviter le 
stationnement trop prolongé des eaux sur la prairie. Il a 
fait construire un étang asaez considérable et des canaux 
d’irrigation à l’effet de porter partout sur ces terrains les 
eaux fertilisantes. 


TRAVAUX DES CHAMPS. 

Aux améliorations des terres par les soins , les dépenses 
«t l’activité des propriétaires , se rattachent très-étroitement 


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DK LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


55 


les labeurs du manoavrier , les travaux du serviteur zélé 
qui les féconde de ses sueurs. Aussi est-ce avec le plus vif 
intérêt que votre commission se complaît à vous signaler 
les bons et loyaux services de quatre de ces collaborateurs , 
si indispensables aux propriétaires ruraux. Leurs travaux 
sont bien rudes , leurs fatigues bien accablantes ! C'est en 
bravant les frimats , les intempéries qu’ils les supportent ! Et 
quand , malgré tant de peines et tant de sueurs , on les voit 
s’attacher à leurs maîtres , les servir avec honneur et probité , 
leur montrer dans l’occasion tant d'amitié et de dévouement , 
ou se sent saisi pour eux d’un saint respect , d’une tendre 
admiration ’. On se demande qui donc les rend si patients , 
si humbles , si résignés. Ah ! «ans doute ils attendent quel- 
que chose d’antre part que d’id-bas ! Leurs regards plus 
d’une fois se détachent de la terre ! 

En tête de ces hommes de peine et de dévouement, la 
commission a placé avec distinction Jean- Joseph Blanchard , 
de Cbarmoia-rOrgneiUeux , et propose pour lui une prime 
de 100 francs et nne médaille de bronze. Voici en abrégé 
ce que le maire de sa commune nous apprend de loi 
dans un récit aussi simple que touchant , et que confirment 
tons les notables dn lien. Membre d’une nombreuse famille , 
Blanchard fut mis en doméstidté à l’ège de 9 ans pour 
surveiller les troupeaux et aider son pauvre père à élever 
ses enfants avee le produit de ses gages. Plus tard , se 
sentant la force d’entrer chez an cultivateur , il prit du 
service chez madame veuve Didelot , où il fut mis à la tête 
d’un gros train de culture qu’il fit prospérer par ses soins 
et son activité. Les enfants de cette dernière étant devenus 
grands et assez forts pour pouvoir se passer de Blanchard , 
on le plaça, mais avec regret, chez une nièce devenue 
aussi veuve et restée avec des enfants en bas Age. C’est 
dans cette maison qu’il est encore en service maintenant. 


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56 


ANNALES 


Placé à la tête dé toutes les affaires agricoles et commer- 
ciales , il les fait prospérer admirablement. Il ne reste 
jamais un instant sans s’utiliser. Dans la saison morte 
où le cultivateur n’a plus à s’occuper des travaux des 
champs , il part avec une voiture de grains pour aller la 
vendre à Gray, et faisant contre-voiture, il ne rentre jamais 
qu’avec des bénéfices dont il rend un compte fidèle à sa 
maîtresse. C’est lui qui va chercher le vin dans les vigno- 
bles , les cendres pour les cultures de l’année ; qui conduit 
les grains sur les marchés, achète le bétail nécessaire à 
l’exploitation , et rend compte de tout avec une probité 
exemplaire , en même temps qu’il apporte dans ses trans- 
actions autant de vigilance et d'économie que pourrait le 
faire* un maître. Mais ce qu’il y a de plus beau dans. la 
conduite de Blanchard, continue le maire, o’est que tous 
ses gages sont donnés à son père et à sa mère , pour les 
aider dans leur vieillesse et entretenir le reste de sa 
famille. Les petits cadeaux qu’il reçoit lui suffisent pour 
son entretien personnel. Voilà 19 ans que Joseph Blanchard 
est en service dans cette famille et qu’il s’en acquitte 
• avec honneur , intelligence et probité ; honneur à Joseph 
Blanchard ! 

Le second de ces hommes si utiles et si modestes est 
Jean-Baptiste Genay, du Tholy. Orphelin dès le berceau, 

11 entra en qualité de domestique à l'Age de 19 ans chez 
le sieur Rivât , du même lieu. Son intelligence et sa bonne 
conduite lui valurent de la part de son maître une con- 
fiance sans bornes , et ce fut pour lui un ami sûr pendant 

12 ans qu’il demeura à son service. 

En reprenant les affaires de mon père, dit M. Rivât 
fils , je désirai m’attacher Genay , et je m’estime heureux 
de l’avoir pour Compagnon de mes travaux. Depuis 1818 
il a été en service tant chez mpn père que chez moi, et 


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DE Là SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


57 


rien au monde ne pourrait l'en détacher. Il est vraiment 
le modèle des domestiques : fidèle , rangé , ouvrier in- 
fatigable et propre à tout service , car il est tout à la fois 
garçon de labour, meunier et sagard au besoin. 

En conséquence, la commission vous propose , en faveur 
de Jean-Baptiste Genay , une prime de 30 francs et une 
médaille en bronze. 

Les deux autres domestiques que vous avez à primer 
sont deux femmes également employées aux rudes travaux 
des champs. 

L’une d’elles , Marie- Anne Joly , de Basse-sur-le-Rupt , 
est en service chez le même maître depuis 1812. Cette 
brave fille , dit le maire de la commune , s'est toujours 
conduite avec la probité la plus scrupuleuse , et a rempli 
tous ses devoirs avec zèle et dévouement. En 1814 , lorsque 
cette commune fut envahie par les troupes étrangères, 
son maître fut obligé de s’enfuir pour se soustraire aux 
mauvais traitements qu'ou lui faisait subir dans l’exercice 
de ses fonctions municipales. Cette fille dévouée resta 
pour veiller aux intérêts de son maître , et sauver de la 
dévastation etdes rapines tout ce qu’elle pourrait. Elle per- 
dit elle-même une grande partie de ses effets et ne voulut 
jamais que son maitre l’en dédommageât , on le voyant à 
son tour victime de dégâts considérables. Plus tard, les 
gages des domestiques ayant beaucoup haussé par suite 
de l’établissement des tissages de coton dans les montagnes , 
elle n’a jamais voulu quitter cette maison , malgré les 
avantages qui lui étaient offerts dans d’autres familles. 

La seconde , Elisabeth Jérôme , de Yaudéville , en servie» 
chez le sieur Huguenin depuis 22 années consécutives , 
s'est toujours comportée avec zèle et fidélité , non- seu- 
lement comme ménagère , mais aussi comme employée la 
plupart du temps aux pénibles travaux de la .campagne. 


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AIMALB8 


5g 

Se» maîtres s’empressent de rendre témoignage à sa vigi- 
lance , à son activité , et à l'intelligence avec laquelle elle 
s’acquitte des divers soins qu’il faut donner, soit à la 
culture , soit à la tenue des bestiaux. 

En conséquence , la commission propose de décerner à 
chacune de ces deux domestiques une prime de 50 francs 
et une médaille en bronze. 


REPEUPLEMENT DES. FORÊTS. 


La Société attache, et avec beaucoup de raison , une 
haute importance à cette partie si considérable de la richesse 
territoriale du département des Vosges , et dont les intérêts 
se lient si étroitement à ceux de l’agriculture. Elle ap- 
prendra avec une vive satisfaction que les travaux qui 
lui sont soumis cette année ne le cèdent point en importance 
à ceux des années précédentes , et elle regrettera peut- 
être que les demandes de H. le conservateur aient été 
renfermées dans des limites aussi restreintes , tout en res- 
pectant les motifs de retenue et de discrétion qui ont 
dirigé notre honorable collègue. 

. Hais , pour vous entretenir plus convenablement de cette 
partie du travail soumis en ce moment à vos délibérations , 
je vais laisser parler M. le conservateur lui-même , en 
vous reproduisant presque textuellement la lettre d’envoi 
qui accompagnait les pièces à l’appui de ses demandes. 
C’est un rapport tout fait, è la lecture duquel tout le 
monde n’aura qu’à gagner. 

« Au nombre des plus utiles encouragrmeuts que la 
» Société d’Emulation ait décernés, dit M. le oouserva- 
> teur, elle doit compter, je crois, eeux qu’elle accorde 
» annuellement à l’amélioration des forêts. 


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59 


DK LA SOClAté D'ÉMULATION. 

> Ce repeuplement , en effet , n’est pas seulement im- 

> partant parce qu’il augmente la richesse forestière du 
» pays, mais encore parce qn’il doit avoir pour résultat 

* d’assurer la perpétuité des sources , de faire reparaître 
» celles qui se seraient taries par suite de déboisements , 
» d’augmenter par là la force des cours d’eau employés 
» comme moteurs dans tant d’établissements industriels, 

> et de rendreplus salubre l’air des montagnes , qui d'un 

> autre côté resteraient éternellement stériles , si l’on ne se 

> hâtait de prévenir par le reboisement l’éboulement des 

> terres et l'effet des ravines. 

» Dès mon arrivée dans les Vosges , j’ai donné aux travaux 
» de repeuplement une impulsion aussi active qu'il m’a 
» été possible; mais bien des résistances étaient & vaincre , 
» bien des maires ainsi que des agents et préposés forestiers 
» avaient besoin d’étre stimulés , et je me plais à le reeon- 
» naître, les encouragements accordés par la Société me 

• sont venus pour cela puissamment en aide. 

• Mais l’œuvre n’est pas terminée ; beaucoup de travaux 

> restent encore à faire, et j’aime à croire que la Société 
» voudra bien continuer ses encouragements- aux maires et 
» aux agents forestiers qui se sont montrés dignes de cette 
» faveur. 

» Dans cette confiance , j’ai l’honneur de vous adresser 
» des rapports indiquant fa quantité et fa nature des auté- 
» Montions opérées par MM. Lachassagne, maire de Sehir- 
» mecà , Fournier , maire d’Archettes , ainsi que par les 

> gardes Thirion , Laurent , Lallemand et le brigadier 
» Bond. 

• La forêt de Schirmeck , l’une des plus riches du dé- 
» portement , a été depuis un certain temps l’objet de 1a 
» sollicitude éclairée de l’autorité locale. M. Mâller , ancien 
» maire , y a fait d’importants et utiles travaux. Soit site- 


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60 


ANNALES 


» cesseur, M. Lachassagne , marche à cet -égard sur ses 
» traces. Depuis trois ans qu’il administre la commune de 
> Schirmeck, il a fait ensemencer en épicéas 18 hectares 
» de pâtis communaux situés en pentes , indépendamment 
» du repiquement de 180,000 brins de la même essence. 
» Vingt hectares des mêmes terrains ont de plus été préparés 
» pour être ensemencés au printemps prochain. Ces travaux 
» font du zèle de M. le maire pour l'intérêt hien entendu de 
» sa commune un éloge d’autant plus beau qu’il a eu une 
» résistance opiniâtre à vaincre de la part de ceux des ha- 
» bitants qui ne voient que l’intérêt du moment. Je sollicite 
* pour lui avec instance une médaille d’argent. 

.» M.- Fournier ,. maire d’Archettes , a fait opérer , tant 
» dans les forêts de cette commune que sur les chemius 
» .vicinaux et dans ses propriétés particulières , des travaux 
» d'améliorations qui me semblent devoir lui mériter une 
v distinction de la part de la Société. . 

> J’ai fait vérifier l’état des repeuplements qu’il annonce 
» avoir été effectués pendant sa gestion , et assurément il 
» n’a pas exagéré le chiffre des améliorations qu’eu sa qua- 
». lité de maire il a fait exécuter. L’étendue des terrains 
» repeuplés est de 80 hectares 4â ares. La forêt d’Archettes , 
» par suite de tous ces travaux , ne présente plus de vide, 
» et l’administration forestière doit un résultat aussi rapide 
» au concours de M. Fournier et des habitants de sa com- 
» jnune dont il a su diriger le zèle et la bonne volonté. 
» En conséquence , H. Fournier me parait avoir mérité à 
» juste titre une médaille d’argent. 

* Les gardes Thirion et Laurent me paraissent aussi 
» mériter une récompense honorifique par leur excellente 
» conduite et leur zèle pour les améliorations de toute 
» nature. Depuis trois ans le premier a exécuté par lui- 
» même des semis contenant 4 hectares 50 ares. H » r-** 


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61 


de la société d'émulation. 

> une pépinière et repiqué 4000 brins d’épieéas. Il a de 
» pins dirigé avec un soin remarquable et beaucoup d’in- 
» telligence l’exécution de plusieurs autres semis d’épicéas 

> d’une contenance de 32 hectares 15 ares, et la plantation 

> de 1 59,000 brins de la même essence. 

» Les travaux de Laurent consistait dans le repiquement 
» de- 94, 540 plants d’épicéas et de mélèzes, l’établissement 

> d’une pépinière, la récolte de 205 kilogrammes de graine 
» de sapin qu’il a répandue sur 6 hectares peuplés de 
» mauvais chéneaux rabougris , et dans la direction des 

> travaux de repeuplement de 4 hectares 85 ares de vide , 
» ainsi que d’une plantation de 15,158 jeunes sujets. Je 
» verrais avec bien du plaisir qu’il fût décerné à chacun 
» d’eux One médaille de bronze» 

» Je prierai également la Société de vouloir bien accorder 
* une mention honorable an brigadier Houël , ainsi qu’au 
» garde Lallemand, qui se conduisent parfaitement, et 
» dont le zèle pour l’amélioration des forêts ne se dément 
» pas. Cette mention serait pour eux un utile encorna- 
» gement, en même temps que les antres gardes y verraient 
« uu motif d'émulation. • » 

La commission adoptant tontes les conclusions présentées 
par M. le conservateur, vous propose en conséquence d’ac- 
corder, 

1° Une médaille d’argent à M. Lachassagne, et une antre 
à M. Fournier; 

. 2* Une Htédsilln de bronze à chacun des gardes Thirion 
et Laurent; 

3° Une mention honorable an brigadier Honél et une 
autre au garde L alle m a nd . 


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62 


SEHVICSS PUBLICS. 


M. le commissaire de police d’Épmal nom a adressé nne 
demande en -faveur de l’un de ses agents. Voici en abrégé 
dans quels termes il a motivé cette demande : 

Joseph Nicolas , appariteur de police , âgé de 76 ans , 
est entré an service dè la commune èn octobre 1800. A 
cette époque et pendant nn certain temps , on réunit à 
son emploi la polioe de la paroisse et la surveillance des 
forêts de la ville. Dans cette position si complexe , il fit 
constamment preuve de zèle , de délicatesse et d’une très- 
grande sobriété. Aussi fut - il toujours en possession de 
l’estime de ses chefs. 

Parvenu à la vieillesse aussi pauvre qu’au commence- 
ment de sa carrière , Nicolas ne suffit pas seulement à ses 
besoins .personnels et à ceux de sa femme ; U a trouvé 
aussi le moyen do placer quelques fonds à la caisse d’é- 
pargne en faveur d’une petite fille qui sut gagner son 
affection , et à laquelle il « fait pins tard ouvrir les portes 
de l’hospice, des orphelins. Un jeune homme de 16 ans, 
qui lui est également étranger , partage depuis 5 an» avec 
lui sa table frugale. 

En résumé , Joseph Nicolas compte 43 ans de bons et 
loyMa services , dorant lesquels sa probité s't jamais failli. 
Resté pauvre, il est venu au secours de deux orpbeins 
qu’il regarde encore «ajeurd’hei nomme ses propres enfants. 

Votre commission , en présence de panels faits qui sont 
connus de toute la ville, vous propose de le récompenser 
par une prime de 50 francs et nne médaille de bronze. 


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DK LA SOClfré D 'ÉMULATION. 


63 


INDUSTRIE. 


Les progrès de l'industrie , les perfectionnements «tom 
les arts de tonie espèce , ainsi qne les ouvriers habiles et 
les chefs d’ateliers vigilants ne sont jamais restés étrangers 
à vos sollicitudes et à vos récompenses. Cette année , trois 
concurrents seulement nous ont para dignes de vos suffrages; 
je vais les signaler snccintement à votre attention. Ce sent 
MM. Mandra et Tisserand , comme chefs et propriétaires 
d'établissements industriels, et M. Réveillé, d’Epinal, oeaMOr 
chef d’atelier dans orne imprimerie. 

Le premier, M. Maudra, propriétaire dans la commune 
d'Adompt , est à la tête d ’une fabrique importante de tuiles. 
En homme jalons de perfectionner son genre d'industrie, d 
a imaginé une espèce de tuiles longaés, propres à recouvrir 
les murs de jardin , et d’une largeur- teHe qu'elles rejettent 
les eanx au loin et préservent ainsi les mur» et les espaliers. 

Le prix de ces tuiles, est très - modique ; elles côùtont à 
pmi près 1 franc le mètre courant. Les Unies ordinaires sont 
d’une belle dimension et de la même qualité : en les croisant 
comme il convient , elles «ouvrent 32 mètres de surface. La 
nature de l’argile employée est encore améliorée chez loi 
par l'hwernafe de la terre , un qui procure des tuiles plus 
fortes et plus sonores , capables de résister aux hivers les 
pins rigoureux. Tons ces faits sont attestés par l’autorité 
locale , et de superbes échantillons ont été mis sous vos yeux. 
Votre commission vous propose en conséquence une médaille 
de bronze pour M. Mandra. 

M. Tisserand , maire de Contrexéville , a découvert , il 
y a pins de 4 ans , une carrière de piètre qui est aujourd’hui 
en plein rapport, et dont l’exploitation est très-avantageuse 


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64 


ÀNKALES 


au pays , où il n’en existait pas auparavant. De nombreuses 
attestations témoignent qu’il le livre au commerce à 3 francs 
de moins par mètre cnbe que les anciens exploiteurs , qui 
ne peuvent lutter avec avantage contre cette baisse de prix , 
attendu les frais plus considérables de transport. Cette dé- 
couverte présentant d’un autre côté d’immenses avantages 
à l’agriculture , à laquelle elle peut fournir à meilleur marché 
un de ses amendements les plus féconds, la commission 
vous propose de décerner une médaille de bronze à M. Tis- 
serand. 

Enfin M. Réveillé, d’Épinal, nous a para, à titrede chef 
d’atelier dans l’imprimerie de M. Pellerin, mériter une 
distinction de la part de la Société. Après avoir servi son 
paye avec honneur et bravoure sur les champs de bataille 
de l’Empire , il est rentré dans ses foyers, où bientôt il s'est 
fait remarquer par son intelligence , son zèle et son dévoue- 
ment- aux chefs de la maison dans laquelle il n’a cessé de 
travaillerdepuis près de 30.an». Aujourd’hui , par sa bonne 
conduite, sa sobriété exemplaire , son bon esprit d’ordre et 
de sage’ économie, il est depuis long-temps en possession 
de la confiance entière de ses maîtres ; il est devenu pour 
eux un auxiliaire indispensable , et pour les ouvriers un 
guide et an modèle , objet de leur respect et de leur af- 
fection. La commission s’empresse de vous demander pour 
lui une médaille de bronze , afin d’honorér dans sa personne 
le travail , la sobriété et l’économie , qui sont le trésor de 
l’ouvrier. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


64 


PRIMES ET MÉDAILLES 

DÉCERNÉES LE 2 MAI 1843. 


AGRICULTURE. 

CANDIDATS PRÉSENTÉS PAR LES COMICES. 

COMICE DE MIRECOUBT. 

M. Husson (Charles) , de Mirecourt : prime d'honneur ; 
médaille d’or de 200 francs. 

M. Français (Laurent) , d’Offroicourt : création et irri- 
gation de prairies ; médaille de bronze. 

M. Tbomassin (Jean-Laurent) , d’Ahé ville : défrichements 
et cultures nouvelles ; médaille de bronze. 

COMICE DB COUSSEY. - 

M. Lequin (Frédéric) , éultivateur à la ferme de Boin ville, 
commune d’Autigny-ia-Tour ‘. culture perfectionnée ; prime 
de 100 francs et une médaille en argent. 

M. Qnaot (Joseph) , maître de poste an ehevan h Mar- 
tigny-lèa-Gerbonvan : culture perfectionnée ; médaille en 
argent. 

M. Chevalier (Hector-Denis), maître de forges A Rebau- 
veis , commune de Saint- Elopbe : création et irrigation de 
prairies ; médaille en bronze. 

à 


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66 


ANNALES 


M. Grandidicr ( Nicolas ) , maire à Autreville : pour le 
même objet ; médaille en bronze. 

COMICE DE SAINT-DIÉ. 

M. May (Jean-Baptiste), de Mandray : culture perfec- 
tionnée ; médaille en argent. 

M. de Bazelaire , de Sauley : culture perfectionnée ; mé- 
daille en bronze. 

M. Houël ( Jean- Pierre ),. de Deycimont : prairies mo- 
dèles; médaille en argent. 

M. Ferry (Édouard) , avocat à Saint-Dié : pour le même 
objet; médaille en bronze. 

AUTRES PRIMES DONNÉES A L’AGRICULTURE. 

M. Michel ( François ) , cultivateur à Ëpinal . : culture 
perfectionnée et piété fraternelle; une prime de 100 francs 
et une médaille de bronze. 

M. Poissard (Jean-Baptiste) , de Bainville : défrichements 
et culture nouvelle ; médaille de bronze. 

M. Lamarche (Charles-Nicolas), propriétaire à Épinal : 
création et irrigation de prairies ; médaille de bronze. 

M. Berquand (Nicolàs-Thiébault) , de Bruyères : création 
et irrigation de prairies ; médaille de bronze. 

TRAVAUX DES CHAMPS. 

M. Blanchard (Jean-Joseph) , de Charmois-rOrgueilleux : 
piété filiale, et bons services ; une prime de 100 francs et 
une médaille de bronze. 

M. Gepay ( Jean- Baptiste ) , du Thely : bons et loyaux 
services ; médaille en bronze et une prime de 30- francs. 

M eH ' Joly (Marie-Anne ) , de Basse-sur-ie-Rupt : bons 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 6? 

services à la campagne ; prime de 50 francs et une médaille 
en bronze. 

M*'" Jérôme (Élisabeth) , de Vaudéville : bons services à 
la campagne ; prime de 50 francs et une médaille de bronze. 

REPEUPLEMENT DES FORÊTS. 

M. Lacbassagne ( Michel ) , ■ maire de Schirmeck : une 
médaille en argent. 

M. Fournier (Jean-François), maire d’Àrchettes : une 
médaille en argent. 

M. Thirion (Nicolas) , garde forestier à Gerbamont : une 
médaille en bronze. 

M. Laurent (Pierre), garde forestier àVagney : une mé- 
daille en bronze. 


MENTIONS HONORABLES. 

Au brigadier Houël (Jean-Baptiste). 

Au garde Lallemand. 

SERVICES PUBLICS. 

M. Nicolas (Joseph) , agent de police à Épinal : bons et 
loyaux services ; médaille en bronze et une prime de 50 fr. 

INDUSTRIE. 

M. Maudru (Benoit) , d’Âdompt : tuiles perfectionnées; 
médaille en bronze. 

Sf. Tisserand (Thomas) , maire de Contrexéville : décou- 
verte et exploitation d’une carrière de plâtre ; médaille en 
bronze. 

M. Réveillé (Antoine) , chef d’atelier à Épinal : bons et 
loyaux services ; médaille de bronze. 


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68 


ANNALES 


PROGRAMME 

DU CONCOURS POUR 1844. 


Quatre à huit primes de 100 à 200 francs chacune 
seront décernées à ceux de nos cultivateurs qui, d’un terrain 
donné, sans distinction d’étendue, auront tiré tout ie parti 
possible, par des assolements judicieux, combinés avec 
l’élève des bestiaux, par le moyen de récoltes racines et 
sarclées , et de prairies artificielles. 

Une prime d’honneur, de .100 à 200 francs, sera en 
outre décernée à celui qui , parmi les concurrents vainqueurs , 
aura été jugé le plus digne. 

En outre, des médailles , soit en argent , soit en bronze , 
seront décernées pour les pbjets suivants : 

i° Le repeuplement des forêts (indiquer l’étendue des 
terrains repeuplés , l’essence des bois , leur croissance et 
le mode de repeuplement); l’attache d’un agent supérieur 
de l'administration forestière sera exigée. 

2° La création ou l’irrigation des prairies. 

3° Le défrichement des terrains improductifs , de la con- 
sistance d’un hectare au moins , en une ou plusieurs pièces. 

4° La multiplication des bons fruits dans les campagnes ; 
les plantations de noyers ou autres essences propres à la 
menuiserie et à l’ébénisterie , et dont la réussite soit assurée 
sous l'influence de plusieurs années. 


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69 


DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

5° La construction d'une maison d’exploitation rurale, 
d’après les plans publiés dans le n* 18 du journal des 
Connaissances usuelles. 

6° L’introduction , dans la culture en grand , des instru- 
ments aratoires perfectionnés , tels que la houe à cheval , 
le rayonneur , le coupe-racine, etc. L’introduction de cul- 
tures nouvelles. 

7° La fabrication améliorée des tuiles et des briques. 

( Indiquer si l’établissement est en pleine activité et si déjà 
ses produits sont dans le commerce.) Ceux qui voudrout 
entreprendre cette sorte de fabrication , trouveront des 
renseignements utiles dans les bureaux de la préfecture. 

8° L’exploitation raisonnée des tourbières; la fabrication 
du charbon de tourbe. (Indiquer si la carbonisation a été 
faite en vase clos ou selon le procédé employé pour la 
carbonisation du bois ; si déjà le charbon est répandu dans 
le commerce.) 

9° Le gouvernement raisonné et prospère des abeilles. 

10° Les inventions ou perfectionnements dans les arts 
mécaniques ou industriels. 

1 1° Enfin des primes en numéraire seront accordées aux 
garçons de labour , aux ouvriers et aux domestiques les 
plus recommandables par leur dévouement , leur bonne 
conduite, leur fidélité, l’amour du travail, l’intelligence 
et la durée de leurs services chez le même maître ou dans 
le même établissement. 

Toutes les demandes devront être appuyées par des 
attestations de l'autorité municipale j outre ces attestations, 
la Société se réserve de faire examiner , par une commission 
spéciale , les faits qui lui paraîtront mériter une attention 
plus particulière. 

Les pièces devront être adressées , franc de port , avant le 


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70 


ANNALES 


1" janvier de chaque année, terme de rigueur, à M. Brigue!, 
secrétaire perpétuel de la Société, à Épinal. 


HORTICULTURE. 


„ Légumes. — 1° Une médaille générale pour l’ensemm. 
de l’exposition; 

Des accessits; 

Des meütions honorables; 

2 e Une médaille de nouveautés ; 

3° Une médaille de belle culture. 

11° Fruits. — 1° Une médaille générale de nouveautés ; 

2® Une médaille de belle culture et de collections. (Ces 
collections ne pourront être moindres de 20 espèces ou 
variétés , parmi lesquelles quatre seront nouvelles pour le 
département. ) 

111° Fleurs. — 1° Une médaille d’ensemble d’exposition ; 

Des accessits; 

2° Une médaille de nouveautés, 

PRIX EXTRAORDINAIRE POUR LES LÉGUMES. 

Il sera accordé une médaille extraordinaire, de la valeur 
de 50 francs , au cultivateur domicilié dans le département , 
qui présentera à l'exposition automnale de 1843 la plus 
riche collection de beaux légumes. Cette collection ne sera 
pas moindre de dix espèces , parmi lesquelles il devra y 
en avoir au moins deux nouvelles et d’un véritable intérêt. 

Toutes ces médailles pour l’horticulture seront distribuée» 
avec les autres plus haut mentionnées , dans la séance pu- 
blique du 2 mai 1844 ; mais avant cette époque , il y aura 


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71 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

une exposition publique dans une des salles du musée dé- 
partemental. C’est d’après cette exposition seulement que la 
liste des primes sera arrêtée par un jury spécial. 

L’exposition automnale de cette année aura lieu le 24 
septembre prochain, et dorera quatre jours. 

Les concurrents devront prouver que les objets qu'ils 
présentent ont été obtenus et cultivés par eux ou par leurs 
jardiniers , et prévenir le secrétaire perpétuel de la Société 
d’Émulation au moins huit jours avant l’exposition publique. 

Les lauréats seront libres de demander la médaille , ou 
une somme en espèces égale à sa vàleur. 


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72 


. ANNALES 


MÉMOIRE 

SUR 


LA NATURE DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE 

ET ST! R LE TRAITEMENT A LDI OPPOSER , 


Par M. le Docteur L. TURCK , 

MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. 


AVANT-PROPOS. 


Depuis plusieurs années , la fièvre typhoïde s’est développée 
avec beaucoup de rigueur dans le département des Vosges , 
et notamment cet hiver, dans un pensionnat de jeunes de- 
moiselles. Sur trente-sia; élèves que renfermait la maison, 
neuf ont succombé à celte maladie. Ses causes les plus pro- 
bables ont été le défaut d’espace dans les salles d’étude et les 
dortoirs , une cour humide , sombre et petite , et l’humidité 
de la saison. Le traitement a été dirigé par des médecins , 
hommes de cœur et de talent ,. et cependant le mal s’est 
montré en celte circonstance plus puissant que leurs efforts. 
Les saignées et les purgatifs ont été, je crois, seuls ou réunis, 
les moyens opposés à ce fléau. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 73 

J y»»* autre côté, mon honorable ami, M. le docteur 
Haxo , frappé, «oit de l'insuffisance des moyens employés 
jusqu’ici, soif de la diversité des opinions émises en pareille 
matière , a demandé et obtenu , de la Société d‘ Émulation 
des Vosyes, qu’une médaille d'or , du prix de 200 francs, 
fht offerte à l’auteur du moiteur mémoire qui lui serait 
adressé sur eette grave maladie. 

Dans la mime séance , et sous l’empire des mêmes in- 
spirations , je faisais hommage à notre Société du mémoire 
suivant , qu’elle a bien voulu faire insérer dans ses Annales. 
L’accueil qu’elle a fait à mon travail ne peut être justifié 
que par V intention qui m’animait et par une extrême in- 
dulgence. Cette indulgence , je la mérite un peu , éloigné 
comme je le suis de tout centre scientifique et des ressources 
qu’il faudrait pour traiter convenablement un sujet aussi 
important. Toutefois , je crains bien que , ne me tenant pas 
assez de compte des difficultés qui m’environnent , beaucoup 
de mes confrères ne m'accusent , en me lisant , d’avoir trop 
oublié le précepte du poète : Sunlite matériaux veatris , qui 
scribitis , æqnam viribr». 

Mais je ne chercherai pas à me défendre de ce reproche 
et à désarmer mes critiques: Je suis le premier à reconnaître 
F insuffisance de mon travail , tout en le croyant utile. 
J’expose et je défends dm idées qui , pour n’itre guère que 
f expression de l’expérience des anciens et de la science des 
moderne» , sont cependant nouvelles et appelées à exercer 
bientêt «ne grande et légitime iufiuenoc sur la médecine. 
J’appOrte à fédifice médical une pierre qui n’a été ni enta- 
chée , ni façonnée par moi ; je l’apporte , parce que j’ai 
reconnu qu’elle était bonne , et je suis prêt à la soutenir 
somme telle. J aurai d’autant plut' à faire pour cela qu’elle 
sera meilleure : n’est -il pas dans .la destinée des idées 
puissantes d'exciter d’abord de vives contradictions l 


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74 


AIUIALKS 


Fontenelle disait , à cause de cela , que s’il avait la main 
pleine de viritis il ne l’ouvrirait pas ; mais Fontenelle avait 
encore plus d'ègcdsme que d’esprit , et l’amour de V huma- 
nité doit toujours guider le médecin à travers les obstacles 
qu’il rencontre'. Ce n’est qu’ainsi-qu’il pourra rester fidèle 
à cette belle partie du serment d’Hippocrate : Sed castam 
et ab omni' scelere puram tùm vitam , tùm artem meam 
perpétué præstabo. Ne serait-ce pas en effet manquer à ce 
grand devoir et souiller notre art et nos personnes si , croyant 
avoir rencontré la vérité , nous la cachions pour de misé- 
rables intérêts d’argent et de clientelle ! 

En lisant mon mémoire , on verra comment j’ai été amené 
à proscrire , du traitement de la fièvre typhdide , les sai- 
gnées et les purgatifs. Qn m’objectera peut-être que les 
purgatifs sont moins nuisibles dans ce cas que les saignées ; 
on me vantera les bons effets de l’eau de Sedlitz ; mais le 
savant et consciencieux docteur Jjouis nous a suffisamment 
édifiés sur la valeur de cette médication , en nous donnant ,- 
pour les cas graves , une moyenne de traitement de trente- 
quatre jours et une de dix-neuf pour les cas légers , avec 
une mortalité de huit à dix pour cent. 

Tout le monde reconnaîtra bientôt, je l’espère , que si, 
dans la fièvre typhdide , les cathartiques sont généralement 
moins nuisibles que la saignée , ils le sont cependant beaucoup 
encore. Comment , en effet , les purgatifs pourraient - ils 
guérir une maladie due au défaut d’action de la peau ? Je 
n’ai rien épargné dans mon mémoire pour le prouver, et 
si quelques médecins , qui n’auraient pas assez réfléchi sur 
l’importance des sécrétions en général et sur celle de la peau 
en particulier, étaient tentés de me contester le rôle que 
je fais jouer ici à cette vaste membrane ; si , à toutes les 
preuves que j’ai fournies en faveur de mon opinion-, si, 
à tous les noms illustres que j’ai cités à ■ l’appui de mes 


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75 


DB LA SOCIÉTÉ D’ EMULATION. 

doctrines , il fallait ajouter encore , j’invoquerai» l'autorité 
du médecin de Pergame , dont la grande figure ne le cède 
pas en majesté à celle du divin Hippocrate. 

Voici ce que nous trompons dans son traité De mobbobdm 
cadsis : SL ob astrictam catim cohibeantiir difflari ea quœ 
priùs difflari consueverant , si qaidem fuliginosa fuerint 
in specus cordis conversa eos exuront , protinùsqne fe- 
brim accendunt. Il dit dans son traité De diffebehtiis 
febbobdh : Porrô per obstructiones meatuum et humorum 
constipa tiones ob pntredinem solet febris oriri . . . Frigos 
oogit , densat , stipat , astringitque corpora quibus occurrit : 
qu6 -fit ut insensiles perspirationes , manifestôque effluxus 
cohibeat , ajoute-t-il dans son Traité des épidémies. 

Les Arabes qui, au temps de Mme, étaient -déjà tels 
à peu prés que nous les voyons aujourd’hui , et chez lesquels 
on. trouve tant de preuves d’une vieille et puissante obser- 
vation, ont aussi reconnu le rôle considérable de la peau 
et l’ont consacré d’une manière bien remarquable. Quand 
ils s’abordent , au lieu de se demander mutuellement com- 
ment ils se portent : ente haar, comment sues-tu , comment 
as-tu chaud ? se disent-ils , et malheur à celui qui répond 
ma fisch baar, je ne sue pas : une maladie grave, la mort 
même le menacent. 

Tous les médecins ont lu le rapport de mon savant ami , 
M. le docteur Seouttetten , sur l’hydrothérapie qu’il est 
allé étudier en Allemagne, d’après l’ordre de M. le Mi- 
nistre de la. guerre, et tout le monde a retenu le fait re- 
marquable qu'il cite d’une fièvre typhoïde guérie en cinq 
jours à l’aide de l’eau froide, à l’hôpital de Strcubourg, 
Le sujet de cette observation , le soldat G. , était depuis 
un mois à cet hôpital pour se guérir . d’un rhumatisme - 
articulaire aigu. Convalescent de cette maladie , la diar- 
rhée , le délire , la fièvre typhoïde enfin vinrent l’accabler. 


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76 


ANNALES 


L'eau froide a pu le débarrasser en cinq jours de celte 
complication de maux . On me demandera peut-être com- 
ment , avec mes principes , il serait possible (f expliquer 
la guérison de cet homme , on me demandera si j’accepte 
le dogme de l’école homéopathique : simflia similibus eu- 
rantur ; je n’en ai garde , et dans le fait , Veau froide , 
appliquée à l’extérieur , d’après la méthode de Prietznitz, 
n’a d’autre effet que de relever les fonctions affaiblies de 
la peau , qui bientôt alors se couvre d’une sueur abondante . 
L’eau froide agit dans ce cas comme le feraient les bains 
très-chauds , les étuves , tes lotions alcalines , mais avec 
beaucoup plus de peine , d’une manière bien plus fatigante 
et non toujours exempte de dangers. M. le docteur Scouttetten 
convient aussi qu’il est impossible d’appliquer ce traitement 
aux maladies de la poitrine , et une foule de fois nous ren- 
controns les poumons malades quand nous sommés appelés prés 
de personnes affectées de la fièvre typhoïde. L’hydrothérapie 
serait mortelle alors ; elle le serait aussi dans les cas nom- 
breux où la force de réaction ne suffirait pas pour rappeler 
une chaleur suffisante à la peau. 

Je connais un cultivateur des bords de la Seille, M. Tri - 
boult , de Tincri , cultivateur à Delme , qui traîne depuis 
deux ans la plus misérable existence , par suite d’un abcès 
du bassin qu’il doit à des bains froids et courts , qu’un mé- 
decin, disciple de M. Prietznitz , et fondateur lui-même d’un 
établissement d’hydrothérapie à Pont-à-Mousson , lui avait 
conseillés pour le guérir d’une sciatique. J’ai connu deux 
hommes distingués , à Nancy , M. le docteur G. et M. Th. , 
qui , tous deux , furent maires de cette ville. Ils s’étaient 
habitués à prendre des bains froids , même en hiver, et ils 
en vantaient l’excellence. Ces bains les usèrent de bonne 
heure , et de bonne heure ils furent accablés par les plus 
pénibles infirmités de la vieillesse. C est ce que comprenaient 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


77 


bien les anciens médecins, qui connaissaient beaucoup mieux 
que nous l’art d’administrer les bains. Et oportet ut ille 
qui vult balneari in aquà frigidà , disait Avieennes , ait ju- 
veuis , ut cjes caliditas ait suffirions ad reaiatendnm aqaæ 
frigidæ , etc. 

Je ne veux certainement pas me poser ici en détracteur du 
célèbre Prietxnitz, au mérite duquel je rends depuis long- 
temps un sincère hommage, et que mon frère a si bien 
apprécié il y a long-temps déjà dans un article de la Revue 
du Nord. Mais , médecin aux eaux de Plombières depuis 
de nombreuses années , ma pratique m’a fourni , ainsi qu’aux 
autres médecins des eaux thermales , un grand nombre de faits 
aussi beaux, plus beaux peut-être que ceux que l’on vante 
comme des miracles de l’hydrothérapie ; j’ai obtenu ces résul- 
tats en bien moins de temps que n’en exige l’emploi de l’eau 
froide ; je les ai obtenus avec bien moins de souffrances et de 
dangers de la part des malades , et nos moyens peuvent s’ap- 
pliquer avec succès à la plupart des maladies aigues et chro- 
niques , tandis qu’il est loin d’en être ainsi , comme nous 
l’avons vu tout à l’heure, du traitement autrichien. 

Quoi qu’il en soit, les faits que l’on doit à M. Prietznitx 
et à ses disciples , ceux que fournissent chaque jour nos éta- 
blissements thermaux ceux aussi que j’ai consignés dans 
mon mémoire prouveront , je l’ espère , que le plus grand 
nombre de nos maladies aigues ou chroniques reconnaît pour 
cause la diminution des fonctions de la jpeau, fonctions que 
mon frère a fait si bien connaître , en-mime temps qu’il a 
découvert les plus puissants moyens de les modifier. 


L’illustre Mnrgagm , dans son épitre dédkatoire à l'aca- 
démie des Curieux de la nature à l’occasion de son premier 
volume De sedibus et cousis morborum per anatomem in- 


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AHNAI.ES 


78 

dagatis , s’élevant contre les médecins qni, de son tenips , 
contestaient l’utilité de l’anatomie pathologique , les appelle 
des demi-savants, .des présomptueux , des oisifs, des scep*- 
tiques dont il faut désespérer. Un professeur fort distingué 
de la faculté de Strasbourg , M. te docteur Forget , dans 
son discours d'ouverture de la dernière année scolaire , en 
parlant des médecins qui , de nos jours , ont encore des 
opinions à peu près semblables à celles que' flétrissait Mor- 
gagni , les compare à des sauvages maudissant le soleil , 
parce que ses rayons les brûlent et que son éclat les éblouit. 

Ces jugements , si absolus qu’ils soient , ne sont heu- 
reusement pas sans appel. On peut aujourd’hui , plus 
qu’à aucune autre époque , grâce surtout aux progrès récents 
de la science , accuser l’anatomie pathologique d’avoir mo- 
mentanément usnrpé une place .beaucoup plus grande que 
celle qu’elle doit occuper. Je sais bien que , si , ne con- 
sidérant pas cette branche de la médecine comme la lu- 
mière qui doit surtout nous guider, ainsi que le voudrait 
Morgagni , on rejetait en outre tous les enseignements 
qu’elle peut nous fournir, on commettrait une grave erreur. 
L’anatomie pathologique a mis en évidence une foule de 
faits dont la physiologie peut profiter bien mieux que des 
expériences si cruelles , prodiguées de nos jours sur les 
animaux, mais moins cruelles cependant, il faut bien en 
convenir, que celles que préconisait Celse quand il disait : 
optimi f ecitte Herophilum et Erasistratum qui nocentet 
homines à regibus ece carcere aeceptos vivo s indderint. 

L’anatomie pathologique peut nous fournir encore des 
renseignements très-précieux sur les altérations organiques 
produites par les maladies que nous n’avons pu guérir, 
mais hors de là , elle ne peut plus que nous égarer dans 
la Toute de l’observation ', elle ne peut qu’arrêter la marche 
de la science. Ainsi , quand Morgagni prétendait que , si , 


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79 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

après avoir examiné un grand nombre de corps morts 
d'une même maladie , on trouvait dans tous la même al- 
tération organique, cette altération était bien la maladie 
même , Morgagni se trompait complètement : il prenait 
l’effet pour la cause. Cette erreur a été partagée après 
lui par presque toute l’école anatomo-pathologique dont 
Théophile Bonnet et lui doivent être considérés comme les 
fondateurs et les chefs. 

Aussi long-temps que l’organisation fonctionne avec ré- 
gularité , une lésion anatomique ne peut certainement pas 
e'y produire , et quand cette lésion apparait , il y a toujours 
un trouble fonctionnel qui l’a précédée. Hais ce trouble ne 
peut avoir lieu sans une cause déterminante , et c’est l’action 
de cette cause sur l’économie qui constitue et qui carac- 
térise la maladie : la lésion anatomique n’en est qu’un des 
effets , comme la douleur, l’accélération ou le ralentissement 
du pouls et tous les autres désordres que l’ou peut observer 
chez les malades -, nier cela , ce serait vouloir un effet sans 
cause , ce serait bien antre chose que l’organisation spon- 
tanée qui ne peut se passer encore de l'influence dè l’eau , 
de l’air , de la lumière', de la chaleur et de l’électricité : 
ce serait une impossibilité. Que , par exemple , un homme , 
sous l’influence d’un froid subit , contracte une pneumonie , 
au moment même où le froid agit , est-ce que la lésion 
anatomique existe déjà ? Évidemment non , elle ne vient 
qu’à la longue et comme produite par l’action du froid. 
C’est ce qu’est obligé de reconnaître H. Forget dans la 
leçon déjà citée ;*mais , ajoute-t-il , entre le froid qui agit 
sur la peau et la lésion qui constitue la pneumonie ou le 
rhumatisme , il existe nn intermédiaire : quel est-il ? est-ce 
le sang ? est - ce l’influx nerveux ? est- ce l’un et l’autre ? 
S’il éxiste une lésion générale , en quoi consiste-t-elle? quelle 
est sa nature? quels sont surtout les moyens d’y remédier? 


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80 


AMAU» 


Vous croyes saut doute que M. Forget va répondre à 
toutes ces questions qu’il a si bien posées ; mon Dieu ! non ; 
il a hâte de vous dire que , s'il est curieux de les agiter 
théoriquement , il serait dangereux de les faire intervenir 
dans la pratique ; que pour lui il néglige l’étude des causes 
pour arriver le plus vite possible an douloureux mobile 
des expressions fonctionnelles , à la lésion anatomique ; et 
c’est ce qu’on nomme faire de la médecine positive ! Hais 
le mode d’action de la cause morbide n’est-il donc qu’une 
curieuse inutilité? Certes, il faudrait le connaître avant 
d’oser le juger ainsi. Où en seraient les physiciens et les 
chimistes s’ils avaient adopté une marche semblable ? si , 
au lieu de suivre avec sévérité et à l’aide de beaucoup de 
labeurs , l'enchaînement de tous les phénomènes qui se 
présentaient à leur observation , ils avaient éludé ainsi les 
principales difficultés en ne s'attachant qu’aux modifications 
matérielles les plus apparentes? Leurs sciences, aujourd’hui 
si avancées ; si fécondes en puissants enseignements, seraient 
encore dans d’épaisses ténèbres. 

Mon l’étude de la cause morbide et de son action sur 
l’économie n’est pas une étude inutile. C’est par elle au con- 
traire , c’est par elle surtout que vous arriverez À apprécier 
le véritable caractère , la nature de la maladie que vous êtes 
appelé à saigner ; et tant que cette nature ne vous sera 
pas connue , vous aurez beau vous débattre , malgré tous 
vos efforts , malgré toute votre science , de nombreux 
revers viendront attester que la lumière qui vous guide 
est trompeuse. 

Hais comment suivre l’action du froid de la peau jusque 
dans l’intérieur de la poitrine , et comment retirer de cette 
étude d’ntües enseignements? Pour être difficile , cela n’est 
pas impossible , il s’en faut bien ; je vais essayer de le 
démontrer. 


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81 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

Depuis le commencement du dix -septième siècle (1) , 
nous savons , grâce aux travaux de Sanctorius , que la 
peau est de beaucoup le plus puissant de nos sécréteurs. 
Les expériences si remarquables de l'illustre médecin de 
Venise l’ont surabondamment démontré , et depuis lui un 
grand nombre d'autres savants , parmi lesquels on dis- 
tingue Dodart , Keil , Robinson , Sauvage , Lavoisier et 
Seguin , sont venus confirmer l’exactitude de ses recherches. 
Cruicksbanks le premier a démontré qu’il s’exhale conti- 
nuellement de la peau une grande quantité d’acide carbo- 
nique. Le comte de Milly obtint des résultats analogues 
que Jurine a confirmés depuis. 

Bertholet a découvert ensuite Un autre acide dans la 
transpiration cutanée, il le croyait de l’acide phospborique. 
Une expérience de Davy porterait à croire que cet acide 
est un mélange d’acides sulfurique , chlorhydrique et phos- 
phorique. Il résulterait de recherches péu précises sur le 
même sujet , par MM. Thénard et Berzélius , que cet acide 
serait de l’acide acétique ou de l’acide lactique -, enfin , 
Anael m ino a trouvé dans la transpiration cutanée l’acide 
carbonique que signalait Cruickshanks et l’acide acétique 
qn’y rencontra M. Thénard. 

L’hnmenr de la transpiration cutanée est donc acide ; 
mais par quelle cause mystérieuse la peau peut-elle extraire , 
du sang qui l’abreuve , des substances de cette nature , 
puisque le sang est toujours alcalin ? Ce problème si im- 


(4) Je demande pardon à mes lecteurs d'avoir lait précéder ce que j’ai h 
dire sur la fièvre typhoïde d'une exposition rapide dea doctrines électro-chi- 
miques snr lesquelles j’appuie mon travail ; mais comme ces doctrines sont 
encore fort peu répandues , j’aurais risqué sans cela d’étre inintelligible pour 
beaucoup de peraonnnes , et j’aurais ôté ainsi k mes recherches le pen d’utilité 
qu'elles peuvent avoir. 

fi 


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82 


AHHALES 


portant a été complètement résolu par les travaux de mon 
frère , qui établissent de la manière la plus évidente que 
la peau contient toujours chez l’homme sain de l'électricité 
négative à l’état de tension , et d’autant plus que se» fonctions 
sont pins puissantes. 

On comprend dès-lors que la peau , électrisée réguliè- 
rement, repousse loin d’elle les substances qui jouissent 
de la même électricité. C’est donc dans les sels du sang 
que la peau puise les acides qu’elle secrète. Ses fonctions 
ont donc, au nombre de leurs résultats, celui de mettre 
en liberté les alcalis du sang. 

Mais si la peau secrète des acides en vertu de sa tension 
négative , en est-il de même des poumons , qui , eux aussi , 
paraissent devoir être rangés parmi les sécréteurs négatifs , 
puisqu’ils rejettent de l'acide carbonique ? Un examen 
superficiel pourrait amener à cette conclusion, mais mon 
frère a prouvé qu’en présence de l’oxygène, le {dos né- 
gatif de tous les corps connus , l’acide carbonique jouait 
le rôle d’une substance positive ou alcaline, et que les 
poumons , étant avides du premier de «es gaz et repous- 
sant l'autre , étaient nécessairement doués d’une électricité 
contraire à celle de la peau , qu’ils étaient électrisés po- 
sitivement. Aussi , tandis que les lotions alcalines excitent 
la peau , augmentent sa transpiration et la rendent d’autant 
plus acide qu’elles sont plus alcalines , les inspirations 
ammoniacales , à dose modérée , agissent d’une manière 
entièrement opposée sur les poumons et en diminuent la 
vitalité, comme le font les lotions acidulés sur la peau. 

Si maintenant on examine tous les autres sécréteurs , 
on voit que les uns sont négatifs comme la peau , les autres 
positifs comme les poumons. Ainsi avec ceux-ci on compte 
le foie , les glandes salivaires et lacrymales , le pancréas , 
les testicules et les séreuses. Avec la peau , au contraire , 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATIOK. 

le tube intestinal , les reins et les mamelles , et , chose 
bien remarquable , ' les sympathies organiques s’exercent 
encore d’après cette grande loi. Ainsi , les organes génitaux 
achèvent de sc développer en même temps que les poumons , 
leur exercice abusif entraine facilement la phthisie pulmo- 
naire , comme cette dernière maladie amène leur surexci- 
tation. Tout le monde connaît aussi les étroites sympathies 
qui existent entre les organes génitaux et la muqueuse de 
l’œil , entre les poumons et le foie. 

fies sympathies non moins étroites unissent la peau au 
tube intestinal , aux reins et aux mamèlle's. Il y a donc 
dans l’homme une véritable pile , dont les éléments divers 
sont séparés par le tissu cellulaire , auquel mon frère a re- 
connu la propriété d’isoler d’assez forts courants électriques, 
tant que ses cellules ne sont pas blessées : le système 
nerveux et les vaisseaux sanguins viennent fermer le cercle 
de cette pile vivante. Oh comprend dès -lors qu’aussitét 
qu’un de ses pèles se trouve affaibli , la tension de l’autre 
doit augmenter absolument comme cela aurait lieu dans 
une pile ordinaire. 

Quand donc la peau se trouve affaiblie par le froid hu- 
mide ou par toute autre cause débilitante , les reins , le 
tube intestinal , les mamelles éprouvent la même faiblesse , 
et tout l’appareil opposé se trouve dans un état contraire. 
Il y a alors une tension morbide qui appelle , dans les or- 
ganes oh elle s’exerce , une trop grande quantité de sang , 
et qui constitue les phénomènes de l’inflammation. Le sang 
est appelé d’autant plus énergiquement dans ce cas que , 
les sécréteurs acides n’agissant plus avec assez de force , 
ses bases saturées en trop grande quantité offrent davan- 
tage, à l’électricité positive qui en est avide, les acides 
auxquels elles sont unies. 

Mais il peut se passer alors , dans un point quelconque 


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ANNALES 


de l'appareil positif , un phénomène très-important , et qui 
avait échappé jusqu’ici aux observateurs qui ont précédé 
mon frère. La tension du système positif, devenant trop 
forte , oblige celui-oi à se décharger sur l’appareil opposé 
par un point quelconque de son étendue , par celui qui 
offre le moins d'obstacles à la rencontre des deux électri- 
cités. La goutte , le rhumatisme aigu , les inflammations 
des dents et une foule d’autres cas nous en offrent de 
nombreux exemples. 

On peut donc étudier l’action du froid sur la peau et 
s'expliquer facilement tous les accidents morbides qui en 
sont le résultat : on peut, en d’autres termes, suivre 'son 
action depuis la peau jusque dans l’épaisseur de nos tissus 
les plus profonds et la bien comprendre. Mais sera-ce une 
étude simplement curieuse , ainsi que le prétend M. le pro- 
fesseur Forget ? Non , certes , ce sera une étude du plus 
grand intérêt, puisqu’en nous enseignant la nature de la 
maladie , elle nous indiquera en même temps les meilleurs 
moyens de la combattre. 

Connaissant en effet l’importance des sécrétions de la 
peau , sachant que d’elles résultent d’une part la produc- 
tion d’une grande partie de notre fluide nerveux , de l’autre, 
le rejet hors de l’économie de substances acides , puisées 
dans les sels du sang , nous comprenons que la diminution 
de ces sécrétions amène aussi une diminution considérable 
dans la production du fluide nerveux , ainsi qu’une mo- 
dification matérielle et nuisible dans la plus importante 
de nos humeurs , dans le sang , qui , n’étant plus alors 
assez alcalin , devient trop plastique et trop facile à attirer 
par les organes électrisés positivement. 

Dès-lors , dans toutes les maladies qui auront pour cause 
un refroidissement de la peau , une diminution de ses sé- 
crétions , nous devrons avant tout chercher à rappeler ces 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATJOI». 

dernières à l’état normal , en n’onbliant pas qu’il faudra 
d’abord les surexciter d’autant plus et d’autant plus long- 
temps que leur interruption aura duré davantage , et que 
l’altération consécutive du sang sera plus profonde. 

Ces considérations générales étaient un préliminaire obligé 
pour que je pusse arriver plus facilement à l’importante 
question de la fièvre typhoïde. Si je n’avais pas montré 
d’abord combien se trompent ceux qui accordent une si 
grande valeur aux lésions anatomiques qu'ils les consi- 
dèrent comme la maladie même , si je n'avais pas insisté 
sur l’importance d’une étude plus attentive , ne négligeant 
dans T examen d’une maladie aucune circonstance appré- 
ciable , mm efforts auraient pu échooer devant la réputation 
de ceux de mes confrères qui , dans ces derniers temps , 
se sont le plus occupés de ce grave sujet. 

Cette maladie , extrêmement commune , à formes très- 
variées , et susceptible de revêtir les caractères les plus re- 
doutables , est encore à peu près entièrement inconnue. 
Les recherches des anatomo-pathologistes ont bien appris 
que le plus souvent , chez les malades qui succombent à 
cette affection , il y a une altération morbide de la der- 
nière portion , surtout de l’intestin grêle et principalement 
de ses plaques elliptiques , mais elles n’ont pas plus enseigné 
la nature de la maladie et le remède qui lui convient , que 
les mêmes recherches n’ont enseigné la nature du cancer et 
celle du tubercule. 

Lorsque les glandes de Peyer sont ulcérées au point 
de déterminer une abondante hémorragie , ou lorsque 
f ulcération perfore l’intestin , l’altération organique est 
évidemment la cause prochaine de la mort : mais bien 
sonvent on meurt de cette maladie sans avoir d’hémorragies 
ou de perforations intestinales ; il faut souvent même une 
grande attention pour reconnaître une altération mor- 


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ANNALES 


bide des plaques , ou bien les ulcérations ont disparu et 
sont remplacées par des cicatrices lorsque la mort arrive, 
A quoi donc attribuer cette dernière? Et puis quand bien 
même toutes les personnes qui succombent à la fièvre ty- 
phoïde auraient de nombreuses ulcérations , des perforations 
intestinales , que prouveraient - elles autre chose , sinon 
que la fièvre typhoïde amène à sa suite , dans les cas graves , 
ces altérations morbides ? Au surplus , la preuve la plus 
complète que la connaissance de ces lésions anatomiques 
est tout-à-fait stérile , c’est que , malgré d’innombrables 
ouvertures cadavériques , malgré de nombreuses discussions 
soutenues dans les dernières années par les plus habiles 
professeurs , malgré tous leurs efforts , on est encore 
obligé maintenant de réclamer une enquête sur le meilleur 
traitement à prescrire contre cette maladie. 

Si l’anatomie pathologique avait pu découvrir le caractère 
de la fièvre typhoïde, comment le savant M. Louis serait- 
il en si complet désaccord avec M. Bouillaud , pourquoi 
M. Forget serait-il en opposition si tranchée avec M. Louis > 
avec M. Chomel, avec M. Bouillaud lui- même? N’est-il 
pas évident que la cause de tant et de si graves dissidences 
vient de ce que ces savants médecins , prenant l’effet pour 
la cause , sont partis tous deux d’une base également fausse , 
et pour apprendre la vie , n’ont interrogé que la mort? 

On m’objectera peut-être , avec Galien du reste , que 
toute fonction correspondant à un organe chargé de l’exé- 
cuter , tous les troubles qu’elle peut éprouver ne viennent 
que d’une lésion quelconque de cet organe % et que dès-lors 
les recherches des anatomo-pathologistes sont seules capables 
dé découvrir la nature des maladies. Certes , j’admets bien 
les rapports les plus étroits entre l’organe et la fonction 
qu’il exécute % mais je nie que tout trouble fonctionnel ré- 
ponde à une lésion anatomique ; il s’en faut bien qu’il 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 87 

en soit ainsi. Très - souvent les troubles fonctionnels ne 
sont pas accompagnés de lésion de tissa ; sans cela la vie 
serait impossible , l’organisation la plus robuste serait dé- 
traite en peu de temps. Ne confondons plus la lésion de 
fonction avec la lésion anatomique ; il y a souvent entre 
ettat , et heureusement pour noos , d’énormes différences -, 
mais -étudions avec plus de soin qu’on ne l’a fait jusqu’ici 
les lésions fonctionnelles , leurs causes et tontes les modi- 
fications matérielles qui peuvent en résulter, non-seulement 
dans un point quelconque de l'économie , mais dans son 
ensemble. 

La fièvre typhoïde a reçu des noms fort divers , suivant 
le {dns on le moins de gravité des symptômes qu elle pré- 
sentait , suivant aussi les opinions médicales des observa- 
teurs. On l’a nommée synoqoe , synoque putride , fièvre 
ardente , fièvre putride , fièvre bilieuse , fièvre iuftamma- 
taire , fièvre maligne , fièvre nerveuse , fièvre lymphatique , 
fièvre muqueuse , fièvre mésentérique , fièvre pituiteuse , 
fièvre pestilentielle , fièvre angeioténique , fièvre méningo- 
gaatriqœ, fièvre büioso-putride , fièvre adéno- méningée , 
fièvre adynamique , fièvre ataxique , fièvre typhoïde , dothi- 
nestérie , et enfin entérite follieulense. Plusieurs médecins 
de notre époque pensent que toutes les fièvres continues 
des auteurs ne sont que des variétés de cette maladie, ns 
se trompent cependant , car un certain nombre de fièvres 
con tinu e s sont d’une nature entièrement opposée à celle de 
la fièvre typhoïde : telle est la guette miliaire , telle était 
aumai là fièvre que Sydenham observait de 1667 à 1668. 

Hippocrate, qui, le premier, nous a donné de bonnes 
descriptions de la fièvre typhoïde , bonnes au moins pour 
le temps où vivait ce grandhomme , ne nous a rien appris 
sur le traitement à lui opposer; mais déjà ee profond ob- 
servateur remarquait que la plupart de ses malades avaient 


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ANNALES 


des frissons dès le début, des sueurs partielles souvent 
froides et les extrémités glacées. 

Sydenham , en décrivant la fièvre de 1685 , bous dit 
qu'au début les malades étaient attaqués de froid et de 
chaud. Après avoir décrit les fièvres intermittentes de 
1661 r 62 , 63 et 64 , parlant de la fièvre continue qui 
régnait à la même époque , il dit qu’elle commençait comme 
les autres fièvres , c’est-à-dire par le frisson ; que la peau 
des malades était sèche , leur langue sèche et noire , et 
qu’au second ou au troisième septénaire , cette affeetion se 
terminait par une sueur ou plutôt par une douce moiteur. 

D’après Huxam , la fièvre lente nerveuse débute par des 
frissons , des tremblements qui sont beaucoup plus forts 
lorsque la fièvre doit être putride. 

La fièvre inflammatoire ou synoque non putride de Stoll 
commence par un froid considérable. Les femmes atta- 
quées par la fièvre lente nerveuse , entrées dans son hôpital 
pendant les mois d’avril et mai 1777 , éprouvaient pour 
la plupart, au début , des frissons légers et vagues, avaient 
la peau sèche , sale , imperspirable , rude au toueher. 

La phrénésie , assez commune dans son hôpital , et qui 
n’est souvent qu’une variété de la fièvre typhoïde , était 
aussi toujours précédée par des frissons , des douleurs ob- 
tuses de la tète, de la lassitude. Ailleurs, parlant de la 
fièvre bilieuse simple , Stoll nous dit encore qu’elle com- 
mence par de F horripilation. La lassitude et des horripi- 
lations sont aussi , d'après lui , les premiers symptômes de 
la fièvre pituiteuse , et un froid presque continuel est le 
prodrôme de la fièvre putride ou synoque putride. 

J. Franck , décrivant la fièvre pituiteuse ou muqueuse, 
lui donne pour premiers symptômes des frissons et la sé- 
cheresse de la peau : il reconnaît un début semblable à la 
fièvre gastrico-saburrale, à la fièvre continue gastrique , 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

à la fièvre rhumatismale simple , à la fièvre inflammatoire. 

M. Louis a reconnu que , sur trente -trois personnes 
mortes d’affection typhoïde et observées par loi , trente- 
une avaient eu des frissons au début. Chez celles qui gué- 
rissaient de cette maladie , le même médecin a remarqué 
que , dans les cas graves , il y avait toujours eu , au com- 
mencement, des frissons ou une grande sensibilité au froid. 
Trois malades seulement sur quarante -cinq sembleraient 
avoir fait exception à cette loi ; mais , ainsi que le fait 
observer H. Taupin en parlant des frissons qui signalent , 
chez les enfants , le début de la fièvre typhoïde , ces frissons 
peuvent échapper dans quelques cas à l’attention des malades 
et à l’attention de ceux qui les soignent. 

Le frisson , dit M-. le professeur Forget , est le phéno- 
mène initial de la maladie. Ainsi tous les observateurs sont 
unanimes pour constater le refroidissement de la peau au 
début de la fièvre typhoïde. Comment donc n’a-t-on pas 
attaché plus -d'importance à un phénomène si constant et 
d’un ordre si élevé? Il y a bien des siècles que Crise 
disait’ ; mali etiam morbi tignum eit. . . caput et pedes 
manusque frigidas habere . . . aut frigidas exirtmas parte» 
acuto morbo urgente. — Qui in fine verts , disait Sanctorios , 
prématuré se vestibus spoliant et autumno tardé induunt , 
in febres asiate, in destillationes hgeme facili incidunt. Enfin 
il nous a donné , et il y a long-temps déjà , cet important 
précepte entièrement oublié de nos jours : Si médiats qui 
prétest aliorum sanitati sit tolém capote additionis et 
evacuatioms senribilis et neseiat quanta quotidié illorvm 
sit perspiratio insensibilis , illot deéipit et non medetur. 
Pourquoi doue n’avons - noos tenu aucun compte de la 
transpiration chez nos malades affectés de fièvres typhoïdes , 
ri des modifications qu’elle éprouve alors en quantité ri 
en qualité? 


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AJIHALBS 


Ponr bien connaître cette maladie , il Cadrait non-seu- 
lement faire dans nos hôpitaux un fréquent usage de la 
balance de Sanctorius , mais tenir compte aussi de la nature 
de la transpiration. On arriverait très-probablement à con- 
stater bien vite une 'diminution considérable des fonctions 
de la peau dans ce cas , et on constaterait également que 
la transpiration devient alors ou neutre ou beaucoup moins 
aride ; on comprendrait ainsi les accidents nerveux , lès 
modifications humorales et tous les autres phénomènes qui 
accompagnent la fièvre typhoïde. 

Hais , me dira -t- on , si la peau est froide au début, 
bientôt sa température s’élève de manière à rétablir facile- 
ment l’équilibre , si son refroidissement seul avait pu le 
rompre , et IL Louis d’ailleurs a constaté que , chez plus des 
deux tiers des malades qu’il observait et qui ont succombé 
à la fièvre typhoïde, te température de leur peau s’était 
considérablement élevée. 

La chaleur de la peau est bien loin d’accompagner tou- 
jours une transpiration abondante. J’ai vu souvent la peau 
des malades être très- chaude et ne pas altérer du tout , 
pendant l’espace de plusieurs jours , une oouebe légère de 
tourne -sol dont je l’avais colorée. C’est que la tempéra- 
ture d’un organe est loin d’ètre en rapport constant avec la 
quantité de ses sécrétions. Ainsi , dans les plaies superfi- 
cielles, nous avons pu tous observer un grand nombre de: 
fois que la suppuration était presque nulle , alors que la 
température de la partie malade était très- élevée. An début 
d’une brotaeh&e, quand on eat tourmenté par une fièvre 
vive, par une toux continuelle , et que la ehakur du corps 
eat très-grande, les sécrétions bronchiques sont bien moins 
abondantes qu’elles ne le seront plus tard , quand k c ha leur 
générale aura diminué. Au surplus ou comprend facile- 
ment que , dans certaines circonstances , la température de 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 

la peau s’élève beaucoup , quand bien même ses sécrétions 
seraient notablement affaiblies. On sait, en effet, que les 
liquides ont besoin , pour passer à l'état de vapeur, d’une 
quantité très - considérable de chaleur , qui disparaît aussi 
long-temps que ces corps restent dans ce nonvel état, et 
cette chaleur reçoit alors , à cause de cela même , le nom 
de calorique latent. On a calculé que ce calorique s'élevait 
pour là vapeur d’eau à 550 degrés centigrades , sous la 
pression atmosphérique ordinaire. Ainsi, que l’on mêle une 
livre d’eau en vapeur, marquant 100 degrés , à cinq livres 
et demie d’eau au degré de la glace fondante, au 0 de l’é- 
chelle , on aura six livres et demi d’eau à 100 degrés , 
c’est-à-dire , à la température de l’eau bouillante. Or qu’un 
homme rejette parla transpiration cutanée quatre livres par 
jour de vapeurs aqueuses , à 30 degrés centigrades seule- 
ment , il aura perdu ainsi 2,320 degrés de chaleur. Mais 
si la peau se refuse à cette fonction , ou ne l’accomplit du 
moins qu’ imparfaitement , on comprend qu’elle puisse ar- 
river alors à une température beaucoup plus élevée qne si 
elle fournissait de la chaleur à une transpiration abondante. 
M. le docteur. Louis a donc raison , quand , dans son re- 
marquable Traité de la fièvre typhoïde, il attribue ta grande 
chaleur qui succède souvent aux frissons cher, les malades 
à une altération spéciale de la peau ; cb qui précède 1 en dë-r 
montre suffisamment la nature. 

La peau , profondément affaiblie , peut fournir encore 
une sueur abond ante qui , aux jeux d’an observateur ' su- 
perficiel , semblera remplir toutes Ise condition» désirables 
alors qo’eileen sera cependant bien éloignée : telle est , par- 
exemple , la sueur dm phthisiques qui , ainsi que je l’ai 
souvent essayé , lave la couleur de papier toume-saï et lu 
déposa sur la bug» des malades sans l’altérer ai rien. 
Souvent , dans la fièvre typhoïde, h sueur peut aussi ne pas 


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AK HAIES 


être acide ou ne pas l’être assez, et tromper ainsi ceux qui 
la considéreraient comme une preuve du rétablissement des 
fonctions de la peau. Ces sueurs ne font alors qu’ajouter au 
mal ; elles n’ont et ne peuvent avoir aucun résultat utile. 
Au surplus, il est d’une grande importance de ne pas autant 
tenir encore à une sueur abondante qu’à une transpiration 
insensible ou sensible , suffisamment acide dans toutes ces 
maladies caractérisées par le refroidissement de la peau. 
Quandà subtilior et sine maiore est invisibilis perspiratio , 
tantb salubrior , disait Sanctorius. Cependant , quand il 
faut activer beaucoup la transpiration de la peau , bientôt 
la sueur arrive en abondance. Aussi Sanctorius ne la con- 
damne pas absolument alors : perspiratio insensibilis juncta 
eutn sudore mata , disait-il , quià sudor fibrarutn vires di- 
minuit : dieitur aliqttandô bona quià à majore malo divertit. 

Mais la sueur , me dira-t-on , est si peu le remède des 
fièvres typhoïdes , que , malgré l’opinion de l’antiquité , 
Sydenham, Boerhave, Chirac, Huxam, Cullen et beaucoup 
d’autres praticiens distingués proscrivent dans ces fièvres , 
surtout à leur début , les diapborétiques et les cordiaux , qui 
ne font la plupart du temps qu'ajouter an mal. J’observerai 
d’abord qu'Hippocrate , en recommandant les sueurs , ne 
conseille pas de remèdes internes pour les provoquer ; que 
Celse , bien long-temps après lui , ne prescrivait encore, pour 
faire suer ses malades , que des moyens externes , bien supé- 
rieurs alors aux moyens internes : en effet , dans les fièvres 
produites par l'affaiblissement de ht peau, les stimulants 
internes surexcitent d’autant plus l’estomac qu’il est plus 
affaibli ; ils peuvent lui faire jouer au milieu du tube intes- 
tinal , en changeant son électricité normale , le rôle d’une 
capsule articulaire dans un accès de goutte ; ils peuvent y 
déterminer une inflammation violente et ajouter beaucoup 
ainsi à la -gravité de ht maladie première. 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 93 

Je sais bien que des applications chaudes sur la peau , et 
surtout une chambre très - chaude , ont souvent aussi de 
graves inconvénients ; que ces moyens peuvent ne pas pro- 
voquer la sueur , ou n’amener qu’une sueur qui , pour ne 
pas être suffisamment acide , n’est pas une sueur critique , 
mais qui épuise ou du moins affaiblit les malades sans les 
soulager en rien. Je sais bien aussi que ces derniers moyens 
peuvent déterminer alors de graves accidents cérébraux ; mais 
rien de cela n'infirme ce que j’ai dit précédemment sur la 
nécessité, dans les fièvres typhoïdes , de rétablir les fonctions 
de la peau ; il faut seulement le faire à l'aide de procédés 
convenables , comme je l’exposerai plus tard , et se garder 
surtout de confondre avec des fièvres typhoïdes les maladies 
aigûes du genre de la suette miliaire , confusion qui ne peut 
qu’entraîner à sa suite les plus déplorables accidents (1). 

Ce que j’ai dit des sympathies qui existent entre la peau , 
le tube intestinal et les reins , démontre , ce me semble , 
qu’il est important aussi dans la fièvre typhoïde de fixer 
son attention sur la nature et la quantité des sécrétions de 


(1) dirait bien au-delà de ma pensée si je laissait croire à mes lecteurs 
fM les maladies d’an* nature opposée' à celles qae produit le froid , le froid 
humide surtout , sont très-rares dans nos climats : il n’j a pas seulement 
qae la suette miliair e on que des épidémies semblables à celle que décrivait 
Sid enbam en 1667 et 1668. Nous avons chaque année des affections souvent 
tr ès g raves , sporadiques ou épidémiques , provoquées par le froid ou la 
efoaWur, et qui sont caractérisées par une surexcitation manifeste de la peau. 
Cos maladies, auxquelles beaucoup de fièvres cérébrales de l'enfance surtout 
viennent se rattacher, rentrent dans le cadre des fièvres d'été de Stoll , 
l'an des plus grands praticiens des temps modernes* Alors les vomitifs et 
les eecoprotiqnes peuvent être souvent très-utiles , alors les lotions acidulés 
et froides et les bains prolongés le sont toujours. Hais j'en ai dit asses sur 
l'importance d'étudier d'abord 1a cause de l’altération des secréteurs et son 
amis d'action pour devoir insister davantage sur ce sujet* 


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ANNALES 


ces organes. Ainsi , il sera nécessaire d'analyser les urines 
et les matières fécales rendues par les malades. M. le pro- 
fesseur Bovilland , examinant les nrines de treize personnes 
affectées de fièvre typhoïde , les a trouvées trois fois neutres 
et trois fois alcalines. Il est probable que , dans les sept 
autres cas , elles étaient moins acides que dans l'état normal. 
L’analyse des matières fécales dans la fièvre typhoïde serait 
aussi très-importante , et elle jetterait de vives lumières sur 
les modifications éprouvées alors par la muqueuse du tube 
intestinal. Je ne négligerai désormais aucune occasion de 
faire ces recherches. 

MM. Andral et Gavaret , en étudiant les altérations que 
le sang éprouve dans les maladies , ont reconnu que , dans 
la fièvre typhoïde , le sang , au début surtout, contient plus 
de globules sans augmentation ni diminution de la fibrine , 
tandis- que, dans les phlegmasies, la fibrine augmente en 
raison de la gravité de la maladie , en même temps que les 
globules diminuent. 

Ces résultats, dont jusqu’ici on n’a pas, ce rne semblé, 
tiré un parti convenable , sont très-remarquables , et con- 
firment pleinement mon opinion sur la nature de la fièvre 
typhoïde, opinion basée du reste sur les observations de 
l'antiquité et des temps modernes. En effet , la surabon- 
dance des globules dans le sang des personnes affectées de 
fièvre typhoïde , prouve évidemment que les bases du sang 
sont alors saturées en trop grande quantité , résultat indis- 
pensable , comme noos l’avons vu d$à , du défaut d’action 
des sécréteurs acides. 

Si ou voulait me contester ce fait , je rappellerais que Home 
a reconnu que le globule sanguin était composé de fibrine ; 
que MM. Dumas et Prévost , en. répétant ces expériences , 
ont obtenu le môme résultat ; que mon ami M. le docteur 
Denis considère ce globale comme formé principalement 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 95 

d’albumine solide , qu’on excès d'alcali et de sel peut dis- 
soudre, et qu’enfin le savant Baspail a une opinion semblable. 

On sait maintenant que la fibrine du sang n’est que de 
l’albumine, contenant moins d'alcali et moins de sel que 
«elle qui reste liquide ; que les alcalis ont la propriété de 
redissoudre cette fibrine; dès-lors , pins le sang sera riche 
en globules , moins il le sera en alcali libre , et j'ai suffi- 
samment démontré déjà que , moins la peau fonctionne, et 
moins il y a d’alcalis libres dans le sang. 

On m'objectera sans doute que , dans la pneumonie , par 
exemple, maladie bien évidemment due au froid, la fibrine 
est bien plus abondante dans le sang des malades , qn 'alors 
aussi il y a moins de globules , ce qui est donc l’inverse de 
ce qu'on rencontre chez les personnes affectées de fièvre 
typhoïde, et ce qui doit prouver contre l'opinion que je 
défends. 

La différence trouvée entre le sang des malades affectés 
de fièvre typhoïde et celui des personnes atteintes de pneu- 
monies ou d'antres pblegmasies aigues , est bien plus ap- 
parente que réelle. Dans les deux cas, en effet, l’albumine 
solide ou la fibrine domine , mais dans l’un elle se précipite 
en nombreux globules , tandis que dans l’autre die se prend 
en masse; elle forme une couenne pins on moins épaisse , 
un caillot plus ou moins solide. Cette différence doit pro- 
bablement tenir à la différence d’activité des causes. Ordi- 
nairement les phlegmasies ont -une cause peu éloignée et qui 
agit avec violence , tandis que les causes qui développent les 
fièvres typhoïdes ont en général une action beaucoup plus 
lente, et qui, ne modifiant le sang qu’à la longue , lui donne 
Je temps de constituer une quantité pins considérable de 
globules. Mais dans ces deux cas, la modification que le sang 
éprouve , pour être différente quant à l’aspect , n’en est pas 
moins identique ; elle est une preuve évidente du défont 


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•96 


AK N AL BS 


d’action de la peau , et elle peut fournir au médecin les 
plus précieuses indications. 

Hais ces indications ne sont nullement alors en faveur 
de la saignée, qui a le grave inconvénient, en affaiblissant 
l’économie toute entière , de diminuer davantage encore les 
sécrétions acides et d’ajouter ainsi à la violence du mal. 
Je sais bien que M. le docteur Forget , par exemple, pour 
démontrer au moins l’innocuité de la saignée dans la fièvre 
typhoïde , nous expose que , dans quarante - quatre cas 
suivis de mort dans sa clinique , sept.n’ont pas été saignés , 
sept n’ont en que des saignées locales , et que , tandis que 
la moyenne de la perte de sang de ceux de ses malades qui 
sont sortis guéris a été de 95 onces , soit neuf palettes on 
1 kilogramme 50 grammes, la moyenne de la perte de sang 
de ceux de ses malades qui ont succombé n’a été que de 
29 onces. Cette différence prouve seulement que, chez les 
malades qui 6ont morts dans la clinique , l’intensité de la 
maladie d'une part, et de l'autre , des modifications consti- 
tutionnelles ont rendu la saignée tellement et si visiblement 
nuisible , que l'entraînement du médecin a dû s’arrêter de- 
vant ce que les faits avaient d’impérieux. « M. Louis, qui 
» ne considère son opinion sur la fièvre typhoïde que comme 

* bonne eu attendant mieux , dit que les changements 
» heureux observés dans l’état du pouls , de la chaleur et 
» des fonctions cérébrales , à la suite de la saignée, ont été 
> rares ; assez sonvent , au contraire , l’état de la circulation 
„ on des antres fonctions resta le même, ou devint plus 

• grave dans les mêmes circonstances. » ( Recherches sur 
la maladie connue sous les noms de fièvre typhoïde, etc. ) , 
et ce résultat pratique du savant médecin de l'Hûtel-Dieu 
de Paris est confirmé aussi par le plus grand nombre des 
observations consignées dans le Traité de l’Entérite follicu- 
leuse de M. Forget , travail où l'érudition et le talent de 


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97 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

l’auteur brillent autant que sa bonne foi , mais où l’on -voit 
évidemment que son respect exagéré pour l’anatomie pa- 
thologique l’a fait tomber dans de graves erreurs. 

Si 'l’état du sang chez les malades affectés de lièvre 
typhoïde proscrit la saignée comme ne pouvant alors 
qu’ajouter au mal , it proscrit avec autant d’évidence 
les purgatifs. Ceux-ci, en effet, en provoquant habituelle- 
ment la sécrétion et l’expnlsion hors de l’économie d’une 
quantité considérable de bile , ne font qu’augmenter la 
prédominance des acides , et par conséquent la proportion 
d’albumine précipité dans le sang. Ils ajoutent à l’affai- 
blissement de là peau , à la grande cause de la maladie : 
ils ont encore un autre danger , c’est qu’ils peuvent tout 
aussi bien que les cordiaux et les diaphorétiques , et bien 
mieux même ,- enflammer l’estomac , sans avoir la chance 
qu’ont oes derniers remèdes de provoquer par d’abondantes 
sueurs une crise salutaire. 

Les causes qui développent la fièvre typhoïde sont nom- 
breuses. Ce sont toutes celles qui ont pour effet de diminuer 
les fonctions de la peau. Ainsi, l’babitafion des hôpitaux 
et des prisons la fait naître souvent avec les caractères les 
plus graves. Lés ouvriers qui viennent de nos départements 
à Paris sont très-exposés à la contracter pendant les premiers 
mois de leur nouveau séjour : cela tient évidemment à l’air 
humide et malsain de Paris , qui agit d’autant plus énergi- 
quement sur ees hommes, qu’ils sont pour la plupart mal 
vêtus pendant le jour , insuffisamment couverts pendant la 
nuit et exposés souvent à beaucoup d’autrés privations , 
auxquelles viennent s'ajouter les regrets du pays natal. 
Qu’il me soit permis de protester ici contre les accusations 
de M. le docteur Forget , à l’occasion des lits de plume qui 
servent de couverture aux habitants des campagnes de la 
Lorraine et de l’Alsace. Ces lits les préservent d'une foule 

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ANNALES 


98 

de graves , les maintiennent au premier rang parmi 

les populations fortes et actives de la France , et il serait 
bien à désirer que , dans nos grands hôpitaux , on pùt souvent 
en offrir de semblables aux malades qui , généralement , 
ne sont pas assez couverts. 

Dans nos provinces , nous voyons souvent la fièvre ty- 
phoïde régner épidémiquement , surtout pendant et après 
les étés humides et froids. Elle se propage aussi par infec- 
tion , quelquefois avec une facilité déplorable. Les années 
en retraite, soumises à de nombreuses privations , décou- 
ragées , exposées au froid humide , et exténuées par des 
marches trop longues , sont ravagées par cette maladie. 
Elle est alors extrêmement meurtrière , et telle que nous 
l’avons vue dans la déplorable retraite de 1813: A cette 
époque , elle était contagieuse à un baut degré- Nos po- 
pulations de la Lorraine furent décimées par elle. 

Comparer, comme le fait le savant Liebig , l’altération <jue 
le sang éprouve alors à edle que subit un liquide sucré seus 
l’influence du ferment > est une vue à priori dont je crois 
qu'il faut se défier; et d'ailleurs , la comparaison ne pourra 
jamais être juste , parce que , dans l'économie animale , la 
nature a placé des organes sécréteurs précisément pour 
purifier nos humeurs , les débarrasser des substances nui- 
sibles, et que rien de pareil n’existe dans te tonneau du 
brasseur ou dans celui du vigneron. 

Que cette maladie soit amenée lentement par te froid 
hu mid e et par tontes tes autres causes qui diminuent tes 
fonctions de la peau, eu qu elle soit te résultat d'un empoi- 
sonnement miasmatique , comme c’est encore sur tes sécré- 
teurs acides que ces miasmes agissent 1e plus énergiquement , 
et qu’enfin leur action est «n tout semblable, quant aux 
effets produits, à celle des autres causes de cette fièvre, 
relevons donc chez nos malades les fonctions de la peau, 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 99 

afin de débarrasser l'économie des substances nuisibles qui 
l’infectent et qui compromettent si gravement l’existence. 

On pourra m'objecter que la fièvre continue de 1667 et 
1 668 dont parie Sydenham , débutait par d'immenses sueurs 
qui ne la guérissaient pas; que la sueur n’est donc pas le 
véritable remède de la fièvre typhoïde on continue ; mais 
j’ai déjà fait remarquer que cette fièvre était une variété 
de la snette, maladie entièrement différente de la fièvre 
typhoïde, d'une nature tout-à-fait opposée, exigeant un 
traitement tout contraire , ainsi que je crois l’avoir démontré 
dans deux mémoires que j’ai publiés sur cette grave affection. 
Si H. le professeur Forget a voulu ranger la suette parmi 
les entérites foUicifieuses ou fièvres, typhoïdes , cela vient 
de ce que ce médecin a manqué d’occasions favorables 
pour l’étudier; mais Sydenham avait déjà hien constaté la 
grande différence qui existait entre cette fièvre et les fièvres 
continues ordinaires. 

Pour rétablir les fonctions de la peau chez les malades au 
début de la fièvre typhoïde , pour les faire transpirer abon- 
damment et d’une transpiration acide, je ne connais pas de 
remède plus efficace que les lotions alcalines prescrites par 
non frère, «outre toutes les maladies qui ont pour cause 
l'affaiblissement des sécréteurs acides. Ces lotions, qui mit 
l’ahminate sodique pour base et dont la formule se trente 
partout aujourd’hui (*) , répétées cinq ou six fois par jour 1 


(*) Lessive de soude caustique pesant 6,8, 10 ou 42 degrés de l'aréomètre 
de Baumé , suivant que vous voudrez préparer les liniments 3 , 4 , 5 ou 

6. Sa tunes-la avec alumine en gelée précipitée de l’ahm ï l'aide de Fammo— 
mue. Ajoutes par litre, alcool à 36 degrés saturé de camphre, grammes 93. 
On chauffe an hain-marie deux cuillerées environ de ce.liaifltent pour une 
lotion générale que l'on fait sous les couvertures du malade , de peur de le 
refroidir , et en se servant pour cela d'nn petit morceau de linge ûn. On no 
frictionne pas , on lave seulement. 


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100 


AND ALE6 


sur tout le corps, et soutenues par des boissons légèrement 
sudorifiques, telles que l’infusion de tilleul, de roses ou de 
fleurs pectorales, amènent promptement une sueur abon- 
dante et d’autant plus acide que . la lotion est elle - même 
plus alcaline. Cette 6ueur doit être soutenue quelquefois 
pendant plusieurs jours de suite , souvent un seul jour suffit 
pour rétablir entièrement le malade : mais il ne faut pas 
alors le changer de linge aussi fréquemment qu’on a l’ha- 
bitude de le faire , on le refroidirait et en aggraverait son 
mal. Il faut augmenter ses couvertures , le laisser suer 
souvent jusqu’à ce qu’il ait mouillé un épais matelas , et en 
le ebangeant de linge et de lit , l’entourer de précautions 
dont on ne se doute pas du reste dans la plupart de nos 
hôpitaux. 

S'il est nécessaire de réchauffer beaucoup la peau -du 
corps des malades affectés de fièvre typhoïde, ou du moins 
d’en activer beaucoup les fonctions , il faut que leur tête soit 
maintenue dans une atmosphère plutôt fraiche que chaude. 
En effet, le cerveau est le plus puissant collecteur du fluide 
nerveux ou du fluide électrique qui se produit dans le reste 
de l’économie ; quand donc tout un système d’organes est 
surexcité et l’autre affaibli , le cerveau est exposé à éprouver 
une tension morbide qui peut amener les .plus graves acci- 
dents. Cette tension , on le comprend , est due tantôt à 
l’électricité positive, tantôt à l’électricité négative,. auivant 
que ce sont les sécréteurs négatifs ou les sécréteurs positifs 
qui se trouvent affaiblis. Elle doit nécessairemept s'exercer 
dans ces deux cas sur des portions différentes du cerveau , 
et que l’observation déterminera. sans doute plus tard. Dans 
ces deux cas aussi , lorsque la tête est maintenue dans une 
atmosphère’ trop chaude, sa tension augmente, et, chose 
bien digne de remarqué , qu’elle soit positive ou négative , 
elle développe une série de Symptômes à peu près pareils , 


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DE LA SOCIÉTÉ © ÉMULATION. 


101 


à ce point qu'ils ont été confondus par les praticiens et 
traités de la même manière , sous les noms de fièvre céré- 
brale, d encéphalite , de méningite, etc. Cette confusion 
est déplorable et cause les plus graves accidents. Quand la 
tension morbide du cerveau est amenée par le défaut d’action 
des sécréteurs acides et la surexcitation du système opposé , 
il faut , pour la diminuer , combattre énergiquement sa cause , 
relever les fonctions de ces sécréteurs , exciter surtout la 
peau. C’est à cette tension positive que sont dus les accidents 
cérébraux de la fièvre typhoïde ; aussi les vésicatoires , les 
sinapismes , et mieux que tout cela , les lotions générales 
alcalines sont -ils on ne peut pas plus convenables alors ; 
tandis que , dans la tension cérébrale morbide opposée , telle 
que la fièvre cérébrale des enfants , tension négative et 
caractérisée par une surexcitation violente de la peau , il faut 
agir sur cette dernière en diminuant sa vitalité, soit par des 
lotions acidulés , soit par des lotions d'eau froide. 

La question du régime auquel ou doit soumettre les ma- 
lades affectés de fièvre typhoïde , est une question très- 
importante. Aujourd’hui l’opinion la plus générale , e’est 
qü’il faut leur prescrire une diète absolue aussi long-temps 
que dure la fièvre , à moins que son extrême prolongation 
ne conduise le malade au marasme. Ou n’a pas assez réfléchi 
que cette diète absolue , prolongée pendant deux , trois ou 
quatre septénaires , est à elle seule une cause de mort très- 
active : vous avez donné impunément,, dites-vous , à vos 
malades , cinq et six grammes même de sulfate de qui- 
nine par jour , pendant plusieurs jours de suite , et sous 
prétexte de ne pas irriter ce tube digestif , si tolérant ce- 
pendant , vous refusez jusqu’à une seule cuillerée de bouillon 
on de lait ! Mais qui vous dit que cette diète si sévère u’est 
pas une des causes de l’érosion des plaques de Peyer, n’est 


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102 


AlfNALES 


pas la cause la plus active peut-être de la mortalité dans 
cette maladie. 

En 1839, j’eus au Val-d’Ajol, non loin de la Feuillée, 
quatre malades affeetés de fièvre typhoïde grave , délirant 
tous quatre , ayant tous quatre le dévoiement : je ne fis près 
d'eux que de la médecine expectante. Je leur permis quelques 
cuillerées chaque jour de lait ou de bouillon léger, et tous 
quatre guérirent. 

En 1841 , le jeune Henri, des Grahges-de-Plomhières , 
âgé de 21 aqs, alla voir à l’hôpital de Nancy un de ses 
parents atteint de fièvre typhoïde. De retour chez lui, il 
fut bientôt obligé de s’aliter ; il avait la même maladie que 
son parent et à un très-haut degré. Frissons , douleur de 
tête et de membres , dévoiement , délire violent , rien n’y 
manquait. Deux dè ses frères, plus jeunes que lui, et sa 
mère eurent successivement la même maladie et avec les 
mêmes caractères. Nous étions au milieu de l'été; j’étais 
encore incertain sur la nature de cette affection. Je ne fis 
aussi que de la médecine expectante. Je prescrivis de la 
tisane d'orge , un peu de lait ou de potage léger pour nour- 
riture , suivant le goût des malades , et tous guérirent en 
trois ou quatre septénaires. La même année , je trouvai 
chez deux familles qui habitaieut la même maison , dans la 
section du Noirmont au Clerjus , sept personnes alitées 
par suite de la fièvre typhoïde. On était alors au milieu de 
l'automne. La température était humide et froide. La com- 
mune était ravagée par cette fièvre et par la dyssenterie : 
je m’en tins à la médecine expectante comme aux Granges- 
de-Plombières , et je ne perdis qu’un de ces sept malades* 
C'était une femme de 50 ans euviron , qui avait depuis long- 
temps uue très -mauvaise santé. Croit -on que j’aqraia été 
beaucoup plus lieureux si j’avais enlevé à ces quinze ma- 


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103 


DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

lad» 20 kilogrammes de sang en — Égnéee coup sur coup, 
et si je leur avais prescrit pendant quinze ou vingt jours 
une diète absolue (*) ? 

Mais Hippocrate, me din-t-oa, n’ordonnait alors comme 
aliment que de la tisane. Je le sais bien, mais sa tisane 
était une purée d’orge très- nourrissante et tout- à -fait 
différente de nos tisanes ordinaire», nourrissons donc nos 
malades affectés de fièvre typhoïde ; mai» bornons-nous 
alors à leur donner quelques cuitterées de lait pur on 
coupé , ou de bouillon léger , solvant que l’un ou l'autre 
de ces aliments sera plus ou moins bien aœueilH par l’es- 
tomac du fébricitant. Une cuillerée souvent suffira pour 
on repas , mais die suffira aussi pour mettre le tube 
intestinal à l’abri des redoutables accident» que la diète 
absolue entraîne si souvint à sa suite. 

Je pourras citer on grand nombre de fûts , puisé 
dans la pratique de mon frère et dns celle de mon cou- 
frère et de mon ami, M. Fleuret, médecin au Val-d’Ajol, 
qui, tout jeune encore, est déjà un excellent observa- 
teur ; mais mon travail dépasserait alors de beaucoup les 
bornes d’une lecture académique et serait sans fruit réel 
pour les personnes qui me liront. L’abondance des faits 
cache souvent la pauvreté des idées ; ce n’est pu que 


(*) Les médecins ont trop oublié de nos jours que U diète prolongée 
peut b elle seule provoquer les plus graves ulcérations intestinales. Je crois 
qu'elle joue un très-grand rôle dans la production des désordres observés chez 
les malades affectés de la fièvre typhoïde , quoiqu'il faille accorder souvent 
aussi dans ces cas une grande influence à la supersécrétion bilieuse et à 
l'action de ce liquide sur la muqueuse intestinale , action très - comparable 
alors à celle qu'exerce sur la lèvre supérieure la sérosité qui s'écoule du 
nex dans le corysa , et qu’on ne peut modifier avantageusement qu'en di- 
minuant l'excitation du foie par le rétablissement des sécrétions de la peau. 


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104 


AKNALBS . 


je veuille nier leur importance , mais on en a étrangement 
abusé. Des laits ! rien que des faits ! a-t-on crié de toutes 
parts ; plus de théorie , c’est-à-dire plus de -science , rien 
que de l’empirisme que l’on fera progresser à l’aide d’ex- 
périences téméraires sur les pauvres malades. Tout en 
blâmant la partialité de notre époque pour les faits , que 
du reste elle observe mal, ainsi que je crois l’avoir suf- 
fisamment démontré , je vais en citer quelques-uns puisés 
dans ma propre pratique. 

Les deux premiers présenteront ce phénomène curieux 
et assez fréquent au début de la fièvre typhoïde , des 
vertiges et des évanouissements provoqués par la station , 
argument très-puissant contre les partisans de la saignée 
dans cette grave maladie. 

Mademoiselle D . . . . , servante chez madame Lambinet 
à Plombières , est âgée de dix- huit ans. Elle est réglée 
peu abondamment chaque mois. A la fin de l’automne 
dernier on me fit appeler pour la soigner. Elle se plaignait 
d’une violente céphalalgie frontale; elle était pâle et s’é- 
vanouissait dès qu’elle était assise ou levée. Son pouls 
était lent et assez développé, sa langue était nette, son 
ventre n’était pas douloureux; elle avait perdu l’appétit. 
Une sœur d'hôpital voulait la purger le jour même où 
les accidents étaient devenus plus graves; on me lit appeler. 
Quelques cuillerées de bouillon furent vomies devant moi. 
J’appris que, depuis trois semaines environ, cette jeune 
fille se plaignait habituellement du froid. Je lui prescrivis 
cinq lotions par jour avec le Uniment n° 5 de mon frère, 
et je la fis suer abondamment pendant deux jours. Les 
douleurs de tète disparurent ainsi , mais la faiblesse était 
la même , et dès que notre jeune fille se tenait assise ou 
debout la lipothymie reparaissait. J 'attribuai cette faiblesse 
à de mauvaises conditions du sang amenées par le défaut 


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DE Là SOCIÉTÉ g’ÔIUUTlOK. 

d’action de Ja peau ; je prescrivis des ferrugineux associés 
à la soude. Sons l'influence de cette médication , notre 
malade retrouva promptement ses forces et sa santé. - 

N’est-il pas extrêmement probable que si mademoiseÜB 

D avait été soignée dans tel de nos grands h6* 

pstaux. et saignée coup sur coup , on aurait vu tous les 
accidents devenir de plus en plus graves et bientôt mortels ? 
Hais cela est plus que probable puisqu'elle s’est rétablie 
avec nne merveilleuse promptitude, à l'aide de moyens 
entièrement opposés à ceux que prescriraient en cas sem- 
blable HH. BouiUaud ou Forget. Ges réflexions peuvent 
également s’appliquer au cas suivant, qui, de même que 
le premier, peut être considéré comme une fièvre typhoïde 
à son début. Dans ces deux cas, l'influence du refroidis- 
sement de la peau sur le cerveau' est bien manifeste et 
fort remarquable. Nous trouvons dans Bayle plusieurs 
observations du célèbre Harcus, oit des bains chauds et 
de» ferrugineux ont guéri très- rapidement des fièvres 
continues ayant tous les caractères de la fièvre typhoïde 
la mieux dessinée. Malheureusement le médecin de Bam- 
berg , entraîné par des vues théoriques à priori , par de 
simples hypothèses , ne sut pas tirer de ces faits remar- 
quables les conséquences qui en découlent , et ses contem- 
porains , qui sont presque les nôtres , ne l’ont pas mieux 
su que lui. 

Le 10 janvier dernier , je fus consulté pour une jeune 
femme de la section db Bas-d’Hérival , commune du Val- 
d’Ajol. Gette malade s’était refroidie plusieurs jours de 
sotte, et avait eu aussi de vives inquiétudes à l 'occasion 
d’un de ses enfants atteint d’une angine eronpale. Gette 

fahaift s’évanouissait comme la jeune D ; elle avait 

la peau sèche, des frissons , la tète douloureuse et lourde , 
la langue saburraie , le ventre légèrement météorisé , 120 


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106 


A NB AT BS 


pulsations par minute. La maladie était à son débat. Des 
lotions alcalines , secondées par des infusions de tilleul et 
de roses , amenèrent promptement d’abondantes soeurs , et 
quelques jours suffirent au complet rétablissement de cette 
mère de famille. 

Madame 4 **, de la commune du Val - d’ Ajoi et de la 
motion de la Croisette , était alitée depuis sia jours au mois 
de novembre dernier lorsqu’elle me consulta. Me avait 
la peau sèche et brûlante , 130 pulsations par minute, 
la langue aaburrale , la tète douloureuse. Elle se plaignait 
aussi de douleurs contasives dans les membres ,. le ventre 
météorisé était douloureux à la preasion. La maladie avait 
été précédée par une grande sensibilité an froid et par 
des frissons. Les lotions alcalines et les boissons légère- 
ment -sudorifiques amenèrent promptement d’abondantes 
sue ors et le rétablissement de notre malade. 

Ici il n’y avait encore ni délire ni dévoiement, mais 
il y avait frissons, céphalalgie-, douleurs de membres et 
fièvre continue , symptômes caractéristiques de k fièvre ty- 
phoïde ; et bien certainement il- n'aurait fallu que peu de 
jours aux saignées et aux purgatifs pour oeapletter chez 
notre malade le cortège habituel de cette fièvre. 

Madame veuve Roàlot , âgée de soixante et dix ans , était 
malade depuis boit jours lorsqu’elle me fit appeler dans 
le courant du mois de mars dernier. Elle avait été ad- 
ministrée, medit-on , la veille. Sa langue était sabnrrale , 
sa pean sèche et chaude , sa tète lourde et douloureuse. 
Elle avait chaque jour deux ou trois selles très-fétides 
en dévoiement. Elle délirait la nuit , son venin était mé- 
téorisé, son pouls donnait 120 pulsations par miuate. 

Je prescrivis comme chez nos autres malades des lotions 
générales avec le même Uniment , des boissons légèrement 
sudorifiques et an vésicatoire à chaque jambe. Dès le 


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DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATIOW. 107 

troisième jour, madame Bollot entrait en convalescence. 
Ici la fièvre typhoïde avait déjà des caractères pins pro- 
noncés et cependant elle a cédé encore avec une merveil- 
leuse facilité aux excitants de la peau. 

H. Faron , de la section de Dessous-le-Bois , commune 
du Clerjus , eut, à la suite de refroidissements, des fris- 
sons, pais il fut obligé de s'aliter, et après huit jours 
de fièvre continue, il fit appeler, en mon absence, M. le 
docteur Grillot , de Plombières , pour lui donner des soins. 
Ce malade se plaignait d’une douleur de dos , contre laquelle 
mon confrère prescrivit quelques ventouses qui la gué- 
rirent; mais 12 jours après M. Faron était encore faible , 
alité et sans appétit. U était sans fièvre , sa langue était 
belle , son ventre n’était pas douloureux. Les toniques 
étaient parfaitement indiqués dans ce cas , mais je préférai 
n’agir que secondairement sur le tube intestinal; je pres- 
crivis des lotions alcalines , et sous leur influence , la con- 
valescence se dessina à l’instant même. 

La fille de M. Faron, jeune personne de dix-huit ans, 
sous l'influence /lu chagrin que lui causait la maladie de 
son père , et sous l'influence aussi des propriétés conta- 
gieuses de cette affection , se plaignait de frissons et s’alita 
bientôt après. Elle avait une violente céphalalgie frontale , 
la peau sèche et brûlante , le dégoût de toute espèce d'a- 
liment, de la soif, la langue saburrale, le ventre raétéorisé 
et de vives douleurs dan» les membres. Cet état dorait 
depuis huit jours lors de ma première visite; le coucher 
était en supination , mais les règles avaient paru le matin 
même. Les lotions alcalines réassurent encore ici comme 
dans les cas précédents , et un septénaire suffit à leur aide 
pour amener ln convalescence. 

Je fus appelé le 14 avril dernier chez M. Petitjean, aux 
Cbarrières, commune dn Vel-d’Ajol , pour soigner son 


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108 


ASSALES 


fils âgé de dix-huit ans. Ce jeune homme grand et fort 
était alité depuis trois jours ; il avait une violente céphal- 
algie frontale , la peau sèche et chaude , les pieds froids , 
la langue rouge à la pointe , une toux sèche et presque 
continuelle. Son pouls donnait 130 pulsations par minute. 
La percussion de la poitrine n'indiquait rien ; l’oreille 
appliquée sur cette région percevait du râle bronchique 
au sommet des deux poumons. Le ventre n’était pas dou- 
loureux à la pression , seulement cette dernière développait 
un peu de gargouillement dans la fosse iliaque droite ; 
il y avait sur la région abdominale et sur les côtés du 
thorax quelques sudamina et quelques taches ressemblant à 
des piqûres de puces ; le malade était abattu , il se plaignait 
de douleurs contusives dans les membres ; sa figure avait 
une expression d’hébétude , sa parole était lente , il avait 
un peu de surdité. 

Ses parents attribuaient sa maladie à des refroidissements 
occasionnés par des courses nocturnes. Toujours est -il 
qu’au début de son mal il avait eu des frissons. Notre 
malade couchait alors dans une chambre froide et n’avait 
pas encore été veillé pendant la nuit. Je le fis mettre dans 
une chambre chaude avec une garde près de lui. Je pre- 
scrivis six lotions alcalines par jour avec le Uniment U° 5 , 
pour rétablir les fonctions de la peau. D’heure en heure 
je fis mettre une cuillerée d’ammoniac dans un vase près 
dur lit du malade , afin de calmer l’irritation pulmonaire 
à Laide d’inspirations alcaUnes. Je donnai pour bouillon 
1’infusion de fleurs pectorales et de roses de Provins, pour 
nourriture quelques cuiUerées de lait coupé ou de bouillon 
léger. Je prescrivis aussi six centigrammes d’extrait aqueux 
d’opium dans une potion gommeuse de lôO grammes, à 
prendre par cuillerée d’heure en heure. 

Dès la seconde lotion , le malade eut une sueur abondante , 


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109 


DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

qui durait encore lors de ma visite le lendemain matin. 
Sa nuit avait été agitée , il avait ru du délire , deux selles 
en dévoiement , mais sa toux était déjà considérablement 
diminuée, ainsi que la céphalalgie et les douleurs de membres. 

Je continuai les mêmes prescriptions. Dès le troisième 
jour il y eut un ralentissement très-marqué du pouls. 11 
ne donnait plus alors que 100 pulsations par minute. Le 
18 avril, la fièvre, le dévoiement, la toux, le délire et 
la douleur avaient cessé , le malade dès ce jour entra en 
convalescence. 

Le jeune Bol mont , dit Vévot , âgé de 27 ans environ , 
demeurant aussi au Val-d’Ajol, non loin de chez Petitjean , 
avait enseveli et porté en terre un enfant mort sans trai- 
tement de la fièvre typhoïde, dans une maison où tonte 
sa famille en Ait affectée. Saisi de dégoût à la suite de 
ees tristes occupations , on l’obligea encore à boire de 
l’eau-de-vie dans la chambre mortuaire, ce qu’il ne fit 
qu’avec la plus grande répugnance. Pendant quinze jours 
il se plaignit de la perte de son appétit , de pesanteur 
dg tète , de faiblesse et de frissons. Il fut enfin obligé de 
s’aliter le 19 avril. Ce ne fut que le 27 du même mois 
que la gravité de son état obligea ses parents à m’appeler. 
Je le trouvai couché en supination. Sa peau était très» 
chaude et très-sèche , son pouls donnait 130 à 140 putsar 
tions par minute. Sa langue était sèche , rude, rouge à 
la pointe et au centre et profondément gercée. Ses dents 
étaient sèches et noirâtres à leur base. De nombreux suda- 
mina et de petites taches noires couvraient largement le 
rentre et la poitrine. Le ventre était ballonné. Il n’était 
pas douloureux à la pression , qui développait un gargouil- 
lement bien marqué dans la fosse iliaque droite. La soif était 
modérée, le malade appétait l’eau fraîche et pure. Il avait 
par jour d’une à deux seUes en dévoiement et très-fétides. 


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AHflALBS 


110 

Bolmont délirait habituellement, quoiqu’il répondit juste 
aux questions qii’on lui faisait. La surdité bien prononcée 
dès ma première visite augmenta beaucoup encore les jours 
suivants. Il y avait un peu de toux. 

Je prescrivis six lotions générales par jour avec le lini- 
meut n° 5 , l’infusion tiède ou chaude de fleurs pectorales 
et de rosés de Provins ; pour aliment deux cuillerées seu- 
lement de bouillon maigre ou de lait caillé, trois en quatre 
fois par jour. 

Le 27 et le 28 on ne fit chaque jour que deux lotions 
au lieu de six. Il y eut cependant déjà un peu de ralen- 
tissement du pouls , mais point de sueur, et les selles furent 
moins fétides; mais le 30 et les jours suivants on fit exac- 
tement les lotions prescrites , et je fis faire en outre tous 
les soirs trois applications successives de pommes de terre 
bien chaudes sur les jambes et les pieds. La suenr devint 
ainsi très-abondante. Ce traitement fut continué jusqu’au 
2 mai inclusivement. Le malade était dès-lors en pleine 
convalescence. Depuis la veille il n’avait plus de selles, 
plus de délire , plus de fièvre. Le 3 mai il put aller déjà 
se promener autour de la maison. 

La jeune Balandier , âgée de vingt-un ans , voisine de 
Bohnont et proche parente de la petite fille qn’il avait in- 
humée , avait ses règles lors desobsèques de cette dernière ; 
obligée d’y assister , elle fut refroidie : elle avait aussi 
la même répugnance que Bolmont. Ses règles furent moins 
abondantes que' de coutume ; pendant une quinzaine de 
jours elle se plaignit de faiblesse , de dégoût , de froid. 
Elle fut obligée de s’aliter le 23 avril. Elle avait alors 
des frissons , une violente céphalalgie frontale , des ver- 
tiges , des douleurs eontusives dans les membres et le- 
dos. On me fit appeler le 27 pour la soigner. Je la trouvai 
couchée en s upi na tion , se plaignant de fortes douleurs an 


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111 


DB LA SOCŒTK B 'ÉMULATION. 

front et duu ttotn les parties da eerp qui nrpnnmrmt w 
son lit. £He avait la peau moite, i 20 pulsations par ni* 
mite, la laugue humide nais large et un peu rouge aa 
bord. La pression du rentre était douloureuse dans Je 
flanc droit , elle développait un peu de gargouillement A»— 
la fosse iliaque du même côté. Sur le rentre , il y arait 
de rares sudamina mais point de taches. Tous les jours 
notre malade arait nne selle en dévoiement. Sa respiration 
était courte et haute , elle avait quelques accès d’une toux 
facile. De temps en temps , pour soulager sou dos , sa mère 
la tournait à grande peine sur l’un on l’autre côté. Elle 
était très-découragée , se plaignait beaucoup , mais elle ne 
délirait pas. Je pensai d’abord qne quelques applications 
de pommes de terre chandes sur les jambes et les pieds 
et des infusions de tilleul suffiraient , en augmentant la 
transpiration, pour juger la maladie ; mais le 2 mai , l’état 
de notre malade ne s’était pas amélioré. Je prescrivis nos 
lotions alcalines ainsi que l’infusion de roses de Provins 
et de fleurs pectoral». Le 7 mai , la jeune Balandier était 
en pleine convalescence. 

Après tous les développements théoriqnes dans lesquels 
je suis entré, ces faits me paraissent suffisants pour con- 
vaincre au moins mes confrères que les idées actuelles sur 
la fièvre typhoïde n’ont pas de base solide ; que cette 
maladie a été mal et incomplétement’étudiée , et que notre 
époque scientifique est assez avancée poor pouvoir éclairer 
bientôt tout ce qu’il y a- d’obscur encore dans cette grave 
maladie. H est probable qn’indépendamment des lotions 
alcalines, les préparations ferrugineuses , si heureusement 
employées par Marcus , et qui paraissent avoir hâté beau- 
coup le rétablissement de la jeune D , joueront 

un grand rôle dans le traitement de cette fièvre. En terminant 
ce travail bien incomplet, je crois devoir m’excuser d’avoir 


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1 12 


A1UIAUB 


pris trop gourait peut-être un ton affirmatif , là où j’&ura» 
dû plutôt exprimer un doute. Je suis bien loin de prétendre 
avoir tout dit sur la fièvre typhoïde. Je m’estimerais très- 
heureux d’avoir pu seulement planter quelques jalons dans 
la voie nouvelle, encore presque toute entière à tracer. 




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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


113 


RÉCAPITULATION 

DES OBJETS D’HISTOIRE NATURELLE 

DÉPOSÉS AU MUSÉE DÉPARTEMENTAL DES VOSGES, 

DEPUIS L^ffOlS DE MAI 1842 JUSQu’lU MÊME MOIS 1843 , 

Pab M. le Docteur MOUGEOT, de Bruyères , 

MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. 

Messieurs , 

Dans le rapport que j’ai en l’honneur de vous présenter 
il j a un an an sujet des accroissements du musée vosgien , 
je vous faisais part de mon projet de voyage vers Paris , 
afin de plaider la cause de cet établissement départemental 
près de l’administration du jardin dn Boi , pour obtenir, en 
échange des productions naturelles des Vosges , des objets 
analogues capables d'augmenter les moyens d'instruction 
que la commission de surveillance près de ce musée cherche 
sans relâche à procurer à ses concitoyens. J’ai exécuté ce 
voyage ; MM. les professeurs administrateurs du jardin du 
Boi ont reconnu , dans la série des roches , fossiles , plantes, 
etc . , des Vosges , des objets dignes de toute leur attention , 

8 


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J 14 


ANNALES 


et les calcaires du Chipai et de Schirmeek et les serpentines 
d’Eloyes, travaillés à la marbrerie d’Epinal , ont été trouvés* 
très-beaux et capables de rivaliser avec les belles variétés 
de marbres qui se vendent à Paris. J'ai obtenu en échange , 
pour le musée vosgien , une série de roches et fossiles du 
bassin de Paris , de nouveaux modèles en plâtre représentant 
des restes fossiles de Mammifères et de Sauriens ; des co- 
quilles vivantes, des Polypiers solides, des plantes, des 
fruits , etc. , dont il sera fait mention dans ce rapport. 
J'ai aussi rendu visite à mes amis du Calvados , qui m’ont 
beaucoup donné à Caen, à Vire, à FalaÜe, et j’ai pu ar- 
river au bord de l'Océan , à Grandville , où il m'a été 
possible de recueillir moi - même les productions marines 
de ce littoral , comme aussi d'obtenir de plusieurs natura- 
listes de cette contrée d'autres objets des mers du nord. 
En outre , vous avez bien voulu , Messieurs , dans votre 
séance du 21 juillet 1842, me désigner avec plusieurs de 
mes collègues , pour représenter la Société d'Emulation au 
congrès scientifique de Strasbourg ; j'ai profité de cette 
circonstance pour établir aussi^des échanges avec l’adminis- 
tration du muséum de cette ville , et ces échanges ont en- 
core été importants. Je vais les énumérer méthodiquement 
et succintement, en suivant l'ordre établi dans mes rapports 
antérieurs , sans oublier les autres accroissements dont nous 
sommes redevables à nos collaborateurs et à toutes les per- 
sonnes qui ont déposé des dons au musée vosgien , pendant 
l'année qui vient de s’écouler. 


GÉOLOGIE ET MINÉRALOGIE. 


Le nombre des échantillons de roches représentant les 
formations primitives des Vosges augmente chaque année, 




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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. 


115 


et cette augmentation successive eontmuera encore long- 
temps avant qu’il nous ait été possible de réunir toutes les 
variétés de ces roches. D’ailleurs, nous cherchons à placer 
à côté les unes des autres les roches identiques prises dans 
diverses localités ; d’abord , pour arriver à la connaissance 
complète des phénomènes géologiques dans toute l’étendue 
du sol vosgien , ensuite parce que cette identité existe ra- 
rement d’une manière rigoureuse , et qu’à chaque pas que 
fait le géologue dans les terrains primitifs , comme nous 
l’avons déjà répété souvent , il reconnaît l’étonnante poly- 
morphie des roches qui les constituent/ 

MM. Lievre frères, entrepreneurs des travaux 4e la route 
du Bonhomme , ont envoyé des échantillons bien préparés 
de roches qui se trouvent en place dans cette localité de 
nos montagnes , entre autres des diorites granitoïdes et 
sehistoïdes, des syénites, tantôt avec feldspath rose, tantôt 
avec feldspath blanc , des granités avec nids d’ampKibole , 
des quarzites pénétrant ces diverses roehes , particulière- 
ment les diorites granitoïdes , et quoique ees roches 
présentent les caractères géognostiques assignés à chacune 
d’elles , elles offrent encore des particularités qui leur sont 
propres, et les distinguent des mêmes roches observées 
dans d’autres localités des Vosges. M. Mareine , conducteur 
des ponts et chaussées à B emi remont , vient aussi de con- 
firmer ce que nous disons ici , par un premier et magnifique 
envoi de roches de la vallée de la Moselle , choisies entre 
Bussang et Remiremont , de la vallée de Giromagny , dans 
lesquelles se retrouvent également les mêmes anomalies de 
couleur, de cristallisation , de proportion variée des parties 
constituantes. Nous lui devons plus particulièrement de 
grands échantillons d’aphanite, d’amphibolite , de diorite, 
entre autres d’une diorite lardée d’aiguilles d’amphiboles , 
analogue à celle de la vallée de la Bruche, toutefois se 


( 


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116 


ASHALBS 


rapprochant davantage de l’ampbibolite. Noos lui devons 
plusieurs variétés de porphyres verts , rouge-brun , gris- 
verdâtre , de quarz jaspe , enfin une roche qui parait être 
une variété de leptynite , un milangt passant à la diorite 
avec cristaux de pyroxène ? que M. Hogard a mise à décou- 
vert en faisant pratiquer , dans un massif de leptynite , un 
déblai pour l’ouverture du chemin de grande communication 
n° 32 , au sud-est de Faymont , commune du Val-d’Âjol. 

Les variétés de couleur du quarz , du feldspath , du mica ; 
le plus du moins d’amphibole , de talc ; les diverses teintes 
de couleur des pâtes feldspath iques , amphiboliques ; les 
mélanges à ces pâtes de cristaux plus ou moins grands , 
plus ou moins réguliers , ayant pour le quarz subi quel- 
quefois une sorte de fusion , etc. , etc. , si multipliées dans 
les roches primitives des Vosges , les rendront constamment 
intéressantes. Aussi la série de ces roches déposée au 
muséum de Paris, est-elle devenue un sujet d’études pour, 
les professeurs de géologie de cet établissement , qui ont 
trouvé nos déterminations assez en rapport avec celles des 
hommes spéciaux , quoique plusieurs d’entre -elles de- 
vront subir une réforme. Nous ferons connaître plus -tard 
ces rectifications , lorsque les objets en litige auront été 
analysés ; nous nous bornerons aujourd’hui a faire remar- 
quer que toutes les taches vertes dans nos leptynites mi- 
cacés , pourraient appartenir à la pinite , et que la matière 
verdâtre qui se voit dans la protogyne rouge du Tholy , 
peut aussi ne pas être talqueuse , et alors cette roche s’é- 
loignerait des protogynes. L’analyse chimique devient donc 
de plus en plus indispensable pour établir nos classifications 
et nos nomenclatures. M. Daiibrée, ingénieur des mines pour 
le département du Bas-Rhin , très-habile chimiste , nous a 
promis de s’occuper sérieusement de l’analyse des roches 
des Vosges , et nous attendons avec bien de l’impatience 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 


117 


que les nombreuses occupations de son service lui permettent 
de se livrer an grand travail qui nous fera connaître la 
présence ou l'absence , soit du feldspath , soit de l’amphi- 
bole , ou de toute autre substance minérale propre à les 
caractériser. Alors nous pourrons établir des démarcations 
rigoureuses entre nos apbanites-, nos diorites compactes 
et noseurites à teinte noirâtre. 

Nous avons encore continué à réunir les variétés de gra- 
nités pouvant le mieux se fendre et servir ensuite de pierres 
de taille. Déjà , il a été question dans nos rapports annuels 
des avantages que retireraient nos compatriotes de la partie 
montnense du département , s'ils parvenaient à tailler ces 
granités , pour les faire entrer parmi les matériaux de 
construction des édifices , dans les localités où la pierre de 
grès n'existe pas , et où il faut l’amener d’assez loin et à 
grands frais. 

Nous avons vu, dans les contrées de la Normandie où le 
granité se montre à la surface du sol , tous les bâtiments 
construits en granits semblable à celui de nos montagnes , 
comme on a pu .s’en convaincre par les échantillons de 
granité normand déposés an musée vosgien , et envoyés 
par Delise et d’Isigny. On est parvenu à tailler ce granité 
comme grès ; il ne faut aux ouvriers qui s’en occupent 
qu’un peu d’adresse et beaucoup de patience. A la vérité , 
l’exploitation de la roebe, à Vire et autour de Villedieu , est 
plus facile que celle des Vosges : le granité', en Normandie , 
rat à fleur du sol, il y forme souvent des blocs isolés d’une 
grande puissance , logés au milieu d’autres granités déjà 
altérés , tendres et de couleur jaunâtre , ce qui permet d’i- 
soler complètement les blocs durs. Les ouvriers employés à 
cette exploitation connaissent assez exactement la manière 
de les débiter. Ils fendent ces blocs avec des coins en fer 
placés dans une gouttière pratiquée au moyen de la pointe 


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118 


ANNALES 


du marteau. Cette entaille est plus ou moins profonde , selon 
le plus ou moins d’épaisseur des blocs ; die règne dans toute 
leur longueur et reçoit des coins en fer applatis , de gran- 
deur variable , mais le plus ordinairement larges de 30 à 40 
millimètres, longs de 40 à 50, avec une épaisseur de 24 
millimètres dans le haut et de 12 dans le bas, posés à côté 
les uns des autres et très - rapprochés dans cette entaille. 
On enfonce ces coins à petits coups de marteau , en frappant 
sur toute la rangée successivement avec plus ou moins de 
force, et avec une certaine vitesse qu’apprécient les ouvriers, 
qui savent ainsi diviser les grands blocs en fragments déjà 
très - réguliers et appropriés du premier jet à l’emploi 
auquel ils les destinent. Les grandes inégalités de ces frag- 
ments fendus , sont abattues avec une masse en fer du poids 
de 6 à. 9 kilogrammes. Les surfaces qui doivent être 
taillées , sont dressées et unies de la manière suivante : les 
ouvriers commencent à les frapper avec un marteau à pointe 
mousse du poids de 3 à 4 kilogrammes et plus, ensuite avec 
la tète quadrilatère du même marteau , portant 25 à 30 
millimètres sur chaque bord. Cet outil est remplacé par un. 
autre marteau d’égale dimension à peu près , dont la tête 
n’est plus lisse , mais pourvue de 20 à 25 saillies cubiques 
de 4 à 5 millimètres, disposées sur 4 à 5 rangs ; # enfin , ces 
ouvriers achèvent de rendre unies les surfaces au moyen 
d'un dernier marteau à larges tranchants , conçu dans les 
Vosges sous le nom de marteau taillant. Dans cette opé- 
ration , les plus fortes aspérités de la pierre disparaissent 
par les coups redoublés de la pointe mousse du marteau, 
la tète plate du même instrument les écrase de plus en plus , 
le marteau à facettes les fait disparaître presque complète- 
ment , et le marteau tranchant achève de les unir. Les mou- 
lures s’exécutent avec la pointe fine du marteau et au 
moyen du ciseau. Les lettres en relief ou en creux des 


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119 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOn . 

inscriptions s’obtiennent de même , et les caractères sont 
tantôt gothiques , tantôt romains et parfaitement tracés. 
Ce n’est ici qu’une œuvre d'extrême patience , et toutefois , 
certains ouvriers y deviennent très-habiles ; les coups de 
marteau qu'ils savent appliquer avec adresse et rapidité 
abrègent le travail. Certes , les tailleurs de granité dans les 
Vosges, qui ont déjà fait de grands progrès depuis quelques 
années , sauront , quand ils le voudront sérieusement , at- 
teindre l'habileté de ceux de Normandie, surtout en s'ou- 
tillant comme eux et en choisissant les granités qui se fendent 
bien , et qui , par conséquent , se travailleront convenable- 
ment par le procédé que nous venons d’indiquer, et qui n’est 
qu’une modification de celui déjà mis en usagedans les Vosges. 

M. de BUly a aussi déposé, parmi la série des serpentines, 
six échantillons de cette roche , en contact avec le granité dans 
le ruisseau qui descend de la ferme de la Housse , un peu 
en amont de la jonction de ce ruisseau avec celui de Sainte- 
Sabine , canton de Remiremont. 

Le nombre des pétrifications pour les terrains stratifiés 
des Vosges a aussi été augmenté : N. Joly , ingénieur des 
ponts et chaussées , a donné des calamites du grès bigarré de 
Bains; H. Hasselot , de Baccarat , les empreintes d’Tuccites 
et de troncs de fougères ; M. Perrin , le coracoïdien gauche 
d’un Notbosaurus , la clavicule droite du Simosaurus ? une 
portion de tête du Notbosaurus Andriani , des fragments 
osseux de Sauriens appartenant à la tribu des Labyrintbo- 
dontes , ces derniers dans un état trop incomplet pour y 
reconnaître à quel genre de ces animaux ils pourront être 
rapportés. M. Lamoureux , M. Guihal ont continué leurs 
dons en fossiles des formations basiques et jurassiques , 
et plus particulièrement en madrépores. M. Schimper a 
envoyé des débris des tiges de zamia , du lias de Gunders- 
hofen, des empreintes de fougères de Lycopodiacées sur les 


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120 


ASNALES 


schistes houilliers de Saarbruck , et M. Mathieu , piqueur 
des ponts et chaussées , des ammonites du calcaire juras- 
sique de l'arrondissement de Neufcbèteau. 

Tous ces dons successifs de fossiles isolés de la roche 
nous permettront d'établir bientôt une collection séparée des 
débris organiques renfermés dans nos terrains stratifiés , 
collection qui sera rangée d'après une classification métho- 
dique, établie sur les grandes di visions admises pour le règne 
animal et végétal. Notre tâche sera rendue plus facile par les 
nombreux matériaux que nous avons reçus cette année , soit 
du Calvados , par l’obligeance et la générosité de MM. Eudes 
Deslongchamps et Tesson , soit du bassin de Paris , de la part 
des administrateurs du jardin du Roi. 

Les roches et fossiles du Calvados proviennent plus par- 
ticulièrement , I® du grès quarzeux intermédiaire ; 2® du 
lias ; 3° de l’oolitbe inférieure ; 4° de la grande ootithe ; 
5° de l’argile de Dives ( Oxfordclay ). 

Le grès intermediaire de May , près de Caen , que 
M. Hérault, ingénieur en chef des mines dans le Calvados, 
nomme grès quarzeux coquilher, et qu’il considère comme 
une variété du grès rouge ancien des Anglais , est une roche 
très-dure, d’un éclat lustré, d’une couleur grisâtre ou vio- 
lette , formée de bancs ayant d’un mètre et demi à quatre 
mètres d’épaisseur , remplie de Produla , et où se voient 
aussi des Trilobites , entre autres l’Asaphus Brongnartii 
Desion. Ce grès s’exploite pour faire des pavés et des pierres 
à aiguiser dont se, servent les menuisiers. 

Le lias supérieur , souvent en contact avec le grès in- 
termédiaire, que M. de Caumont (I) désigne sous le nom de 


(1) Mémoires de la Société linnêenne de Normandie , année 4828 , p. 2.>8 
et suivantes. 


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121 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

calcaire à belemnites , en réservant celai de calcaire à gry- 
philea pour la partie inférieore de ce grand dépôt de couches 
alternativement calcaire» et argileuses , ce lias supérieur , 
disons-nous, est très-riche en fossile», surtout à Fontaine, 
Etoupe-Four , deux lieues de Caen , à Groisilles , Curcy , etc. 
Les teintes , tantôt bleuâtres , tantôt jaunâtres , des diverses 
couches les avaient fait rapporter à deux systèmes différent» , 
et lorsqu’elles contenaient des parties ferrugineuses , elles 
avaient été regardées comme appartenant à l’ooütbe infé- 
rieure, mais H. de Gaumont reconnut que les couches 
ferrugineuses de Curey, confondues avec oelles de Saint- 
Vigor , n'étaient point parallèles , et que les premières 
devaient être rapportées à la partie supérieure du Lias. 

Les principaux fossiles que nous avons reçus de œtte for- 
mation appartiennent aux Spirifer , aux Terebratula , et 
parmi ces dernières se trouvent le» Terebvatula acuta Lamk., 
concinna? emarginata Sow. , fissurata de Buch, nomismalis 
Lamk., ornithocephala Sotc., perovalis? et plusieurs autres 
espèces innommées. Ou y voit aussi le Deltyris aspera de 
Buch r une Ostrea , le Gryphœa cymbium Lamk. , une Pli- 
eatulea , le» Peeten corneus Sow. , equivalvis Sow. , Lima 
doplicata , Avieula costata Sow. , une Unio , plusieurs 
moules internes de. Pholadomya. 

Le nombre des mollusques n’est pas moins considérable 
que celui des ooncbyfères. On y compte trois à quatre es- 
pèces distinctes de Pleurotomaria non encore rigoureusement 
déterminées, des Trochus, Turbo , Euomphalus , plusieurs 
Belemnites, entre autres le B . bisinuatus Plain., un Naulilus, 
les Ammonites Eruea Defr. , Stokesü Sow. , Walcottii 
Sow. , avec cinq à six autres espèces à étudier. Le Lias , 
dans le Calvados , donne une excellente chaux qui sert 
d'engrais et pour les constructions hydrauliques : il fournit 
aussi le moellon avec lequel on construit les maisons à 


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122 


ANNALES 


Bayeux , Isigny , etc. Toutefois , parmi les bancs qui con- 
stituent la partie supérieure du Lias, il se trouve une 
assise de plus d’un mètre d’épaisseur, que les ouvriers 
nomment Banc de roc et qui , contenant trop de silice , 
n'est pas employée avantageusement à la fabrication de la 
chaux. 

L’Oolithe inférieure du Calvados se divise en deux sys- 
tèmes , l*un supérieur blanchâtre, qui se lie à la grande, 
oolithe, l’autre moins épais, très-remarquable par la quan- 
tité d’oolitbes ferrugineuses qu’il renferme. Les globules 
oolitbiques en sont ovoïdes et un peu moins gros que ceux 
de la grande oolithe ; toutefois , dans l’arrondissement de 
Bayeux , ils acquièrent souvent un volume qui varie depuis 
celui d’une noisette jusqu'à la grosseur du poing , mais alors 
ces globules contiennent presque toujours à leur centre une 
petite coquille ou an fragment du calcaire inférieur , et la 
forme en est subordonnée à celle du noyau sur lequel se 
sont moulés les feuillets concentriques d'argile ferrugi- 
neuse (1). • 

L’Oolithe inférieure à Bayeux , à Eterville , est une mine 
aussi riche en pétrifications que la formation géologique 
dont nous venons de parler. On y rencontre en effet, à 
Saint-Vigor , l’Echinus germinans Phil. , les Terebratula 
perovalw Sow. , bullata Sow. , globosa Sow. , Meleagrina 
bajocensis Defr. , Lima gibbosa Sow. , Modiola plicatula 
Sow. , Trigonia costata Sow. , Cardita lunulata Sow. , As- 
tarte modiolaris Sow. , elegaus Bronn. , Pholadomya Mur- 
chisonii Sow. , et plusieurs moules internes d’espèces du 
même genre. Nous avons aussi reçu les Melania lineata 
Sow. , Pleurotomaria ornata , les Troohus fasciatus Sow. , 


(1) Voyez de Caumont , Mémoires de la Société linnéenne de Normandie, 
année 1828 , page 227 et suivantes. 


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123 


DE LA SOCIETE D EMULÀTIOÜ. 

dimidiatns Sow. , qui abondent dans cette oolite ferrugi- 
neuse. On y voit en outre les Nautilus obesns Sow. , lineatus 
Sow., les Ammonites discus Sow., GervilBi Defr. , Par- 
kinsoni Sow. , cette dernière , conservée avec son tét au 
Moutiers cm Cinglais , route de Caen à Harcourt , tandis 
qu’à Eterville , ce têt est presqu’entièrement détruit. Outre 
ces ammonites, rigoureusement déterminées par les sa- 
vants géologues normands auxquels nous en sommes re- 
devables , il s’en trouve encore une série qui n’a point reçu 
de nom spécifique, et qué M. Deslongchamps croit nou- 
velle. Les différentes couches de lWithe inférieure , à 
l’exception du banc sableux trop siliceux qu’on y rencontre, 
sont exploitées pour faire de la chaux et également employées 
à bâtir. 

Nous passons à la grande oolithe ou à la partie supé- 
rieure du calcaire oolitbique , que les géologues normands 
nomment aussi calcaire à polypiers. Certains bancs sont 
souvent formés uniquement par l’assemblage de lamelles 
spathiques , et d'autres par beaucoup d’oolitbe presque tou- 
jours blanche , rarement brune , renfermant un grand 
nombre de polypiers , de radiaires ét de coquilles. Ce Cal- 
caire se trouve dans plusieurs communes du Calvados & la 
surface du sol, et il recouvre quelquefois immédiatement le 
terrain intermédiaire. Son aspect varie beaucoup , comme 
la fait remarquer M. de Maguéville : il se présente , dit 
cet habile observateur (1), sous la forme de plaquettes ou 
moellons très-propres à la maçonnerie. Il est teint en jaune 
par du fer qui se trouve souvent en petites masses entre les 
lits et quelquefois dans le corps même de la pierre , ou bien 
il forme des couches sableuses , qui se durcissent à mesure 


(1) Mémoires de la Société linnienne du Calvados , auuce 1824 , p. 219 
et suivantes. * 


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124 


ANNALES 


qu’elles sont plus enfoncées, et devient alors une bonne pierre 
de taille. Les murs du quai de Caen , les ponts de cette ville 
en sont construits. MM. Deslongchamps- et Tesson nous ont 
envoyé les fossiles recueillis à Banville , à Langrune -, 
dans cette seconde localité , les pétrifications sont surtout 
renfermées au milieu de l’oolithe coquillière de Bath , nommée 
pierre blanche en Normandie. Nous allons énumérer ce que 
nous avons obtenu. Parmi les Zoophytes se voient le Spongia 
pistilliformis Lamk. de Benouville, les Hallirhoa lycoper- 
doïdes Lamk. , Spongia cymosa -Lamie. , belveloïdes Lamk. , 
provenant de Langrune ; sept à huit Millepora , deux Es- 
charra , des Cellepora , CaryopbyUia , Âstrea , le Fungia 
orbulites Lamk. , les Spiropora cespitosa et elegans Lamk. , 
Montivaltia caryophylla Lamk., Diastopora foliacea Lamk., 
Terebellaria ramosissima Lamk. : parmi les radiaires , 
existent le Nucleolites scutatus ? Gold. des Gidarites , des 
Echinus , la colonne arrondie s’élargissant vers le sommet 
de l’Apiocrinites rotundus Mill. ; parmi les conchyfères se 
rencontrent dans l’oolithe de Bath , ou pierre blanche de 
Langrune , le Terebratula palmetta Defr. , T. hemisphærica 
Sow. , T. cardium Lamk. , Pecten vagans , Lima punctata , 
Avicula digitalina , Modiola elegans , 'rrigonia costata , 
plusieurs Astarte , tandis qu’à Banville , dans la grande 
oolithe proprement dite , se voient de petites Thecidea , 
les Terebratula biplicata Sow. , digona , reticulata Sow. , 
( decussata Lamk. ) , à Benouville , l’Ostrea flabelloïdes 
Lamk. , et derechef l’élégante Avicula digitalina dans la 
couche supérieure du calcaire à polypier ( pisolite) de Ban- 
ville. Parmi les mollusques , s’observent à Langrune le 
Patellaria nitida avec une autre espèce , et à Banville des 
Trochus et Ampullaria. 

Enfin , les pétrifications de l’argile de Dives nous ont 
présenté le Nucleolites scutatu^ Lamk. de Benerville, le 


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DE LA SOCIÉTÉ O’ÉMÜLATIOH . 125 

Rliodocrinites eclriuatus Brann. des Vaches-Noires , les Te- 
rebratula resnpinata, Ostrea flabelliformis , Modiola tulipes 
de Dires, et le Perna mytiloïdes des Vache! -Noires avec 
Nucola , Astarte, Trochus, de Villers. 

Cette riche collection des zoophytes , radiai res et co- 
quilles fossiles du Calrados , a d'autant plus de prix que 
les objets que nous venons d'énumérer, sont en parfait état 
de conservation, offrant pour la plupart les caractères 
génériques et spécifiques capables de conduire à leur dé- 
termination rigoureuse ; qu’ils sont de plus en plus re- 
cherchés des naturalistes , h raison de leur importance 
géologique , tout en devenant plus rares. Cette collection ne 
comprend pas la totalité des pétrifications normandes (1) ; 
mais les bons offices de MM. Deslongcbamps et Tesson par- 
viendront à la compléter, surtout que nous allons , de notre 
côté , leur adresser les fossiles des grès bigarrés , ceux des 
calcaires à ceratite , des calcaires basiques et jurassiqües 
des Vosges. Nous n'avons pas cru devoir nous étendre lon- 
guement sur les formations géologiques où se trouvent ces 
pétrifications; le peu que noos en avons dit est certes in- 
suffisant pour les faire bien connaître , aussi nous conseillons 
de les étudier dans les savantes recherches des géologues 
du pays , publiées dans les Mémoires de la Société linnèettne 
de? Normandie. Nous avons déjà eu occasion de parler des 
roches primitives et intermédiaires du Calvados , en rendant ' 
compte de l’envoi , par Delise et d’Isigny (2) , de ces roches 
déposées au musée vosgien. Ce dernier envoi, réuni à celui 


(1) Noos possédons déjà an musée vosgien les fossiles du Banc de 
baculitee de Saint-Sauveur , département de la Manche , ©eux de la craie 
de la montagne Sainte-Catherine près Rouen. 

(2) Annales de la Société (T Émulation des Vosges, année 1839, vol. 3, 
page 621. 


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126 


ÀïWAIÆS 


qui vient de nous occuper , nous met eu possession des 
matériaux les plus nécessaires pour les étudier loin des 
localités qui les renferment. Nous pourrons , à l’avenir, bien 
mieux mettre à profit les travaux de la Société liunéenne de 
Normandie , sur cette composition du sol d’une des plus 
vastes et des plus fertiles provinces de France , ayant sous 
les yeux les roches et les fossiles dont ce sol est formé , et 
lire avec plus de fruit ces curieux et profonds mémoires 
géologiques, accompagnés de cartes, de coupes des terrains 
et de vues parfaitement exécutées. N’oublions pas que c’est 
en Normandie surtout qu’a commencé en France cet entrai- 
nement vers les sciences naturelles qui s’est répandu avec 
rapidité dans nos départements, et qu’en nous efforçant, dans 
les Vosges , d’exciter de plus en plus cet entrainement, notre 
Société d’Emulation conservera la bonne renommée qu’elle 
s’est acquise déjà dans le monde savant. 

La collection des roches et fossiles des environs de Paris, 
due à la bienveillance de MM. les professeurs administra- 
teurs du jardin du Roi , a été préparée par. M. Victor 
Raulin , aide naturaliste , qui a bien voulu y joindre un 
exemplaire de la carte des coupes géologiques et topogra- 
phiques des environs de Paris , montrant le sol sur lequel 
sont assises les fortifications de la capitale , . carte qu’il a 
publiée avec M. Leblanc. Sur cette carte , la désignation et 
l’ordre des formations sont indiquées par des teintes de 
couleur , et les genres principaux des fossiles du terrain 
tertiaire parisien et de la craie y sont aussi représentés au 
trait. 

Cette collection classique , composée de 200 échantillons 
de roches et de 150 espèces de fossiles les plus caractéris- 
tiques de chaque étage , est accompagnée d’un catalogue 
méthodique qu’il suffit de consulter pour en apprécier 
toute l’importance. Elle comprend les roches et fossiles , 


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127 


DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 

1° des terrains de la période crayeuse à qui appartiennent (a) 
les sables quarzeux glauconifères ; (6) la craie proprement 
dite; 2° des terrains de la période palæotherienne où se 
voient (a) le calcaire pisolithique , (b) l’argile plastique, (c) 
les sables quarzeux glauconifères , (d) le calcaire grossier, (e) 
les calcaires fragiles et terreux , (/) les grès et sables dits de 
Beauchamp , (g) le calcaire siliceux , (A) le gypse , (i) les 
marnes supérieures au gypse et le Travertin moyen , (A) 
les grès et sables dits de Montmartre, (1) le Travertin su- 
périeur-; 3° e nfin des terrains de la période alluviale for- 
mant (a) le grand attérissement diluvien , (b) les alluvions 
fluviatiles. M. Baulin a eu soin , dans le choix des fossiles , 
de ne pas oublier les espèces nouvellement étudiées et dé- 
crites, ce qui augmente la valeur de cet envoi, où nous 
pourrons suivre les recherches faites jusqu’à présent sur la 
géologie parisienne. 

Nous devons aussi à M. Schimper des échantillons de 
calcaire tertiaire de Mayence , avec Relix mvngontiana et 
Rulim-us gregarius ; d’autres échantillons du même calcaire 
de Landau avec codfervacées, des schistes bouillers de Deux- 
Ponts avec Unie carbonarius, et empreinte^ de fougères et 
lycopodiacées. 

A l’occasion de ces fossiles des ordres d’animaux inférieurs 
des terrains stratifiés , nous avons à vous entretenir des mo- 
dèles en plâtre obtenus du muséum de Paris , représentant 
des ossements de mammifères et de sauriens. En voici la 
liste , avec les numéro^ d’ordre qu’ils portent dans le cata- 
logue de l’envoi faisant suite à ce que nous avions déjà reçu 
précédemment. 

N° 39 , pied de devant droit du Palœotherium cratmm ; 
n° 40, pied de derrière gauche du même animal ; n° 41, 
pied de devant du Palœotherium medium ; ces trois objets 
trouvés à Montmartre ; n° 42 , portion de mâchoire jnfé- 


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>28 


ASNALBS 


rieure d’Ânthrarotherium de Cadibona ; n° 43 , squelette de 
Ptetùmurus doHcodeirus du lias, grand plâtre qui repré* 
sente toute l’ostéologie de ce saorien ; n° 44 , tête d’Ieh- 
thyosaurus communié ; n° 45, épaule et partie de l'extré- 
mité antérieure du même saurien ; n° 46 , tété de Ylch- 
thyosaurus intermedius ; n° 47 , les deux épaules et le 
pied de devant droit de Y Ichthyosauru» tenuirastris , objets 
trouvés à Lyme Regis , comté de Dorset en Angleterre , 
dans le terrain liasiqne ; n* 48 , tète de saurien , sans 
indication- de localité ; n° 49 , portion antérieure de la 
mâchoire inférieure dn Nothotaurus Andtiâni , Herm. , 
v. Meyer ; n° 50 , fragment de mâchoire inférieure du 
Nothosaurüs Mougeoli, Herm. v. Meyer. Ges trois dernières 
pièces moulées sur les originaux du Muscbelkalk des Vosges. 

Ces plâtres , comme nous l’avons déjà fait remarquer {I) , 
sont d’une exécution parfaite , et quand on a pu être témoin , 
dans l’atelier du moulage dirigé par M. Merlieu , comme 
nous en avons eu l’avantage , dès difficultés que présentent 
les préparations préliminaires des pièces à mouler , la con- 
fection des moules , ce qu’il faut de patience et d'adresse 
aux artistes chargés de ce travail pour obtenir une aussi 
grande perfection , on peut alors seulement apprécier la 
valeur de ces modèles; anssi nous ne pouvons assez ex- 
primer derechef notre reconnaissance envers MM. les admi- 
nistrateurs du jardin du Roi, qui ont fait participer le musée 
vosgièn à de pareilles largesses. Nous recevrons bientôt de 
nouveaux plâtres représentant d’autres parties de la tète du 
SimoMurus Gaillardoti , dont nous avons confié les origi- 
naux à M. le professenr Laurillard , si profondément versé 
dans l’étude des reptiles fossiles. 


(1) Annales de la Société d* Emulation des Vosges, année 1837, 
volume 3 , page 43. 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOff. 


129 


L’administration du muséum de .Strasbourg a aussi par- 
tagé avec le musée vosgien plusieurs empreintes de poissons , 
entre autres celle du Palœothrtssutn Freyenslebemi des 
schistes cuivreux du Mansfeld, celle du Palœothrissum 
Duvemof t du terrain carbonifère de Munsterappel , Prusse 
rhénane. Et H. Roussel, pharmacien en chef du Val-de- 
Gràce, nous a donné l’empreinte dorée de YEsox Lewesiensis 
Mant. , de la craie d’Oran , craie remplie de diatomées et 
d’animaux infusoires. 

La collection minéralogique du musée vosgien a été aug- 
mentée , 1° par M. Chevalier, membre du conseil général , 
du minérai de fer de l’oolithe inférieure ferrugineuse de 
Maconcourt , arrondissement de Neufchàteau , utilisé dans 
les fourneaux d’Attignéville et Rebauvois; en outre d’é- 
chantillons du même minérai , extrait de la même formation 
géologique à Chavigny (Meurthe) , brûlé également à Re- 
bairvois et à Chavigny ; 2° par M. Michel , piqueur dans 
l’administration des chemins de grande communication , 
d’un groupe de cristaux de chaux carbonatée , trouvé dans 
la carrière du calcaire magnésien du Haut-des-Raids, près 
Saint-Dié; 3° par M. Michaud, de la chaux sulfatée (plâtre) 
recueillie à Tbey-sous-Montfort , canton de Vittel; 4° par 
tf . le docteur Jaquot , de Plombières , d’échantillons de 
kaolin et petunzé (terre à porcelaine) provenant du Val- 
d’Ajol ; 5° par M. de la Pierre , de trois cristaux complets 
de Staurotide croisette , pierre dure appartenant aux ter- 
rains primitifs, prouvée dans un ruisseau qui sort d.’une 
fontaine près de Garaman , département du Finistère ; 6* 
par M. Laurent, directeur du musée vosgien, d’un superbe 
échantillon de Lapis Lazuli. 


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130 


ANNALES 


MOTANIQOE. 


L'berbier général a reçu de grands accroissements par 
les dons du muséum de Paris. M. Decaisne, aide naturaliste , 
a été chargé par MM. les professeurs de botanique de 
faire un choix parmi les plantes des îles de France et de 
Bourbon , de la Nouvelle -Hollande, de la Guyane et des 
Antilles françaises, qui se trouvaient en échantillons dis- 
ponibles daus les magasins de cet établissement. 11 serait 
trop long de les énumérer ici : nous dirons Seulement que 
la famille des fougères a fourni en espèces intertropicales , 
un large contingent , si nécessaire pour étudier avec succès 
les empreintes des fougères danB les schistes honillers et 
autres terrains stratifiés. Les serres du jardin dn Roi ont 
aussi fourni à l’herbier général plusieurs conifères , entre 
autres les Araucaria excelsa , Cuninghammi, brasiliana, 
Dammara alba , Cunninghamia sinensü , dont l’organisation 
a tant de rapports avec celle de plusieurs végétaux fossiles 
du grès bigarré. M. Decaisne s’est aussi empressé de choisir 
des fruits rares et curieux pour la collection carpologique 
de notre musée ; nons avons pu , par ce secours , développer 
cette collection des principaux organes reproducteurs , qui 
occupent le premier rang dans les études botaniques , et la 
disposer selon les familles naturelles. Les bruits les plus 
importants choisis par M. Decaisne étaient ceux du Mayna 
brasiliensis Raddi , arbre de 10 à 12 mètres , originaire du 
Brésil et de la famille des Magnoliaoées ; de l’Anona muricata 
Linn. de l’He de France , famille des Anonaoées ; du Ro- 
couyer ( Bixa Orellana Linn. ) de la Guyane , famille des 
Bixinées , dont les graines broyées et macérées dans l’eau 
fournissent une fécule colorante, employée dans la teinture 


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131 


DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATIOK. 

sons le nom de rocou ; du Baobab (AdaDsonia digitata 
Linn .) , arbre du Sénégal célèbre par la dimension gigan- 
tesque qu’il acquiert ; du Carolinea alba Lodd. , autre arbre 
du Brésil et tous deux appartenant à la même famille , à • 
celle des Bombacées ; du Sterculia Balanhas Linn. des Indes 
orientales , famille des Bjttneriacées ; de l’Apeiba Tibour- 
bou Aubl. (Aubletia Gmel.) de la Guyane, famille des 
Tiliacées ; de la Casse (Cassia Fistula Linn .) , du Catharto- 
carpus brasilianus Lourd. ; du Mucuna pruriens de Can. des 
Indes orientales , d’une espèce de Bauhinia ; ces quatre 
dernières plantes de la famille des légumineuses , dont la 
pulpe qui entoure les graines dans la casse fournit à 
la matière médicale un doux purgatif ; du Parinari ( Pa- 
rinarium montanum A uî>l.) de la Guyane, drupe ovale, 
épaisse, chargée de gros tubercules irréguliers, renfermant 
une amande très-dure , famille des rosacées ; du Baringtonia 
speciosa Linn. , arbre qtti croit au bord de la mer dans les 
Mohques , ayant une sorte de capsule très-grande , qua- 
drigone , pyramidale , couronnée par le limbe du calice , et 
qui fait partie de la grande famille des Myrtacées ; de la 
Peponide du Panpangaie (Cucumis acutangula Linn .), famille 
des Cucnrbitacées , cultivée en Chine êt aux Indes orien- 
tales; du Yomiquier (Strychnos spinosa Lamk.) de Ma- 
dagascar, famille des Strychnées ; des Bignonia xylocarpa 
Roxb. , dd jardin de Calcutta , Bignonia echinata Aubl. 
( Saoaranda echinata Guss. ) de F Amérique méridionale , 
Bignonia indica Lourd. (Spathodea indica Pert.) des Indes 
orientales , types de la famille des Bignoniacées , ayant 
des fruits capsulaires bivalves , souvent longs d’un demi- 
mètre ; du Banks» serrata Linn., de la Nouvelle-Hollande, 
péricarpe en forme de cène , famille des Proteacées ; de la 
eapsule et du gland du chêne feux liège Desf. ( Quercns 
Fontanesii Guss.) d’Alger, famille des Cupulifères; des 


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132 


ANNALES 


cônes du Pinus excelsa Wall, de l’Hymalaya , du 
Pin us Douglasii Lamk. de l’Amérique septentrionale , 
famille des Conifères ; de la grande capsule coriace tri- 
gone s'ouvrant au sommet en trois valves , renfermant des 
graines noires ornées d’une touffe de filaments couleur 
écarlate ; du Ravenala ( Ravenala guianensis Rich.) , ba- 
nanier de la Guyane ; du régime et des fruits du Sagouier 
(Sagus Raphia Poir .) de Madagascar; du fruit de l’Arec 
(Areca Catechu Linn.) , dont l’amande , unie à une espèce 
de poivre et à de la: chaux , entre dans cette substance 
masticatoire si connue aux Indes orientales sous le nom 
de betel; du Cocotier (Cocos nucifera Linn.) des Antilles; 
de la fructification du Chamærops humilis Linn. de l’Al- 
gérie; de l’Hyphæne crucifera Per». d’Egypte, palmiers 
qui fournissent des produits de la plus grande utilité aux 
peuples des pays chauds. 

La maturité parfaite de ces fruits,, accomplie dans les 
lieux où croissent spontanément les végétaux qui les pro- 
duisent , les rend , pour nous qui habitons loin de ces lieux , 
d’autant plus précieux que cette maturité permet d’étudier 
complètement leur organisation , surtout celle de la graine , 
et pour ne citer ici qu’un exemple , il a été facile de recon- 
naître dans la graine du Ravenal , le perisperme farineux 
entourant l’embryon. 

Cette collection carpologique recevra insensiblement une 
plus grande extension; les promesses de MM. les pro- 
fesseurs du jardin du Roi nous en fournissent l’assurance ; 
nous avons toutefois à ajouter aux objets dont nous venons 
de parler plusieurs autres fruits offerts au musée vosgien. 
M. le docteur Leveillé , de Paris , nous a donné celui du 
Sablier (Hura crepitans Linn.) , Pet du Diable , arbre de 
plus de 2ô mètres de haut , de la famille des Euphorbiaçées, 
croissant à la Guadeloupe. Ce fruit est une capsule ligneuse 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. 


133 


orbiculaire , déprimée, formée de 12 — 18 coques mono- 
spermes s’ouvrant élastiquement par le milieu des valves ; 
on est obligé d’entourer cette capsule d’un fil de fer , afin 
que les coques ne s'éclatent pas avec bruit en lançant au 
loin: leur graine , ce qui arrive à la maturité du fruit. Le 
nom de Sablier dérive de l’emploi qu’en font les habitants 
de l’Amérique , qui , après avoir vidé de ses graines cette 
capsule, y mettent du sable pour saupoudrer ^l’écriture. 
Nous avons obtenu de M. Lenormand , le grand - et ligneux 
légume duCourbaril (Hymenæa Courbant Linn.), arbre des 
Antilles qui fournit le suc résineux connu sous le nom de 
Résine animée ; la Drupe à huit sillons du Hernandia sonora 
Linn. (1) de l’lle Bourbon, famille des myristicées ; la coque 
du Bancoulier (Alenrites ambinux Per s.) , de la famille des 
euphorbiacées , dont la graine très - sapide passe à me de 
France pour être aphrodisiaque , en restant toutefois très- 
indigeste. Nos collaborateurs , MM. Berher et Laurent, 
M. Braconnot , concierge du musée , MM. Crousse , Bracon- 
not et Pécheur, jardiniers à Épinal , ont encore contribué à 
l’augmentation de la collection carpologique, en y ajoutant les 
fruits de plantes qui croissent spontanément dans les Vosges 
ou qui sont cultivées dans les jardins. Nous -même nous 
avons puisé dans notre propre collection carpologique cer- 
tains fruits qui n’étaient pas encore au musée vosgien , tels 
que ceux du magnolier, de l’anis étoilé, du grenadier, de 
l’amandier; les légumes de la pistache de terre (Ârachis 
hypogea Linn.), du caroubier (Ceratonia siliqua Linn.), du 
tamarin (Tamarindus indica), la péponide du concombre 


(1) Le# calice# , persistant# et agrandis après la floraison , enveloppent de 
tontes parts le fruit , comme dans une vessie coriace , lisse , jaunâtre et percée 
d’un petit trou au sommet. Lorsque l’air est agité , il pénètre dans cette ou- 
verture et produit un sifflement singulier qui retentit au loin. De là le nom 
spécifique sonora appliqué par Linnée. 


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134 


ANNALES 


serpent , les fèves pichurim , ou muscade de Para , qui sont 
les cotylédons de l’amande du Laurus Pichurim, arbre de 
l’Amérique méridionale. Les noix des Jnglans , alba Mich. , 
cinerea, nigra Linn., olivæformis Mich., la capsule et les 
semences du Sesame (Sesamum indicum Linn.) , graine oléa- 
gineuse cultivée en Egypte et en Grèce , très - employée 
maintenant dans la savonnerie de Marseille , et plusieurs 
autres encore, nous réservant de partager avec cet établis- 
sement départemental , à mesure que nous le permettront 
nos loisirs , tout ce que nous avons déjà pu réunir en fait 
de fruits. 

L’administration du jardin du Roi nous a aussi donné 
une portion du tronc d’une fougère en arbre de la Guadeloupe, 
nommée Àlsophila Perottetiana A. Brong., où les cicatrices 
des pétioles des frondes sont parfaitement conservées , et 
représentent à merveille les formes des cicatrices analogues 
observées sur les troncs de fougères fossiles. Nous avons 
placé à côté de ce morceau curieux la tige de la canne à 
sucre des Antilles et le tronçon , donné par M. Roussel , de la 
tige du Cactus Opuntia £«'»«•> qu'il a rapporté de l'Algérie, 
et dont le fruit , connu sons le nom de Figue de Barbarie , 
est très -nutritif et riche en matière sucrée. Dans le climat 
favorable à la végétation de cette plante , les vieilles tiges 
prennent une consistance ligneuse , acquièrent un dévelop- 
pement assez considérable et servent alors à. chauffer le four. 

ZOOLOGIE. 

Nous avons ajouté aux animaux vertébrés : la Loutre 
commune (Mustela Luira Linn.), laquelle, en se nourris- 
sant de poissons , cause tant de ravages dans les rivières des 
Vosges , et surtout dans celle de la Vologne ; le Hamster 
commun (Mus cricetué Linn., marmotc d’ Allemagne) , rat 


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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. 135 

d'une grande taille , très-nuisible à cause de la quantité de 
grain qu'il ramasse et dent il remplit son trou , qui a 
quelquefois deux mètres de profondeur. La tête osseuse, 
parfaitement conservée du Babiroussa (Sus Babirussa Linn., 
Cochon cerf ) , pièce d’ostéologie très - curieuse et très- 
instructive. Ce pachyderme nous est aujourd'hui bien connu 
à raison des individus mâles et femelles amenés vivant des 
Moluques en France , par les naturalistes de Y Astrolabe , 
MM. Quoy et Gaimard , et parfaitement décrits par M. F. 
Cuvier (1). Les dents canines supérieures le distinguent 
surtout de notre sanglier : elles sortent en effet d’un alvéole 
ouvert sur le museau , et se recourbent en demi-cercle vers 
les yeux , tandis que les inférieures sont arquées , aigües et 
triangulaires comme chez le sanglier. 

M. Oulmont , interne à l’Hôtel-Dieu de Paris , a envoyé 
plusieurs préparations anatomiques très - bien exécutées , 
entre autres des Larynx de divers animaux. 

Notre collaborateur M. Mathieu a continué avec la même 
persévérance , le même zèle , d’enrichir les verrières con- 
sacrées aux oiseaux. 11 a préparé avec une perfection qui 
nous semble aller toujours en augmentant , le Gorge bleu 
(MotaciUa suecica Linn,), le Circaète, Jean-le-Blauc (Cir- 
caëtus gallicus ) , deux Stercoraires , le brun et le pomarin 
( Stercorarius catharactes , pomarinus ) , le Sterne Caugek 
(Stema cantiaca) ; ces trois derniers à lui donnés par M. le 
comte de Slade, au château de Saint -Cyr, près Boonières 
(Seine-et-Oise) ; le Bruant proyer (Emberisa miliaria ) , le 
Cormoran (Peticanus carbo ) , etc. , etc. 

Af. Bretagne , contrôleur principal des contributions di- 


(I) Buffo* , Suppl,, tome 3, planche 12. Voyez aussi la notice très-savante 
•ur le Babiroussa , par M. le docteur Raulin , inse'rée dans le Dictionnaire 
universel cT histoire naturelle. 


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136 


AlfNALES 


rectes, a offert l'Hirondelle de cheminée (Hirundo rustica 
Linn.), ainsi qu’un Chevalier à pieds rouges (Totanus calidris, 
Cuv.) : M. Thiébert a restauré le Spheniscus Humboldtii, 
pris à Callao au Chili. Cet oiseau palmipède , de la tribu 
des Manchots, a les ailes membraneuses , courtes, épaisses, 
impropres au vol , mais faisant les fonctions de rames pour 
vaincre la résistance de l’eau où il nage. Les Sphénisques 
sont des « êtres que l’on serait tenté de considérer comme 
« une ébauche ou plutôt comme un oubli de la nature , 
» s’il était sorti quelque chose d’imparfait des mains de 
« cette mère prévoyante; ils semblent destinés à former 
» le chaînon qui unit deux grandes classes de la zoologie. 
» En effet , par leurs habitudes , les Spénisques sont autant 
» et même plus poissons qu’oiseaux : hors de l'humide 
» élément , leur contenance est indécise , incertaine ; élevés 
» perpendiculairement sur deux jambes qui ne sont pas 
» faites pour un point d’appui aussi ferme que le sol , 
» aussi scabreux que le roc , ce n’est qu’avec infiniment 
» de peine qu’ils gravissent les côtes où la nécessité les 
» pousse comme, malgré eux ; et , s’ils y rencontrent un 
• ennemi , il faut que , sur la place même , ils succombent 
» à son attaque, lorsqu’à force de coups de bec ils ne 
» parviennent pas à l’intimider , à le fatiguer plutôt qu’à 
v le mettre en fuite (l). » Ces oiseaux se tiennent en grandes 
bandes sur les réduits les plus sauvages des mers australes. 

M. Victor Choley, très -exercé dans l’art de conserver 
les oiseaux , s’est aussi livré aux préparations ostéologiques 
de ces volatiles et des plus petits animaux vertébrés. Il se 
propose de partager avec le musée vosgien ces préparations 
si délicates , et en attendant , il vient de l’enrichir du sque- 
lette complet de la Corneille noire (Corvus Corone, Itrm.), 


(I) Drapiez, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. 


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DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION . 1 37 

nommée Corbeau dans nos contrées ; d'une tète de Bécasse 
et d'une té te de Canard. 

Un grand reptile, le San ve-garde d’Amérique (Lacerta 
Teguiiin Ltnn.), provenant de la Guyane française, a aussi 
été ajouté au nombre des Lézards. L’individu conservé au 
musée vosgien a un mètre de long du museau au bout de 
la queue. Le nom de Sauvegarde vient de la croyance ré- 
pandue parmi les Sauvages , qu’ennemis des Crocodiles et 
amis de l'homme , les grands Lézards avertissent celui-ci 
par leur sifflement de l’approche d’un dangereux ennemi : 
mais cette croyance est mensongère et le nom de Sauve-garde 
impropre. M. Schimper, conservateur du muséum de Stras- 
bourg , en nous envoyant ce Sauve-garde , y a joint quelques 
autres reptiles , des lézards du cimetière de Lima , la tête 
et la peau d’un Python de Java (Pytho Schneideri), aux- 
quelles , en les ramollissant et en les développant, H. Ma- 
thieu a rendu la pose naturelle de ce grand serpent. 

M. Mougeot , percepteur des contributions à Épinal , a 
aussi fait don d’une série de lézards du midi de l’Europe , 
de plusieurs vipères , du Scorpion d’Italie , placés dans 
l’esprit de vin et offrant encore les couleurs variées de 
leur robe. A ces Lacertiens et Ophidiens , M. Sohimper a 
joint un énorme Bufo originaire du Chili. 

M. Lenorraaüd nous a fait cadeau des mâchoires supé- 
rieures et inférieures d’un Squale pris dans l’Océan , â 
Grandville , et M. de Lapierre de celle d’une Dorade de la 
même mer, nommée vulgairement, en Bretagne, Gueule 
pavée . La forme des dents , leur position , leur structure , 
dans ces deux pièces ostéologiques , présentent la plus 
grande analogie avec les mêmes organes de certains pois- 
sons ensevelis dans notre Muschelkalk. En effet, les dents 
d’Hybodus aplaties , coniques , aigues , tranchantes sur 
les bords , sont évidemment organisées comme celles des 


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138 


AJ»NAL£S 


Squales , poissons très-voraces , saisissant violemment leurs 
proies vivantes , dans lesquelles s'implantent profondément 
ces dents , tandis que les dents des Dorades , arrondies , 
mousses , disposées en brosse , ressemblent à celles du- 
Placodus gigas , et sont plutôt propres à retenir et à triturer 
des animaux mous , noffrant qu'une faible résistance. 

Nous citerons , parmi les coquilles vivantes obtenues du 
muséum de Paris , les Galathea radiata , Cardita calyculata , 
Hyria avicularis, Iridina rubens, Hippopus maculatus; des 
Pinna , Perna , Âvicula , sans désignations spécifiques ; les 
Vulsella spongiarum ; la grande et mince Placuna placenta 
de Bombay ; les Chiton magnificus , Crepidula peruviana , 
Tornatella fasciata , Pyramidella dolabrata , Planaxis semi- 
sulçatus , Monoceros crassilabrum , Concholepas peruvianus 
et Àrgonanta Argo. Nous n'oublierons pas les dons de M rae 
veuve Delise, de M. Guidelon , où se voient des coquilles 
intéressantes , entre autres les Mactra gigantea , Pecten 
magellanicus , Pislandicus , Cyprina islandica , de Terre- 
Neuve ; les Pileopsis mitrula , intorta des Antilles , les 
Cerithium telescopium , Pleurotomaria babylonica , Banella 
gigantea. Nous avons pu amasser nous -même, au bord 
de la mer , plusieurs mollusques testacés que nous avons 
partagés avec le musée vosgien. Aujourd'hui , la collection 
malacologique de ce musée est déjà assez considérable pour 
pouvoir y étudier et y reconnaître la presque totalité des 
genres établis par Lamark et les naturalistes qui suivent 
ses traces. 

Le calcaire à polypiers de la Normandie vient de nous 
faire comprendre derechef combien l'étude des polypiers 
pierreux , dus au travail des polypes vivants dans les mers 
actuelle#, devenait indispensable pour bien connaître les 
polypiers fossiles. Aussi avons -nous tâché d'augmenter le 
nombre des genres et des espèces de l'époque actuelle , en 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


139 


nous adressant à MM. les administrateurs du jardin du Roi , 
qui nous ont fait parvenir les espèces suivantes : Caryo- 
pbjllea fasciculata , plusieurs Fungia , Meandrina filigrana 
de la Mer Rouge avec plusieurs Astrea de cette localité ; 
Pontes conglomérats , elongata , spumosa , Seriatopora 
subnlata de la mer des Indes , connu sous le nom vulgaire 
de Buisson épineux ; plusieurs Madrepora également de la 
Mer Rouge, envoyés par M. Botta en 1837, et le Dendro- 
phyllia viridis. Nous sommes redevables à MM. Guidelou 
et Lenormand de plusieurs autres polypiers solides des 
genres Millepora , Escbara , Madrepora , Meandrina et 
Astræa. Nous ayons encore trouvé parmi les polypiers 
flexibles , réunis par Delise et conservés par son beau-frère , 
M. Lenormand , beaucoup d’espèces manquant dans la col- 
lection du musée vosgien, et de grands échantillons de 
Gorgonia , avec lesquels nous avons orné , dans la galerie 
d’histoire naturelle , la verrière qui renferme ces produc- 
tions marines. M. le docteur Lhommé, de Saint-Dié, auquel 
nous sommes redevables des insectes les plus curieux des 
environs d’Alger, a de nouveau enrichi le musée par l’envoi 
du corail rouge (Corallium rubrum Lamk. ) qu’il avait 
amassé lui-mème sur la côte d’Afrique , à la Galle, implanté 
sur un éclat de rochers , tel que ce polypier s*offre au 
bord de la Méditerranée , seule mer où il croît , et aussi 
en fragments roulés sur la plage* 

M. de Lapierre a ajouté aux objets mentionnés précédem- 
ment un cornet de sable de l’île de l’Ascension, qui n’est 
absolument formé que de débris de coraux , de coquilles , 
roulés par les eaux de la mer et rejetés sur les bords de 
cette Ile. Ce sable est eu tout semblable à celui des rivages 
de la mer des Grandes-Indes , qui est déjà déposé au musée . 
vosgien. 

Nous ne terminerons pas cette longue énumération , sans 


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140 


ANNALES 


mentionner le cadeau qne nous a fait M. Alphonse de 
Brebisson , de Falaise , d’échantillons préparés sur Terre , 
talc ou papier fort , de certains êtres qu’on a rapportés , 
tantôt aux végétaux , tantôt aux animaux , et auxquels on a 
donné les noms de Diatomées et de Desmidiés . Ces produc- 
tions microscopiques qui habitent les eaux , soit en y flot- 
tant librement, soit parasites sur les plantes et autres corps 
inondés, ont été rangés par le célèbre Bory de Saint- 
Vincent dans sa grande famille des arthrodiées , en faisant 
remarquer leur analogié avec les algues et leur rapproche- 
ment des polypes et des infusoires. M. de Brebisson a ob- 
servé avec une constance, soutenue au point d’en altérer sa 
santé, le développement et l’organisation de ces êtres singu- 
liers , sur lesquels il a déjà publié plusieurs mémoires (1), 
mais qu’il va nous faire connaître bieu mieux encore , dans 
un grand ouvrage monographique intitulé : Iconographie 
des diatomées et desmidiées , parce que toutes leurs formes 
y seront figurées avec une exactitude et des grossissements 
microscopiques admirables. M. de Brebisson s’est aidé dans 
ses recherches des travaux publiés jusqu’à ce jour sur ces 
infiniment petites productions , entre autres , de ceux d’A- 
gardh ( 1 ) , de Kutzing (2) , d’Ehrenberg (3), de Meneghini (4), 


(4) Algues des environs de Falaise , dans les Mémoires de la Société 
académique des sciences de Falaise , année 4835 , p. 4. 

Considérations sur les Diatomées et essai d'une classification des 
genres et des espèces appartenant à cette grande famille , même recueil 
académique , année 4838 , p. 27. 

(4) Conspectus criticus diatomacearum . Lundæ , 4830. 

(2) Synopsis diatomearum , oder Versuch einer systematischen zu- 
sammenstellung der Diatomeen . Halle , 4834. 

(3) Die infusions tierchen als çallkommene Organismen , ein Blick 
indas tiefere organische Leben der Natur. Leipzig ; 4838. 

(4) Synopsis desmidearum hucusque congnitarum ; dans le 44 e vol. 
du Linhœa . Halle , 4840. 


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DE LA SOCIÉTÉ DEMLLATIOH. 141 

et son Iconographie méritera bien certainement toute con- 
fiance. Il sépare les Diatomées qni ont une enveloppe siliceuse, 
des Desmidiées qui en possèdent une toute différente , avec 
un mode de reproduction tout particulier qui les rapproche 
des conjuguées. 

Les Diatomées et Desmidiées sont composées de cor- 
puscules ou segments ( frustules ) de formes très-variées , 
planes ou comprimées , plus on moins transparents , raides 
et fragiles, tantôt réunis en séries parallèles ou en cercle 
et se divisant facilement ; tantôt nus , libres ou plongés 
dans un mucus gélatineux, fréquemment géminés. 

Les genres et les espèces établis dans ces deux tribus 
sont déjà très-nombreux , et le deviendront de plus en plus 
par les recherches incessantes des naturalistes. Nous n’es- 
sayerons pas d’énumérer ici ceux que nous avons déjà reçus 
de M. de Brébisson ; nous y reviendrons plus tard , nous 
bornant aujourd’hui à quelques détails sur cette création 
merveilleuse que nous connaissons à peine , détails em- 
pruntés aux ouvrages de ce fidèle et exact observateur et 
puisés également dans les écrits que nous venons de citer. 

La cuirasse des diatomées ne se déforme pas pàr la des- 
siccation , elle peut même être soumise à un degré de cbaleur 
très-violent, capable d’amener sa calcination, sans éprouver 
la moindre altération de forme , étant composée de silice. 
Les importantes découvertes de M. Ehrenberg nous ont appris 
qu’une grande partie des substances siliceuses , confondues 
dans les arts sous le nom de Tripoli s , et que l’on regarde 
comme des dépôts qui ont éprouvé l’action du feu , étaient 
remplie» et souvent même presqu ’ entièrement composées 
d’enveloppes ou cuirasses de Diatomées (de la section des 
Bacilariées surtout) , conservées sans aucune déformation. 
Ces dépôts siliceux , dont quelques-uns sont aussi connus 
sous le nom de Farine fossile , ont été observés sur plu- 


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142 


ANNALES 


sieurs points du globe ; il en existe en Laponie , en Alle- 
magne , en Italie , à l’Ile-de-France et ailleurs. Le nombre 
des êtres microscopiques de cette famille qui existaient à 
l’époque de la formation de ces couches de tripolis , devait 
être immense , puisque l’on a calculé qu’un pouce cube 
d'une de ces substances , celle de la terre à polir de Bilin 
en Bohême, devait contenir, terme moyen, 41,000,000 
de ces animalcules. La possibilité d’un pareil calcul pourra 
se comprendre en ajoutant ici que la conservation de ces 
carapaces dans les individus fossiles est telle , qu’elle a 
permis à M.. Ehrenberg de reconnaître, dans quelques 
espèces , des détails caractéristiques qui lui avaient échappé 
dans des espèces identiques encore vivantes de nos jonrs. 
M. de Brébisson a communiqué à l’académie des sciences les 
expériences qu'il a faites pour arriver à la connaissance 
de la nature siliceuse des carapaces des Diatomées vivant 
dans les eaux douces du Calvados ; elles sont d’un grand 
intérêt et confirment les assertions de M. Ehrenberg. En 
voici un résumé tel qu’il l’a publié lui-même (1) : 

« Après avoir fait sécher de petites masses de diverses 
> espèces , qui alors présentaient une poussière lamelleuse , 
» d’un blanc verdâtre , d’un aspect micacé , et douce au 
» toucher comme le talc écailleux de Briançon , je le soumis 
» en cet état à la calcination , au moyen du chalumeau. 
» Au premier degré de chaleur, il y eut combustion d’une 

• très-petite quantité de matière grasse, répandant une 
» odeur animale , due à la substance muqueuse que ren- 
» ferment les enveloppes des diatomées. Ayant obtenu enfin 
» une calcination complète , le résida n’avait pas changé de 
» volume. C’était une poussière blanche , sèche , âpre sous 

• les doigts, semblable à quelques-unes des poudres qui 

(1) Considérations sur /es Diatomées , déjà citées . page 30. 


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143 


DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 

» servent à décaper les métatu et avant la même propriété , 
» c’était un Tripoli artificiel , composé de silice pure , 
» comme j’en fus convaincu par le verre soluble dans l'eau 
» que me fournit sa fusion avec l’hydrate de potasse. Cette 
» poudre , examinée au microscope , me présenta des cara- 
» paces vides, mais sans aucune altération dans leur fonne, 
» et ayant conservé leurs stries délicates, absolument telles 
» qu’elles étaient dans l’état vivant. • 

Nous aurons occasion de revenir à ces êtres dignes de 
notre attention, en faisant connaître les diverses espèces 
de Diatomées et Desmidiées qui habitent les mares et étangs , 
les lacs , les rivières et fontaines des Vosges , que M. de 
Brébisson va déterminer rigoureusement sur des échantillons 
que nous lui avons adressés. La puissance du créateur rem- 
plit l’univers, et certes nous pouvons mieux encore aujour- 
d’hui répéter avec Pline : 

« In his tàm parvis, aique tàm nullis, quœ ratio, quanta 
» vis, quàm inextricabilis perfectio! (1) * 


(i) Pi mil secvhdi J Historiée mundi libr. XXXVII , lib. XI. Cap. 2. 


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ANNALES 


LA PRISE DE LA VILLE 

ET 

DU CHASTEAU D’ÉPINAL, 

PAR L’ARMÉE DU ROY, 

SOUS LE COMMANDEMENT DU MARESCHAL Dp CREQUY (1670) ; 

EXTRAIT 

DO RBCUB1L DBS GAZETTES NOUVELLES ORDINAIRES ET EXTRAORDINAIRES , 

* (Bibliothèque du Roi, in-4° , page 957.) 

COMMUNIQUÉ 

Par M. BALLON fils, d’Épinal, 

AVOCAT A PARIS. 


Le mareschal de Créquy , après avoir, comme par ma- 
nière de préludes , soumis plusieurs places de la Lorraine , 
ainsi que vous l’avez sçu , et donné partout ses ordres , 
ayant décampé de Romont (1) le 19 du mois dernier (sep- 
tembre 1670), il fit marcher, dès la pointe du jour, les 
troupes et l’artillerie du costé d’Épiual ; et comme un si 
grand équipage ne pouvait aller que très - lentement , il 
prit les devants avec la cavalerie des deux ailes gauches , 
laissant la gendarmerie , l’infanterie et le canon derrière , 
qui ne put estre au camp que fort tard , la marche de ce 
jour là estant trop longue. 

(1) Village situé à une lieue de Rambervillert* 


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DS LA SOCIÉTÉ D EMULATION. t45 

Ledit maréchal arriva devant la place sur les onze heures ; 
et ceux de la garnison ayant aperçu les nos très sur une 
hauteur, à la portée du canon de la ville , tirèrent aussitôt 
le leur dessus. Mais il ne fit aucun désordre dans nos esca- 
drons , desquels on détacha aussi eu même temps quelques 
gardes du corps ,* avec des dragons , qui s’approchèrent 
des dehors , et escannouchèrent la garde des ennemis qu’ils 
repoussèrent jusques à leurs palissades : en laquelle action 
il y eut un garde du corps et deux dragons légèrement 
blessés et un tué. 

• Le reste de la journée se passa , du costé des ennemis , 
à canonner nos troupes à mesure qu’elles arrivaient et 
prenaient leurs quartiers , et de nostre part à prendre des 
logements à l’entour de la ville. Le maréchal de Créquy 
estant continuellement à cheval pour donner les ordres 
nécessaires an caippement des troupes. 

La nuit on commanda des dragons pour aller recon- 
noistre un endroit de la place où il y a un couvent de 
capucins (i) duquel ils s’emparèrent , ayant jugé qu’il serait 
très-utile à incommoder les ennemis : et comme ils n’es- 
toyent pas en nombre suffisant pour conserver ce logement, 
on y envoya le lendemain matin un régiment, d’infanterie , 
à la tête duquel estoit le marquis de Vaubrun. 

Pendant ce jour-là , 20 , les assiégés firent assez beau 
feu de leur canon, mais presque sans effet, y ayant en 
seulement trois ou quatre soldats de tués ; et le maréchal 
d,e Créquy , outre ses fonctions ordinaires et continuelles , 
s’occupa , avec un soin merveilleux , à reconnoistre la ville 
et le chasteau , de manière qu’il résolut de faire ouvrir la 
tranchée dès le soir et dresser les batteries pour faire les 
attaques le jour suivant, de grand matin. 

(1) Aujourd’hui l’hospice Saint-Maurice. 


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146 


AHNALES 


Cette ouverture se fit sur les huit heures du soir , eu 
deux endroits , par le régiment de Champagne , à l’attaque 
du maréchal de Créquy , et par le régiment d’Auvergne , à 
celle du due de Luxembourg , qui tirèrent chacun une ligne , 
tant à la droite qu’à la gauche , et firent cette nuit-là près 
de mille pas de tranchée. 

Le 21, de grand matin , nostre canon , ainsi qn’on l’avait 
résolu, commença de foudroyer les murailles et quelques 
tours de la ville , n'y ayant lors encore aucune batterie 
dressée du costé du chasteau , et les grandes pluyes forent 
cause que le feu se trouva assez modéré de part et d’autre. 

La nuit suivante on dressa une batterie contre oe chasteau , 
qui estait l’endroit le plus fort de la plaoe , et la garde 
de la tranchée fut relevée par le dernier bataillon du ré- 
giment Dauphin et par le régiment Lyonnois. 

Ils continuèrent le travail , suivans un boyau qu’on fit 
conduire jusques à dix pas de l’angle du bastion de main 
droite ; l’attaque de Luxembourg en faisant autant à mam 
gauche , à pareille distance. 

Ainsi l’on fit cette nuit là, à l'attaque de la droite , près 
de 900 pas et on se logea à la gauche du boyau , assee 
proche des deux oostez de l’angle du bastion , le régiment 
Lyonnois ayant en teste le marquis de Villeroy qui y fit 
des merveilles , non-seulement par l’avancement du travail, 
mais encore par sa vigilance extraordinaire. Il n’y eut néan- 
moins qu'environ 40 soldats on officiers tnés et blessés , et 
de ceux-ci , quatre du régiment Lyonnois. 

Le 22 , pendant tout le jour, on s'appliqua à tirer le canon 
pour incommoder la place , en attendant la nuit , pour con- 
tinuer ce travail : et sur les cinq heures après midy , la 
basse-ville (3) ayant demandé à capituler, à condition qn’on 

(4) Ou Petite-Ville. 


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147 


DE LA société s’éHULATIOK. 

ne ferait aucun tort aux habitants , on la reçut à cette com- 
position , de manière qu'en même temps, le maréchal de 
Créqujr y fit entrer k régiment d'Anjou , et un bataillon de 
«lai de Furstemberg. 

Alors on continua l’attaqne de la ville -haute , séparée 
par la Moselle de la première , et où est le chanteau , situé 
sur une hauteur extraordinaire et fortifié autant qu’il est 
possible , estant hasti sur le roc avec les fossés tailles aussi 
dans le mesme roc. 

La nuit suivante , les régiments d’Artois et de Louvigui 
estant montes à la tranchée , ils la poussèrent jusques dans 
le fossé , avec perte de 7 soldats et 40 blessés. Le maré- 
chal de Créquy y ayant assisté , selon sa costume , depuis 
eiaq heures du soir jusqu'à neuf heures du matin , à la 
teste du travail , à découvert nonobstant le feu , lequel y 
est oit tout-à-fast grand , fut aussi deux fois dans le trou 
de la mppe , où l’on n’envoyait que quelques soldats , dout 
une partie y fut tuée , aven le sieur de la Ville- Dieu , dn 
régiment Dauphin, et quelques officiers. 

La nuit du 23 au 24 , a* poursuivit le travail si vigou- 
reusement qu’on attacha le mineur à an demi-bastion , par 
où on attaquoit la place , nonobstant le fen exeeànf des 
assiégés , qui blessa dangereusement cinq on six officiers , 
entre lesquels il y «a eut deux dn régiment de Crnssol qui 
irait des mieux , et 70 soldats. 

On eceut cependant, par des transfuges , que les habitants 
et les éleus , qui se trouvaient dans la ville- haute , estoy ent 
extraordinairement consterne*: , désespérants d’autant pins 
de leur saint , qu’on les avoit forcés de prendre les armes, 
et qo’estant surpris en cet estât, il n’y avoit point de grâep 
pour eux. 

Le 24 , le mineur travailla à la usine , en aorte qu’on 
espérait la charger la nuit suivante pour la faire jouer le 


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148 


ANNALES 


25; et le comte du Lude, grand -maître de l’artillerie, 
estant arrivé. ledit jour, 24 , on lit de nouvelles décharges 
du canon qui firent un fracas , lequel augmenta la con- 
sternation de la ville. Ce jour là aussi , le chevalier de la 
Farre , ayde-major des Dauphins , fut blessé d’une mous- 
quetade à la cheville du pied. 

Le 25 , du grand matin , toutes lès choses se trouvèrent 
en estât , ainsi qu’on se l’étoit promis , pour charger et 
amorcer la mine et ensuite la faire jouer ; mais le maréchal 
de Créquy estant monté à cheval pour y aller donner les 
ordres , fut averti que les assiégés avoient battu la chamade 
pour parlementer, et qu’ils demandoyent des ostages pour 
la seureté de ceux qui sortiroyent afin de capituler. 

Il répondit qu’il n’en donneroit point , mais que les 
ennemis pourroient envoyer tel officier qu’il leur plairoit , 
qu’on écouteroit leurs propositions et qu’on le renvoyeroit 
avec une réponse ; et bientost après , la sieur de Zarmoise , 
capitaine des gardes du duc de Lorraine , dont la compagnie 
estoit à Epinal , vinst trouver ledit maréchal de Créquy. 

Il fit d’abord de grands préambules qui n’aboutissoyent 
à rien , en disant que le duc de Lorraine avoit donné la 
démission de son estât à son successeur, et qu’ainsi il 
n’estoit plus question d’agir contre cette place qui ne luy 
appartenoit plus : mais ledit maréchal luy ayant répondu 
que , sans s’arrester à cette prétendue démission , il ne 
s’agissoit que des propositions qu’il vouloit faire pour la 
capitulation , et il demanda entre autres choses que la gar- 
nison sortist avec armes et bagages. Hais on luy répartit 
qu’on ne pouvoit luy rien accorder de ce qu’il désiroit ; 
qu’il falloit qu’on se rendist à discrétion et que c’estoit 
perdre temps que d’espérer rien de plus avantageux. 

Il se retira pour aller conférer là-dessus avec les autres 
officiers , selon la permission qui lui en fut donnée : mais 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 140 

cela u 'ayant produit aucune chose, l'on recommença de 
tirer, et dans les premières décharges qui se firent , le sieur 
du Fresnoy, lieutenant-colonel du régiment de Fursteinberg, 
fut mortellement blessé , et le chevalier de Campagnac reçut 
une mousquetade au dos. 

Quelques heures après , on cessa derechef , de part et 
d’autre , et les officiers de la ville demandèrent encore à 
parler. Le maréchal de Créquy , qui ne vouloit plus les 
écouter , leur envoya seulement le sieur de Vins , major 
de Béthune , qui sceut si bien ménager les esprits , qu’étant 
venu et retourné plusieurs fois , il leur persuada que le 
meilleur parti qu’ils pussent prendre , estoit de s'aban- 
donner à la discrétion du Boy, qui , voyant leurs soumissions 
aveugles , les traiteroit avec plus de douceur. 

L’accommodement s’estant fait de la sorte , . il fut or- 
donné que le gouverneur et les officiers Lorrains qui com- 
posoyent les troupes de la garnison d’Fpinal , et qui avoyent 
défendu la place contre les armes de Sa Majesté , en sor- 
tiroyent ce jour-là sur les huit heures du matin pour estre 
conduits , scavoir les compagnies des gardes et chevaux- 
légers , en qualité de prisonniers de guerre , et que le reste 
des troupes et autres gens seroyent pris à discrétion pour 
estre traitez suivant les ordres du Boy. 

Cette disposition ayant esté envoyée aux’officiers de la 
ville , elle fut aussitôt exécutée , de façon qu'on fit sortir 
ceux qui devoyent aller en prison , qu’on fit mener à Metz , 
après les avoir désarmez et démontez , et les autres demeu- 
rèrent dans la ville pour y attendre la volonté de S. M. 

Les mémoires dont cette relation a esté tirée , ajoutent 
qu’on travaillait à dresser un estât des munitions de guerre 
et de bouche qui Be sont trouvées dans la place. Et voilà 
comme un poste fortifié a esté pris en six jours de tranchée 
ouverte , quoiqu’il pust tenir beaucoup plus long-temps , si 


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150 


AJtNALBS 


ceux qui le défendoyent , se voyant poussés avec tant de 
vigueur, û 'eussent cru ne pouvoir mieux faire que se rendre, 
sans retarder davantage une victoire qu’ils eussent disputée 
en vain à des armes que le bonheur n’ accompagne pas 
moins partout que la justice. 


D’Épinil , le 39 Septembre 4670. 


Le maréchal de Créquy arriva devant cette place le 10 
de ce mois, avec toute la cavalerie , et eeluy qui oothmandoit 
la petite garde , ayant apperçu vingt ou trente maistres des 
ennemis , les poussa jusques dans les portes : en laquelle 
action le sieur Lebrun, ayde-major des gardes du corps, 
fut blessé d'une mobsqnetade avec trois de ces gardes et 
un autre tué. Ce jour là se passa à reconnoistre et à poster 
l'armée autour de la place , d’où On faisait de temps en 
temps des décharges dn canon , qui incommodèrent quelques 
endroits dn camp et tuèrent quatre ou cinq soldats des ré- 
giments Dauphin et Roussillon. Le lendemain la tranchée 
fut ouverte sur les huit heures du soir, en deux endroits, 
et poussée jusqn’à mille pas , Sans autre perte que dix OU 
douze soldats l outre quelques blessés des régiments de 
Champagne et d’Anjou avec un lieutenant dn premier de 
ces deux corps , aussi blessé , et un capitaine du dernier qni , 
faisant pareillement une attaque du costé de la basse-ville , 
fut obligé de quitter, à cause qu’il n’y pouvait estre soutenu 
par le canon. Le 21 , le travail fut continué avec on tel 
succès , que chacun des deux régiments qui relevèrent la 
tranchée , fit un logement sur la contrescarpe du fossé , 
capable de tenir 60 hommes ; mais il y eut 60 soldats tués 
ou blessés , avec un garde de la Manche qui servait d’ingé- 
nieur, et un capitaine réformé blessé, ainsi que l’ayde-major 


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DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. 151 

du régiment Dauphin avec un capitaine et un lieutenant du 
mesme corps. Le 22 , il y eut aussi quelques soldats tués et 
blessés des régiments d’Artois et de Louvigny , et un capi- 
taine et deux lieutenants blessés : le sieur de Lombard , 
capitaine de cavalerie , ayant esté tné d’un coup de canon , 
parlant au chevalier de Fourilles , et le marquis de Ville- 
Dieu , dans la tranchée , par un éclat de nostre canon qui 
avait donné dans un bastion. Ce jour-là, la ville-basse se 
rendit ainsi que vous avez sceu , et l’attaque ayant esté 
continuée par la ville-haute où est le chasteau , on poussa 
la nuit suivante la tranchée jnsques dans le fossé. La nuit 
du 23 au 24 , on attacha le mineur : en laquelle occasion 
quelques officiers furent blessés. Ce jour-là , 24 , on dis- 
posa tout pour faire jouer la mine le lendemain. Mais les 
assiégés , après avoir demandé à sortir avec armes et ba- 
gage sans rien pouvoir obtenir, se rendirent à discrétion 
ainsi que vous pouvez voir plus particulièrement dans le 
détail qui en a esté donné. Toutes les troupes qu’on a em- 
ployées en cette expédition s’y sont signalées à l’envi : ne 
pouvant aussi moins faire , ayant , outre l’exemple du ma- 
réchal de Créquy , lequel y a fait des choses extraordinaires 
par son courage et sa bonne conduite , celui du duc d’En- 
guyen , qui commandoit la cavalerie avec un ordre et un 
soin merveilleux , assistait tous les jours à la tranchée et 
s’exposoit comme le moindre des soldats , faisant connoistre , 
par cette glorieuse intrépidité , combien il est digne fils 
d’un princè dont la valeur est connue de tout le monde. 


(Bibliothèque du Roi . in-4° , page 958.) 


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152 


ANNALES 


Du camp de Châté , le 39 Septembre 1670. 

Le maréchal de Créquy , ayant fait conduire une partie de 
la garnison d’Epinal à Metz , comme prisonniers de guerre, 
et laissé le reste dans ladite place , en attendant qu’on en 
dispose selon l’intention du Boy , prit sa marche vers cette 
ville (Chàté) , où il arriva hier au soir avec l’armée. 

(Bibliothèque du Roi , in-h°, page MO.) 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


153 


MÉMOIRE 


SUR LES OBSTACLES 

A L’AMÉLIORATION DE L’AGRICULTURE 

DANS LES VOSGES 


ET A L’AUGMENTATION DES BESTIAUX , 
PAR M. L. TURCK , 

MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. 


Messieurs , 

L’amélioration de notre agriculture est la principale tâche 
que nous nous soyons imposée , c’est aussi de beaucoup la 
plus importante ; notre savant secrétaire perpétuel l’a bien 
compris quand il a fait le beau travail que vous avez inséré 
dans vos Annales et qui a pour titre : Mémoire relatif aux 
mesures à prendre pour augmenter l'élève des bestiaux , et 
par conséquent améliorer l'agriculture et l’alimentation des 
masses dans le département des Vosges. On ne pouvait tirer 
un meilleur parti que ne l’a fait notre collègue des données de 
la statistique, et assurément notre agriculture est bien arriérée 


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154 


ANNALES 


encore. En la comparant à celle de beaucoup de peuples 
de l’Europe , nous sommes presque des barbares ; que 
serait-ce si nous la comparions à l’agriculture de*la Chine, 
si parfaite dans ses procédés , que les mauvaises herbes y 
sont depuis long -temps inconnues. Mais pour la juger, 
nous ne pouvons guère nous en rapporter aux chiffres des 
statistiques , chiffres menteurs par excellence , au moins 
pour la plus grande partie des objets qu’ils sont sensés 
représenter? En effet, Messieurs, à part le nombre d’hec- 
tares de terre , prés et bois , que le pays possédait à l’époque 
du cadastre , à part aussi le nombre des animaux de travail 
sur lequel la loi des prestations fournit des renseignements 
certains , quelle valeur peut avoir le reste ? 

Ce sont les maires des communes , me direz- vous , qui , 
les connaissant bien , fournissent tous les renseignements , 
toutes les données à l’aide desquels vous savez à un hec- 
tare près combien il y a de blé, combien d'avoine, d’orge, 
de pommes de terre, de carottes, de betteraves, de trèfle, 
etc., etc. Mais, Messieurs, comment les maires pourraient- 
ils savoir toutes ces choses? Chargez, par exemple, le maire 
d’une de nos grandes communes rurales de vous fournir 
ces renseignements, ou bien , pendant trois mois au moins, 
il aura chaque année dix arpenteurs à ses gages , ou bien 
il ne vous donnera et il ne vops donne en effet qu’un à 
peu près qui peut aussi bien être le double que le quart 
de ce qui existe en réalité. Il en sera de même, si vous 
voulez savoir l’importance des récoltes; tous vos chiffres, 
quelque bien alignés qu’ils poient , ne sont que des réponses 
essentiellement vagues, ne pouvant aucunement servir à un 
tableau fidèle de l’état du pays. Si , au lieu de vous occuper 
des cultures et des récoltes , vous voulez savoir le nombre 
de vaches, de porcs, de chèvres, de moutons, de volailles , 
vous retrouvez les mêmes incertitudes, les nêmes causes 


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DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 155 

d’erreur, et tos chiffres ne sont et ne peuvent être que des 
mensonges. 

Mais , Messieurs , il y a un fait certain , c'est que notre 
agriculture, malgré quelques progrès, est encore très-misé- 
rable; c’est que plus de la moitié de nos habitants des 
compagnes ne mangent pas même les deux onces de viande 
que leur accorde la statistique de M. Longchamp ; ils n’en 
mangent jamais, ou si rarement du moins, que la viande ne 
peut pas figurer comme aliment de ces populations mal- 
heureuses, réduites à se nourrir de pain d’avoine et de 
seigle, de galettes de Barman , et de pommes de terre cuites 
à l’eau et mangées sans sel. Quel remède apporter à nu aul 
Si grand, auquel tant d’autres s’ajoutent encore? Faut-il 
en accuser seulement l'ignorance de nos Cultivateurs? Je 
crois , Messieurs , que vous seriez injustes. En effet , nos 
cultivateurs des montagnes savent non-seulement parfai- 
tement soigner les prairies , mais ils cultivent très-bien le 
seigle , le sarrasin , l’avoine qui chez eux vient magni- 
fique , le trèfle , les pommes de terre, le chanvre , le lin, 
le millet, le colza, les carottes qu’ils sèment ordinairement, 
ainsi que le colza , au mois de mars ou d’avril dans le seigle 
ou le lin. ffulle part on ne soigne mieux que chez nous la 
nourriture et l’engraissement des porcs, et Ou y entend très- 
bien aussi l’éducation des bœufs et des montons. 

Nos cultivateurs de la plaine sont moins habiles dans les 
soins *à donner aux prairies , mais en revanche , à presque 
toutes les cultures dont je viens de faire l'énumération , 
ils ajoutent celles de la vigne , de la luzerne , du saint-foin 
et plusieurs autres , qui exigent , pour une végétation vi- 
goureuse , ou un soleil plus chaud que le nôtre ou un Md 
différent. 11 est donc injuste de dire que les connaissances 
manquent à nos cultivateurs , qui tous , du reste , ont lu 
ou entendu lire les bons articles d’agriculture que l’on 


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156 


ANNALES 


trouve depuis plus de quarante ans dans la plupart de nos 
almanachs. Pourquoi donc leur agriculture n’est-elle pas 
plus prospère? 

- Cette question est d’une bien grande importance , et la 
solution en est facile. Vous l'obtiendrez , Messieurs, en vous 
demandant sous quelles influences se trouvaient les habitants 
des Pays-Bas , du Palatinat du Rhin , de l’Alsace et de la 
Suisse , alors que ces peuples arrivaient à une agriculture 
si perfectionnée relativement à la nôtre. 

Les cultivateurs de ces contrées ne payaient pas le sel 
60 centimes le kilogramme , comme le payaient nos pères 
dans presque toute l’étendue du royaume, ou 50 centimes 
comme nous le payons aujourd’hui ; mais ils le payaient et 
le paient encore , pour la plupart , 20 ou 25 centimes. 

Voilà , Messieurs , la grande et la véritable cause de 
l’infériorité de notre agriculture. Obtenez la diminution 
des charges qui pèsent sur elle , et bientôt , sans aucun 
effort, sans le concours d’aucun corps savant, vous verrez 
notre agriculture prendre une impulsion prodigieuse. Mais , 
me direz-vous , est-ce que la diminution des charges qui 
pèsent sur les cultivateurs leur apprendra mieux que nous 
ne pouvons le faire à substituer telle récolte plus productive 
à telle autre qui l’est moins , à diminuer par exemple la 
culture de l’avoine au profit de celle du froment , des 
pommes de terre et surtout des betteraves. 

Il y a long-temps , Messieurs , que Virgile disait : nec 
verb terra ferre omnes omnia possunt. Eh bien! ce qui était 
vrai de son temps l’est encore aujourd’hui. Ainsi , on avait 
établi à Confions , près de Saint-Loup , une sucrerie de 
betteraves. Là, dans des terres excellentes, avec une cul- 
ture on ne peut pas mieux dirigée, on n’obtenait que des 
récoltes chétives de cette racine. 

Dans nos montagnes , où la chaux manque à peu près 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


157 


complètement , fumez beaucoup vos terres ; si vous n’y 
ajoutez pas des cendres lessivées , vous n’aurez pas ou 
presque pas de grains , surtout avec du fumier provenant 
de mauvais fourrage venu dans des prés tourbeux et que 
l’on n'aura pas pu corriger, soit en semant des cendres 
lessivées ou du sel sur ces prairies , soit en donnant jour- 
nellement du sel aux bestiaux. Le sel ne contient pas de 
chaux , me direz-vous ; je le sais bien , mais il contient 
de la soude, et jusqu’à un certain point la soude, la po- 
tasse et la chaux peuvent , dans les végétaux , être sub- 
stituées l’une à l’autre. Mais , pour mettre dans ses champs 
de la chaux , des cendres lessivées , du sel , de la potasse 
ou de la soude, il faut avoir une certaine aisance qui 
manque à l'immense majorité de nos campagnards. 

Vous me direz peut-être que si, exceptionnellement dans 
nos montagnes , il faut tous ces secours pour remédier à 
l’ insuffisance du sol , il n’en est pas de même heureusement 
dans nos plaines , où la terre contient tous les éléments né- 
cessaires à une végétation vigoureuse. La moindre con- 
naissance de la culture de nos • plaines vient démentir cette 
assertion. En effet, pour quelques belles récoltes, combien 
n’y en a-t-il pas de chétives , malgré beaucoup de soins de 
la part des cultivateurs. C’est que les plantes qu’ils y sèment 
n’y trouvent pas toutes les matières inorganiques dont elles 
ont besoin pour prospérer , ou ne les y trouvent pas dans 
un état convenable de préparation. Ainsi , aux céréales , par 
exemple, il faut de la potasse que l’on trouve abondamment 
dans les terres provenant de la décomposition du feldspath , 
du klingstein, des basaltes , des schistes argileux et Han» la 
glaise. Mais il faut que cette potasse soit mise en liberté à 
l’aide de l’action combinée de l’air et de la culture , ces 
puissants désaggrégateurs des roches ; il faut qu’elle puisse 
aussi s’associer à la silice pour former le silicate de potasse 


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158 


ANNALES 


qui abonde dans la paille de ces plantes ; et quand une ré- 
colte est venue épuiser la potasse , qui était à l'état conve- 
nable , toute autre récolte avide de la môme substance ne 
pouvait plus immédiatement réussir. Il faut également aux 
céréales de la diaux et de la magnésie dans certaines pro- 
portions. Aussi, fort souvent dans nos (daines , le marnage et 
le chaulage seraient non moins nécessaires que ne le sont 
les cendres lessivées dans nos terres des montagnes. Il faut 
aussi aax céréales , comme à toutes les autres plantes , de 
l’ammoniaque et des sels ammoniacaux , que l’on rencontre 
si abondamment dans l’urine des animaux et dans celle de 
l’homme surtout , bien plus riche en azote , non-seulement 
que le fumier ordinaire, mais que les excréments solides de 
l’homme lui-même. 

D’après Berzelius , 1 ,000 parties d’urine humaine con- 
tiennent 933 d’eau, 30 d’urée, phosphate et hydrochlorate 
d’ammoniaque, 3,15 acide lactique libre ; lactate d’ammo- 
niaque, urée et mucus , 18,50 , plus 18 environ de sel 
marin , sulfate de soude et de potasse, phosphate de soude , 
phosphate de chaux et de magnésie. 

Mais pour bien employer l’urine comme engrais , il faut 
des citernes pour la recueillir, comme cela a heu en Flandre , 
en Suisse et dans tous les pays où l'agriculture est bien 
entendue. 11 faut ensuite une pompe , une voiture et un 
tonneau disposés pour l’arrosage ; il faut donc tout un 
appareil qui , exigeant des dépenses assez considérables , ne 
peut être appliqué par des populations pauvres. 

A l’aide du plâtre semé sur nos prairies et sur nos champs , 
on peut fournir aussi à nos plantes une quantité considérable 
d'ammoniaque, que le plâtre puise, en se décomposant, dans 
l’air atmosphérique où l’ammoniaque existe , à dose bien 
petite sans doute , mais à dose suffisante , au moins pour 
les plantes sauvages. On comprendra combien est puissante , 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


159 

sous ce rapport , l’action du plâtre , puisque 500 grammes 
de cette substance peuvent , d’après Liebig , enlever à l’air 
et fournir aux plantes autant d'ammoniaque que pourraient 
en produire 6,200 livres d’urine de cheval. Hais pour semer 
du piètre sur les champs et sur les prairies , il faut «neore 
une certaine aisance , que la grande majorité de nos colti- 
vateure est, comme je l’ai déjà dit , bien loin de posséder. 

Voilà donc des obstacles graves, sérieux, qui s'opposent 
an développement de notre production agricole. On com- 
prend , sans qn’il soit besoin de le dire , que ces obstacles 
s’opposent également à des améliorations de quelque valeur 
dams l’éducation de nos animaux domestiques , puisque ee 
son* les végétaux qui sont chargés de préparer tous les 
principes élaborés plus tard par eux. 

Dans toutes les plantes , dans l’ean de toutes les fontaines , 
on trouve dn sel commun. Ce sd joue chez les animaux un 
rôle de premier ordre et qui ne peut être remplacé par rien 
autre. Il fournit au suc gastrique l’acide chlorhydrique 
nécessaire pour opérer la dissolution des aliments contenus 
dan» l’estomac , tandis qu’il donne au sang la sonde qui 
concourt avec Je sel lui -même à conserver à cette impor- 
tante liqueur tonte sa fluidité. Notre savant confrère M. le 
docteur Denis a démontré qu’en retranchant au sérum dn 
sang, le sel et la soude qu’il contient, il se change à l’instant 
même en fibrine , tandis que la fibrine se change en sérum 
quand on la combine avec ces snbstances. 

De même que l’ammoniaque répandue dans l’atmosphère , 
-qnoiqu’à dose infiniment petite suffit aux besoins des plantes 
sauvages, mais ne suffit plus à la plupart des plantes cul- 
tivées , de même aufci le sel contenu dans l’eau de nos ri- 
vières et de nos fontaines , ainsi qae dans le tissu des plantes , 
suffit aux animaux sauvages, mais ne suffit pins dans beau- 
coup de cas à nos animaux domestiques , pour acquérir un 


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160 


AHNALES 


grand et prompt développement et pour conserver leur santé. 

Gela vient , Messieurs , pour les plantes cultivées , de ce 
que nous leur demandons , en général , bien plus de produits 
azotés qu’elles n’en contiennent naturellement , et que ne 
pouvant assimiler l’azote de l’air atmosphérique , elles sont 
forcées de l’emprunter à l'ammoniaque ou à ses sels. 

Les animaux sauvages, libres de choisir leur pâture et 
leur gite, constamment stimulés sous l’influence du grand 
air et du soleil , ayant une peau et des reins toujours assez 
puissants pour les débarrasser des acides qui , sans cela , 
neutraliseraient bientôt les bases du sang et amèneraient rapi- 
dement la mort , n’ayant à employer leurs forces que pour 
leur propre usage , et n’ayant pas à demander à la nature 
d’exagération dans le développement de tel ou tel organe , 
trouvent dans les végétaux qu’ils appétent et dans l’eau qu’ils 
boivent suffisamment de sel , quoique cependant ils le re- 
cherchent tous avec avidité. 

Les animaux domestiques , entassés dans des étables hu- 
mides et sombres , privés de la liberté de choisir leurs 
aliments et leur gite , condamnés souvent à une nourriture 
qui leur répugne et qui est de mauvaise qualité , obligés 
aussi de fournir à nos besoins des masses musculaires 
beaucoup plus développées , un tissu adipeux rempli d’une 
graisse beaucoup plus abondante , du lait en bien plus grande 
quantité , ou un travail dépassant leurs forces , ne peuvent , 
sous l’empire de toutes ces causes , se passer de sel , sous 
peine de ne pas tirer , à beaucoup près , de leur nourriture 
tout le parti désirable , sous peine aussi de succomber sou- 
vent aux maladies les plus graves , que l'usage du sel aurait 
la puissance de prévenir. * 

En effet , Messieurs , les étables généralement sombres , 
souvent humides et froides , ont toutes pour résultat inévi- 
table de diminuer l’énergie des fonctions de la peau , et par 


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DE LA SOCîÉtÉ D’ÉMULATION. 


ICI 


suite celle des reins et du tube intestinal , et cela avec d’au- 
tant plus de puissance que les animaux sont condamnés à 
les habiter pins long-temps. Vous pouvez , sous ce rapport , 
les comparer aux prisonniers ou aux ouvriers des filatures , 
dont le teint p&le et les accidents scropbuleux sont l’inévi- 
table conséquence de la privation de l'air et de la lumière. 

Nos animaux , ainsi débilités par l’habitation des étables , 

. n’ont plus que des digestions incomplètes ; les fonctions de 
la peau et des reins étant diminuées , les bases du sang se 
trouvent neutralisées en quantité trop considérable par les 
acides que la transpiration cutanée et l’urine auraient dû 
rejeter hors de l’économie. Les poumons , le foie , toutes 
les séreuses sont menacées alors de devenir le théâtre de 
lésions d’antant plus graves que l’animal est moins robuste. 

On éviterait aisément toutes ces causes de ruine en don- 
nant habituellement du sel aux animaux. A l'aide de cette 
substance, en effet , le suc gastrique , en présence des ali- 
ments , serait toujours riche en acide chlorhydrique , que les 
savants Gmélin et Tiedman ont trouvé , comme principal 
agent de la digestion , non pas seulement chez l’homme et 
les autres mammifères , mais chez les oiseaux , les reptiles 
et les poissons , et que l’on retrouverait probablement chez 
tous les animaux , si chez tous on pouvait étudier les phé- 
nomènes qui accompagnent cette importante fonction. 

En fournissant l’acide chlorhydrique au suc gastrique, 
le sel fournit au sang de la soude en quantité suffisante pour 
que ce liquide conserve ses conditions normales , et qu'arrivé 
dans le tissu des sécréteurs, il les stimule convenablement , 
malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles ils 
se trouvent; enfin le sel, non décomposé, joue dans le sang 
un rôle d’une très - grande importance aussi et analogue 
sous quelques rapports à celui de la soude. 

Le sel conviendra donc toujours à nos animaux domes- 

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162 


ANNALES 


tiques ; il augmentera la force , la santé et l'embonpoint de 
ceux qui , sans lui , seraient encore bien portants ; il per- 
mettra aux autres de fournir à leurs propriétaires des pro- 
duits satisfaisants. C’est au sel surtout que les caltivateurs 
d’outre - Rhin doivent de pouvoir produire à beaucoup 
meilleur marché que nous toute espèce de bétail. 

Un médecin de beaucoup de mérite, H. le docteur Coster , 
de Paris , faisant de très-curieuses recherches sur la phthisie 
tuberculeuse , a constaté que des lapins , des chiens , des 
oiseaux qui, maintenus dans l’obscurité , privés d’exercice 
et exposés au froid humide , contractaient en quelques se- 
maines de nombreux tubercules , échappaient à cette ter- 
rible maladie dès que , dans leur nourriture , on mettait du 
sel et du fer. 

Un de mes oncles, N. Bertier, propriétaire de la terre de 
Roville, donna pendant quarante ans du sel à ses montons, 
qui se portaient très-bien , malgré des pâturages humides 
situés au niveau de la Moselle. M. Mathieu de Dombaale, 
devenu son fermier, venait d’écrire, au temps de la Restau- 
ration , un mémoire ponr démontrer que le sel est inutile 
à l’agriculture et aux animaux , et qu’il est une matière 
essentiellement imposable. 11 voulut joindre l’exemple an 
précepte , et son troupeau périt en presque totalité, victime 
de la cachexie aqueuse , maladie essentiellement due h l’af- 
faiblissement des sécréteurs acides, et caractérisée aussi par 
de nombreuses lésions des poumons , du foie et des séreuses , 
appartenant tous an système opposé. 

Tout ce que je viens de dire de l’action du sel sur les 
animaux s'applique également à l’homme. Le pauvre , mal 
logé , mal vêtu , nourri seulement de mauvais pain et de lé- 
gumes, et souvent en quantité insuffisante, privé de feu dans 
les saisons froides et se refusant le sel & cause de son prix 
élevé , est dès son jeune âge exposé à toutes ks maladies 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


163 

de la vieillesse ; il est constamment faible et il succombe 
toujours bien long-temps ayant l’époque que la nature avait 
fixée, et à ce point, Messieurs, que la statistique démontre 
qu’à nombre égal il meurt deux pauvres pour un riche. 

Ces vérités sont bien tristes , à une époque surtout où l'on 
parle tant d’humanité , et où l’on ne craint pas de dépenser 
des millions pour abolir l’esclavage des nègres ! Que l’on 
ait donc un peu plus de pitié pour les pauvres qui nous 
entourent , qui forment la moitié au moins de toute la po- 
pulation , et qui sont bien pins à plaindre que les nègres 
esclaves, au malheureux sort desquels cependant je com- 
patis beaucoup. 

C’est à Philippe-le-Bel que l’histoire fait remonter l’ori- 
gine de Timpôt du sel en France et de la trop fameuse 
gabelle , que quelques étymologistes font dériver de l’arabe 
Ghanel , qui signifie loi inique. Oui, Messieurs, l’impôt du 
sel mérite cette qualification et produit les plus déplorables 
effets. C’est à lui surtout qu’il faut attribuer l’infériorité de 
notre agriculture, la rareté de notre bétail et la plus grande 
partie des maladies qui déciment nos populations ouvrières. 
Disons -le souvent et bien haut, afin que le législateur., 
éclairé sur ses funestes résultats , brise à jamais ce reste de 
la barbarie du moyen âge , cette grande cause de misèrer. 


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ANNALES 


EXTRAIT D’UNE LETTRE 


ÉCRITE DE SAÏDA 

A M. MOUGEOT, DE BRUYÈRES, 


PAR LE DOCTEUR GÀILLARDOT , 

MEMBRE CORRESPONDANT. 


Saïda , 1* 27 Novembre 4843. 


Monsieur , 

.Je vais vous tracer sommairement l'itinéraire 

de mes voyages; je vous donnerai ensuite le résultat de mes 
observations. 

Je passai un mois à Marseille à attendre le départ d’un 

bâtiment et , pendant ce temps , je visitai les terrains crétacés 
du midi de la France : j’allai à Toulon , à Sainte-Reaume, à 
Aii , etc. Cet examen me servit parce qu’il me fournit des 
points de comparaison avec les calcaires de la Syrie apparte- 
nant à la même formation , mais qui présentent , comme vous - 
le verrez , d’essentielles différences. Je passai quinze jours à 
Alexandrie , où géologiquement il n’y a rien que le calcaire 
méditerranéen qui borde la côte d’Égypte , mais où , sous 
le rapport des antiquités , il y a beaucoup à voir ; je re- 
cueillis là une collection de marbres antiques employés pour 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 165 

ornements, et probablement apportés de la Grèce. J'allai 
ensuite an Kaire où je restai six mois à attendre une desti- 
nation. Pendant ce temps , je visitai les montagnes qui do- 
minent cette ville- et forment la chaîne arabique de la vallée 
du Nil. Je constatai la présence de deux systèmes de couches 
calcaires dont la supérieure manque presque complètement 
en Egypte, tandis qu’au contraire elle est très-développée 
en Syrie et y forme la plus grande partie des montagnes ; 
elle est séparée de la couche inférieure par des couches de 
grès et sables ferrugineux en Syrie , et des marnes vertes et 
ferrugineuses en Egypte ; elle est riche en fossiles en Egypte, 
et n’en présente que très-peu en Syrie, où l’on retrouve cepen- 
dant partout la coquille qui la caractérise et qui m'a servi 
à la reconnaître depuis le pied du Taurus jusqu'au bord du 
Nil , je veux dire la nummulite qui n’existe point dans le cal- 
caire supérieur. J’arrivai à Bayrout, de là j’allai par terre 
et en longeant la côte jusqu’à Latakié et de Latakié à Alep. 
Aussitôt arrivé, je fus envoyé établir un cordon sanitaire et 
deux lazarets sur la frontière de la Syrie : je vis là les 
premiers escarpements de la chaîne libanienne qui se dé- 
tachent du Tanrus et en sont séparés par la vaste vallée de 
* Harasch. Je revins à Alep où je fus cinq mois au lit , malade 
d’une encéphalite à laquelle je faillis succomber. Je fus 
envoyé en convalescence à Saïda , où , à peine arrivé , je fus 
envoyé prendre la conscription dans le Liban. Je passai à 
cette opération trois mois qui , malheureusement , apparte- 
naient à la saison des pluies , et pendant lesquels je ne pus 
faire autant d’excursions que j’aurais voulu. Je revins à la 
hâte à Saida d’où nous allâmes par mer à Antioche avec mon 
régiment. Il y avait dix-huit jours que j’étais à Antioche , 
où j’observais les calcaires crétacés soulevés et modifiés par 
un amas de roches serpentineuses , lorsque nous reçûmes 
l'ordre de partir pour Damas ; nous remontâmes toute 


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ÀSNALES 


1C6 

la vallée de l’Oronte , où j’observai la configuration et la 
constitution des vallées de la Syrie que je vous détaillerai 
plus loin. Arrivés à Damas, nous allâmes passer dix mois 
à faire la guerre aux Druses du Hauran. Je consacrai ces 
dix mois à visiter le Hauran , terrains volcaniques qui se sont 
formés de la manière la plus bizarre au milieu des sables du 
désert ; terrains d 'autant plus curieux que la contrée riche 
en antiquités qui les présente n’a jamais été et ne sera pas 
de sitôt parcourue. Les voyageurs qui en ont fait des cartes 
ne l’ont vue que de loin et ont fait leur travail sur la foi 
des récits des gens du pays; j’en ai fait une qui a été 
trouvée très - exacte par tous les officiers européens qui 
faisaient partie de l’armée d’Ibrahim-Pacha. J’ai dessiné 
une série de profils de cette contrée ; j’ai pris des vues et 
recueilli un grand nombre d’inscriptions. J'avais ramassé 
quelques plantes et insectes , qui malheureusement se 
trouvaient dans une de mes eusses, qui fut détruite et pillée 
lors de la prise de Siüda par les Anglais. Les roches peu 
nombreuses à la vérité qœ j’avais recueillies me sont fort 
heureusement restées ; je dis peu nombreuses , car dans 
tous mes voyages j’ai recueilli très -peu d'échantillons. 
Marchant avec des corps d’armée ou campé avec eux , il 
m’était impossible de m’écarter d’eux , et plus d’une fois, 
en voulant aller 6ur quelqu’éminence voisine de notre camp , 
je me suis vu forcé de le regagner au plus vite , poursuivi à 
coups de fusil. Obligé d’ailleurs de porter avec moi tout 
ce qui m’était nécessaire pour mon service médical, ma 
nourriture de plusieurs jours , mon bagage , etc. , 
et pendant des marches de douze à quinze jours , de 
douze , quatorze et dix-huit heures par jour , j’étais souvent 
tellement harassé de fatigue et de faim que je n’avais guère 
le courage de tailler des roches : aussi mes observations sont- 
elles plutôt générales , et se rattachent-elles à l’ensemble de 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


167 


k constitution géologique du pays plutôt qu’à des détails 
de ooucbes, au moins pour quelques localités où ces détails 
étaient fort peu intéressants. A la suite de k campagne du 
Hauran , mon régiment alla à Balbeck , dans la vallée de 
l’Antiliban , où il resta un mois. J’&udiai cette vallée et je 
dressai un plan des magnifiques ruines du temple du Soleil 
de l’ancienne Héliopolis ; nous revînmes à Damas où je 
restai six mois : j’étudiai là l’extrémité de la chaîne de 
l’Antiliban qui domine cet$e ville. Puis vint une nouvelle 
encéphalite , puis la dyssenterie et k fièvre intermittente , 
que je gardai trois ans et dont je ne fus débarrassé que par 
k peste à laquelle je faillis succomber. On m’envoya en 
convalescence à Solda où je passai l’hiver. Au printemps, 
Soliman-Pacha , major-général de l’armée , me prit avec lui 
et m’attacha à son état-major : nous partîmes pour Alep 
par fieyrout, Tripoli, Homs, Hama. De k nous allâmes 
battre les Turcs à Nezib ; je vis là, à Biredjick, un point de 
k vallée de l'Euphrate que je trouvai en tout semblable 
aux vallées de la Syrie. Je fus pris à mon retour d’Alep 
d’une pleuro-pneumouite qui me tint trois mois malade et 
en convalescence de kquelle on m’envoya encore à Saïda , 
où revint peu après Soliman-Pacha à l’état-major général 
doqnel j’étais toujours attaché. Je fis alôrs le voyage de Saint- 
Jean-d’Acre où j’observai au mont Germe! la couche calcaire 
inférieure- à nummulites. Vint ensuite k révolte dn Liban ; 
pendant les opérations militaires qu’elle nécessita, j’eus l’oe- 
easion de parcourir ces montagnes dans diverses directions 
et d’en dessiner des coupes. Puis vint k guerre contre 
Ibrahim-Pacha par les Anglais et les Turcs ; lorsqu'lbrahim 
eut évacué k Syrie , je pris service dans l'armée turque et 
je fus nommé médecin en chef de l’hôpital militaire de Saïda. 
Auparavant j’accompagnai comme médecin le général en 
chef de l’armée dans un voyage qu'il fit dans la basse Syrie 


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ANNALES 


168 

(Palestine). Je traversai la vallée du Liban pour aller à 
Lasbeya, à Jaffa, à Tibériade, ensuite j'allai suivre le cours 
du Jourdain depuis le lac de Tibériade jusqu'à la Mer-Morte, 
voyage que personne n’était parvenu & faire jusqu’alors; de 
la Mer-Morte à Naplouse , de Naplouse à Jérusalem. Puis 
second voyage à la Mer-Morte , retour à Jérusalem , passage 
à Gaza , à Jaffa , et d’où je vins enfin occuper mon poste à 
Saïda. 

Je vais en peu de mots vous donner le résultat de mes 
observations , vous indiquer le cadre du travail que je n’ai 
point encore pu mettre au net et qui n’existe encore que 
dans les nombreuses notes que je possède. 

La Syrie est une vaste bande de calcaires de formation 
crétacée , reposant au nord sur les terrains de transition 
du mont Taurus , bordée au couchaint par la Méditerranée , 
à la côte de laquelle toutes ses vallées sont parallèles , 
au levant par les sables du désert et l’Euphrate. Les 
calcaires crétacés sont formés de deux couches ou plutôt 
de deux systèmes de couches calcaires , séparées par des 
sables et grès ferrugineux. L’une de ces couches , l’infé- 
rieure , qui forme les montagnes qui encaissent le Nil , est 
riche en fossiles et n’existe pour ainsi dire qu’à l’état rudi- 
mentaire dans la plus grande partie de la Syrie, excepté 
dans les hautes montagnes ; je propose de l’appeler calcaire 
libanieu inférieur. La seconde , qui prend en Syrie un assez 
grand développement , puisque c’est elle qui forme le sol 
dans les plaines et plateaux peu élevés au-dessus du niveau 
de la mer, devra être appelée calcaire libanien supérieur ; 
elle se caractérise par son manque presque complet de fos- 
siles. Au reste , dans toute la Syrie , les fossiles sont fort 
rares , et il m’est arrivé de marcher des journées entières 
sans en rencontrer aucun débris. Ces calcaires crétacés ont 
été tourmentés et soulevés par des éruptions contemporaines 


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DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMCLATIOH. 


169 


des roches basaltiques , dans le plus grand nombre des 
cas % Dans quelques points , aux environs d'Antioche , par 
exemple , paraissent des roches serpentineuses dont l’époque, 
vu la forme et la disposition deces roches, a dû être postérieure 
aux basaltes ; puis enfin des roches doléritiques et amphibo- 
liques encore plus modernes , comme les montagnes du Hauran, 
le Ledja , et une partie de l'Arabie pétrée. Les éruptions ba- 
saltiques sont celles qui ont donné à la Syrie la forme et la 
configuration qu’elle a actuellement : ce sont elles qui ont 
formé ses vallées principales, toutes parallèles entr’elles : 
ce sont elles qui ont déposé leurs produits dans le sens 
d’une vaste faille ou crevasse, partant des environs d’Autal , 
premier point où je les ai observées , jusqu’aux montagnes 
du Moka tan , qui dominent le Caire , dernier point où elles 
paraissent et où elles ont produit un amas de collines de 
grès et de sables complètement vitrifiés. Cette disposition 
des roches basaltiques est constante en Syrie , et la coupe 
figurative que je vous trace pour la montagne du Liban 
et les vallées de l’ Antiliban , est la coupe de toutes les vallées 
de la Syrie. La disposition des couches relevées est partout 
la même , leur inclinaison et leur direction sont les mêmes. 

'Voilù quelle est la disposition générale des vallées de la 
Syrie. H y a dans quelques points des accidents locaux, 
comme les dépôts de chaux sulfatée , cristallisée dans les 
marnes ,du calcaire libanien inférieur près de Latakié ; le 
sel gemme à 5 lieues à l’est d’Alep ; les schistes calcaires 
d’ Autour a avec poissons fossiles ; les lignites de Keurnaïl ; . 
les schistes bitumineux des bords de la Mer - Morte ; le 
massif granitique du mont Sinaï. Il ne me reste plus à 
étudier, pour compléter mes observations , que le Sinaï , où 
je tâcherai de faire un voyage , et les lignites de Keuruaïl. 
Cependant, je vais me mettre à travailler à rédiger mes 
notes. C’est à quoi je consacrerai cet hiver-ci. 


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170 


ANNALES 


DISCOURS 


POUR l'lNAUGUBATION A DOMREMY 


DE LA STATUE DE JEANNE D’ARC, 

DONNÉE PAR LE ROI, 

. ' 

PRO0ORCX LE 9 MAI l843 


PAR M. DE LA BERGERIE , 

PRÉFET DES VOSGES, PRESIDENT DE LA SOCIETE. 


Ep 1429, les Anglais, maîtres d’ane grande partie de la 
France, assiégeaient Orléans. 

« La ville toute vaste qu’elle fût , était environnée de 
» bastilles et de boulevards élevés sur les deux rives et qui 
» ne laissaient presqu’ aucun moyen de faire entrer dan» la 
» ville des munitions et des vivres. Déjà la famine eommen - 

> çait à s’y faire sentir. Le courage des habitants , de la 
» garnison et du vaillant bâtard d’Orléans , se soutenait 
» encore ; ils ne voulaient point entendre parler de se rendre 

> aux Anglais. Cependant , abandonné et sans secours , il 
» fallait bien qu’ Orléans fût enfin forcé ; il fallait bien que 
» le Roi perdit ce dernier espoir de sa couronne , et se re» 
» tirât en fugitif dans les provinces du midi qui lui restaient 
» encore fidèles. 


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DF. LA SOCÛTÉ D FMULATION. 


171 


» Tout-à-coup les choies changèrent miraculeusement. 

» Dans le même temps , il y avait au village de Domrémy, 
» sur les marches de la Champagne, de la.Bourgogne et de 
» la Lorraine, une jeune fille nommée Jeanne d’Arc, qui 
» avait depuis long-temps des visions surprenantes. Citait 

■ la fille d'un pauvre paysan ; elle avait été élevée selon 
» son état , mais avec une extrême piété. Sa dévotion et sa 
» sagesse édifiaient tout le canton. Elle était aussi bien 
» bonne Française et n’aimait point les Bourguignons ni 

• les Anglais ; car dans ces temps de malheur, la discorde 
» divisait même les gens de la campagne , et l’on voyait les 
» petite enfants se battre et se meurtrir à coups de pierres 
» quand ils étaient de deux villages de faction différente. 

> Jeanne , qui n’avait pour lors que dix-sep t ou dix-huit 
» ans , n’avait , depuis ta naissance , rien vu autre chose 

• que la misère du pauvre peuple de France , et V avait 

> toujours entendu imputer aux victoires des Anglais, à la 

■ haine des Bourguignons. Souvent à l’approche de quelques 

• compagnies ennemies , elle avait, en grande hâte, conduit 
» dans la forte enceinte d'un château voisin, le troupeau st 
» les chevaux de son père. Une fois mime les Bourguignons 

• vinrent piller le village de Domrémy , et Jeanne s’en alla 
» avec son père et sa mire se réfugier , durant cinq jours , 
» dans une auberge à Neufchàteau. » 

C'est ainsi que s’exprime l'on des plus consciencieux 
historiens de Jeanne d’Arc , l’auteur du livre des Ducs de 
Bourgogne , dont l'esprit élevé , le cœur tout français et 
l’érudition profonde , se sont trouvés d'accord dans la re- 
cherche du vrai , sur cette pauvre fille que l’on serait tenté 
de croire de céleste origine , tant sa conduite fut pure , 
tant sa pensée fut religieuse , tant il y eut en elle , durant 
toute sa vie , comme uue tranquille assurance de retour 


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172 


ANNALES 


au sein de Dieu , dès que sa mission de justice se trouverait 
accomplie. 

H y a dans le monde quelque chose de presque aussi 
beau que la croyance sincère , c’est le respect pour la 
croyance sincère. 

Aussi , Messieurs , en reportant nos pensées sur Jeanne 
d’Arc , inclinons-nous devant cet amour de Dieu , devant 
cette impulsion divine , le seul secret , la seule explication 
possible d'une vie qui fut simple comme celle d’une ber- 
gère, pure et religieuse comme celle d’une sainte, glorieuse 
enfin comme celle des grands martyrs. 

Après quatre siècles , nous nous trouvons dans cette 
chaumière qui vit naître Jeanne d’Arc ; après quatre siècles , 
remerdons-en Dieu , il nous est donné de placer l’image 
de l’héroïne dans cette même chambre où , comme elle le 
disait à la suite de saintes visions , ses voix , les voix du 
ciel , se faisaient entendre à elle , et lui prescrivaient le 
sacrifice de son repos , le sacrifice de cette vie tranquille 
de Domrémy , pour prendre la vie des armes , au nom de 
son Roi et de son pays. 

« Elle crut d'abord qu'étant une pauvre fille des champs , 
» elle ne saurait ni monter à cheval , ni conduire des 
» hommes d'armes / » 

Mais , pressée de plus en plus par de secrètes inspira- 
tions , elle finit , comme chacun sait , par s’adresser au 
aire de Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs. 

Long - temps il la repoussa , long - temps il la traita de 
visionnaire et parut croire qu’elle ne jouissait pas de toute 
sa raison , ou peut-être qu’une influence surnaturelle et 
maligne , selon les préjugés du temps , l'avait saisie et la 
faisait esclave d’une puissance bien différente de celle que 
confessaient sans cesse et les récits , et les aveux et les 
prières de Jeaune. 


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173 


b£ LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

Mais le temps et les épreuves devaient tourner à l’honneur 
de la sainte fille ; elle vainquit le sire de Baudricourt par sa 
patience , par le naïf accent d’une conviction éclatante de 
pureté , par la ferme insistance d’une volonté toute em- 
preinte de l’amour du pays , passion sacrée , sorte de reli- 
gion terrestre qui se marie à l’autre , qui , quelquefois , 
s’empare des âmes les plus tendres , donne à leur cœur la 
détermination et à leurs bras la force. 

Ce fut le sort de Jeanne , lorsque , sous le charme irré- 
sistible de ce saint enthousiasme, elle prit le vêtement 
d’homme , elle chaussa les houzeaux , attacha des éperons , 
reçut une épée , et partit à cheval sous la conduite de deux 
gentilshommes pour aller trouver le Roi. C’était au com- 
mencement de 1429, Jeanne d’Arc avait alors dix- sept à 
dix-huit ans. 

Dès ses premiers pas elle courut de grands dangers : il 
était si difficile de traverser ce pays de France , alors livré 
à toutes les horreurs de l’anarchie et du brigandage. 

De nos jours , Messieurs , sous cet empire des lois qui 
règlent la vie , les droits , les devoirs de tous j dans une 
parfaite mesure et sous l’action d’une constante harmonie , 
à peine pouvons-nous croire qu’il fut un temps où rien de 
cela n’était ; et c’est presque fable À nos yeux que cette 
peinture des misères de la première moitié du 1 5* siècle , 
des temps honteux d’isabeau de Bavière , de la domination 
étrangère , et de la fortune française aux abois. 

Quelle désolation dans les campagnes , quelle inquiétude 
de chaque jour ! Dans la chaumière de Jeanne d’Arc , 
auprès de ce foyer que nous voyons là, la famille se pressait 
pendant les soirées d’hiver. Les récits des voyageurs, ceux 
des pèlerins , les bruits de toute sorte devaient frapper 
l’imagination des pauvres gens ; le cœur de Jeanne devait 


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174 


ANNALES 


battre , ses yeux devaient se remplir de larmes quand on 
loi racontait et les triste» effets de la démence dn vieux Bol , 
et l'humiliation de l'béritier de ses droits , et les actes vio- 
lents do pouvoir étranger. 

C'était le cri de la patrie ) Jeanpe l’entendit avec cette 
exaltation do bien contre le mal , qui se fait jour an fond 
de certaines âmes. 

C’était le cri de la patrie ! et la patrie, pour dis, c’était 
le foyer du pauvre et le foyer du Roi ; c’étaient les lois , le 
culte , le souverain des fleur» de lys, le souverain avec la 
bonté de Charles V , avec l'honneur de sa maison et l’hnile 
sainte qu’impose la religion. 

Toutes ces pensées cher Jeanne étaient sans doute plutôt 
nn sentiment qn'un raisonnement suivi. Ce qui l’avait frap- 
pée , c’était le mal ; ce qu’elle voulait , c’était le secours ; et 
dans sa naïve piété , elle s’adressait au ciel , à ceux qui y 
intercèdent pour nous : elle implorait Saint-Michel , Sainte- 
Catherine, Sainte - Marguerite ; elle les priait de loi venir 
en aide pour qu’elle sauvût la France. 

Tel fut l'enchaînement simple des idées d« Jeanne et de 
ses résolution» .; telle fat la source de ses projets et de ses 
espérances. La sorcellerie pour laquelle on la brûla , ce 
fnt sa foi , ee fut son centrage , ce forent les grands coups 
de sa bannière sur les casaque» anglaises à Orléans , à 
Patay , à Paris et dans tous les combat». 

Je m’arrête : l’histoire a dit le reste; et peut-être aurais-je 
dû laisser parler seule à vo» yeux cette belle figure de Jeanne 
que nous venons inaugurer et qni semble à chacun comme 
le résumé le plus vrai de sa vie. 

Oui, Messieurs, le Roi, dans sa paternelle bonté, cédant 
aux voeux du conseil général dés Vosges, a daigné nous 
donner la statue de Jeanne d’ Arc , et selon les intentiorts 


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175 


DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 

de Sa Majesté , noos la plaçons dans la chambre même où 
naquit l’héroïne, dans ce lieu qui plus que jamais va devenir 
un sanctuaire de piété et de souvenirs glorieux. 

Mais quel génie a donc créé cette œuvre si suave de forme 
et d’expression ? quel esprit cultivé , quelle imagination 
tendre et religieuse , quelle main habile ont pu se trouver 
d’accord pour donner au bronze la vie , la volonté , les 
intimes croyances de cette bergère des combats ? 

Cette artiste , Messieurs , ce fut une jeune fille , une 
princesse , la fille de notre Roi ; ce fut Marie d’Orléans 1 

Elle aussi était belle , elle aussi était jeune , elle aussi 
était pieuse , elle aussi aimait la France ! elle est au ciel 
à côté de Jeanne d’Arc , puisque Jeanne d’Ârc est tout 
auprès de Dieu. 

Pour nous , pleins de reconnaissance envers le Roi qui 
a daigné combler nos vœux par un si beau présent, ne 
perdons jamais de vue que l’œuvre inspirée de Marie d’Or- 
léans est l’expression des sentiments patriotiques qu’elle 
sut puiser au sein de sa famille , sous les yeux du Roi , 
auprès de la Reine que le monde entier vénère , auprès 
de ses frères Ils étaient cinq alors ! 

Mais que le courage et la résignation ne nous abandonnent 
pas ! sachons , comme le Roi , ramener nos regards et nos 
pensées sur la patrie, songeons à son avenir et à ces jeunes 
enfants qu’une princesse adorée , mère tendre et dévouée , 
saura rendre aussi bons , aussi nobles , aussi vaillants , 
aussi français que le fut le frère de la princesse Marie. 

Bénissons l’œuvre qui nous rappelle de tels sentiments 
et réveille dans nos cœurs de si justes espérances pour 
l’avenir d’une dynastie dont la bannière « comme celle de 
Jeanne d’Arc, a pour premier mobile l’honneur de la patrie 
et son indépendance. 


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176 


ANNALES 


C’est à la garde des saintes filles du Seigneur , c’est & la 
vénération du jeune troupeau qui peuple l’école des filles 
de Domrémy que nous confions l’image de Jeanne d'Arc. 
En la saluant chaque jour , en la décorant de fleurs , en 
appelant sur elle les prières et l’encens, elles honoreront 
en même temps deux belles et grandes mémoires : l’hé- 
roïsme de l’action et le génie qui sait le comprendre. 
Jeanne de Domrémy et Marie d’Orléans! 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


177 


ÉTAT GÉNÉRAL 

DES AMÉLIORATIONS 

EXÉCUTÉES 

DANS LES FORÊTS DOMANIALES ET COMMUNALES 

DU DÉPARTEMENT DES VOSGES , 

Tant par les entrepreneurs à prix d? argent et 
par les adjudicataires de coupes de bois , que, 
par les concessionnaires et par les gardes , 
depuis le I er janvier 1842 jusqu? au I er janvier 
i843, 

DRXSSt 

Par M. MUNSÇHINA, 

CONSERVATEUR DBS FORÊTS , 

■wiu nnuuii 


12 


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178 ANNALES 



TERRAINS REPEUPLÉS 

PAR 


PLANTATIONS 

non évaluées en argent. 

ARRONDISSE- 

MENTS 

COMMUNAUX. 

entreprises 
à prix 
d'argent 
et 

parles 
a ajudi ca- 
taires 

de coupes. 

les 

k. 


Nombre de plants 
employés par les 

conces- 

sionnaire 

de 

terrains. 

les 

gardes. 

TOTAUX. 

V 

entre- 

preneurs 

et 

adjudicataire 
de coupes. 

gardes. 

Reiniremont. 

hect. ares. 

10 00 

h. a. 

53 92 

h. a. 

9 30 

h. a. 

73 22 

258,000 

FORÊTS 

99,240! 

Saint-Dié. . . 

1 50 

159 35 

12 57 

173 42 

481,006 

86,400 

Mirecourt. . . 

U 

» 

4 92 

4 92 

U 

47,300 

Neufchàteau. 

15 00 

1) 

» 

15 00 

161,400 

19,350 

Épinal 

22 33 

29 05 

6 00 

57 38 

110,867 

61,050] 

Totaux. . 

48 83 

242 32 

32 79 

323 94 

1,011,273 

313,340 

Remiremont. 

83 39 


» 1 

83 39 

178,000 

FORETS 

» 

Saint-Dié . . . 

76 09 

153 35 

7 20 

236 64 

674,160 

18,150: 

Mirecourt. . . 

18 8& 

» 

1 54 

20 42 

209,700 

26,100 

Neufchàteau. 

3 00 

5 00 

3 78 

11 78 

146,865 

64,000 

Épinal 

39 50 

17 51 

2 59 

i 

59 60 

612,854 

63,500 

Totaux. . 

220 86 

175 86 

15 11 

411 83 

1 ,821,579 

171,750 

FORETS 

domaniales. . 

48 83 

242 32 

32 79 

1 

323 94 

1,011,273 

RÉCAPI 

313,340 

communales. 

220 86 

175 86 

15 11 

411 83 

1,821,579 

171,750 

Totaux généraux. 

269 69 

418 18 

47 90 

735 77 

2,832,852 

485, OOC 


(*) Les travaux portés dans cette colonne ont été faits par les entrepreneurs d 
coupes usagères ou k prix d’argenl. — 1,000 mètres de fossés ont été faits en ouLr 
par les gardes. 


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DE LA SOCIETE D ‘ÉMULATION. 


179 



SEM 

non évalués e 

loabre de kilogra 
letilresde semen 

par les 
fotrepreneurs 
et 

«diodicataires 
oe coupes. 

1S 

n hectares. 

aimes ou d’hec- 
ces employées 

par les 
gardes. 

MÈTRJ 
faits à neul 

entre- 

preneurs. 

ES DE FC 

i ou répai 

adju- 

dicataire 

de 

coupes. 

1SSÉS 
es par les 

conces- 

sionnaires 

de 

terrains. 

CHEMINS 

ou 

ROUTES 

faits 
à neuf 

ou 

réparés. 

Longueur 

en 

mètres. 

NOMBRE | 

D’il KO TA R ES 
de bois 
dont 

l'aménage- 

ment 

a été exécuté 
dans 
l’année. 


DOMANIALES 

i. 


(0 






1%. litres. 

lilog. 

litres. 

mètres. 

mètres. 

mètres. 

mètres. 

hect. arcs. 


1,096 . 

149 

B 

5,414 

B 

« 

5,300 

» 


100 1,005 

B 

220 

u 

150 

10,999 

9,827 

4,313 20 


B 


B 

9,175 

V 

U 

805 

u 


B 

B 

40 

2,790 

u 

» 

1,998 

1,495 38 


120 - 

234 

B 

12,059 

» 

2,461 

2,175 

11 


1,316 1,005 

383 

260 

29,438 

150 

13,460 

20,105 

5,808 58 


COMMUNALES. 




i 

i 



1,658 > 


M 

23.506 

» 

» 

9151 



763 3,470 

15 

» 

4,932 

3,150 

8,087 

1,831 î 

» 


B 


B 

35,758 

22,01 6 

n 

50 

158 40 


• 4,030 

B 

3,460 

44,155 

7,382 

t 

340 

92 64 


34 . 

30 

n 

25,822 

35,153 

1 ,545 

1,175 

II 


2,455 7,500 

45 

3,460 

134,173 

67,701 

9,632 

4,31 1 

251 04 1 

1 TtLATION. 


1 






1,316 1,005 

383 

260 

29,438 

150 

13,460 

20,105 

1 

5,808 58 

2,455 7,500 

45 

3,460 

134,173 

67,701 

i 7 

9,632 

4,31 1 

251 04 1 

3,771 8,505 

428 

3,720 

163,011 

67,851 

23,092 

24,416 

6,059 62 


f Pontceaux ont été construits sur des tranchées dans les forêts communales de 
Hfirecourt , et 472 bornes remplacées ou relevées dans celles d*Épinal. 


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180 


ANNALES 


RELE 

des améliorations exécutées en 1842 par 



NATURE ET QUANTITÉ 

NOMBRE 

S 

NOMS 

DES DIVERS PRODUITS FORESTIERS DÉLIVRÉS. 

D E 

JOURNKI 

Bottes 

Bottes 

Bottes 

Stères 



restant 

! 

des 

d’herbes 

de 

de bruyère 


cm- 

a 


de 

50 kilogr. 

genêts 

mousse 

de 

dues. 



INSPECTIONS. 

de 

50 kil. 

de 

50 kilogr. 

souches. 


ployées. 

em- 

ployer, 


I 





FO 

RETS 

Remiremont. 

69,439 

1,785 

17,539 

5,172 

10,764 

8,621 

2,143 

Saint-Dié. . . 

121,696 

U 

21,050 

1 1 ,895 

1 1 ,276 

9,813 

1,646 

NeufcMteau. 

1,549 

» 

1 » 

3,012 

2,266 

1,942 

324 

Mirecourt. . . 

10,829 

u 

« 

663 

1,217 

912 

305 

Épinal 

24,273 

450 

31,970 

3,207 

5,366 

2,157 

3,209 

Totaux . . 

227,786 

2,235 

70,559 

23,949 

30,889 

23,445 

7,627 







FORÊTS 

Remiremont. 

47,4681 

330i 

30,015 

2,460 

6,560 

3,577 

2,983 

Saint-Dié . . . 

53,126 

50 

1,578 

6,807 

6,227 

7,130 

1,103 

Neufchàteau. 

8,502 


» 

2,597 

2,716 

2,062 

654 

Mirecourt. . . 

2,615 

175 

865 

3,367 

2,813 

2,054 

759 

Épinal 

18,225 

» 

7,575 

1,871 

4,138 

3,282 

856 

Totaux . . 

129,936 

555 

40,033 

17,102 

22,454 

18,105 

6,415 







RÉCAPI 

FORETS 

domaniales. . 

227,786 

! 2,23 5 

70,559 

23,949 

30,889 

23,445 

7,627 

FORETS 

communales. 

129,936 

555 

40,033 

17,102 

22,454 

18,105 

6,4 1S 

Totaux géhér. 

|357,722 

2,790 

1 10,592 

41,051 

53,343 

41,550 

U, 04^ 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION 


NÉRAL 

cessionnaires de menus produits forestiers 


181 


Quantité 

de 

mnence 

livrée. 

Litres. 

NATURE BBS TRAVAUX 1 

FAITS AD MOTIR DIS JODKHÉKS KHPLOTÉKS. I 

Nombre 
d*ares 
de coupes 
à repeupler 
préparés 
pour 
recevoir 
U semence. 

Nombre 
d'ares vides 
préparés 
pour 
recevoir 
U 

semence. 

Quantité 
de ki- 
logrammes 
de graine 
semée. 

Nombre 

de 

plants 

repiqués. 

Nombre 
de mètres 
de rigoles 
d'assainisse- 
ment 
exécutés 
ou fossés 
réparés. 

Nombre 
de mètres 
de 

routes 
réparés 
ou faits 
à neuf. 

DOUAI 

riAJLES. 






1,608 

21 » 

103 62 

1,336 

1,125,593 

9,698 

5,389 

2,472 

76 74 

57 79 

1,852 

396,506 

11,234 

B 

* 

> 

» 

B 

B 

1,100 

2,335 

» 

5 80 

» 

220 

25,900 

1,284 

1,740 

B 

» 

32 05 

» 

121,267 

5,096 

2,175 

4,080 

103 54 

193 46 

3,408 

1,669,266 

28,412 

11,639 

■ 

COMMDHALES. 






796 

15 50 

58 69 

1,789 

644,469 

2,462 

532 

889 

44 » 

98 85 

2,403 

287,910 

13,475 

390 

« 

6 44 

4 68 

4,595 

89,200 

2,441 

1,595 

» 

3 45 

8 36 

B 

244,650 

6,524 

800 

1 • 

11 28 

5 25 

B 

264,156 

4,366 

215 

1,685 

80 67 

175 83 

8,787 

1,530,385 

29,268 

3,532 

tclation. 






1,080 

103 54 

193 46 

3,408 

1,669,266 

28,412 

11,639 

1,685 

80 67 

175 83 

8,787 

1,530,385 

29,268 

3,532 

5,765 

184 21 

369 29 

12,195 

3,199,651 

57,680 

15,171 


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182 


ANNALES 


Outre les travaux désignés ci-contre , les concessionnaires 
de produits forestiers ont extrait , cassé et répandu sur des 
routes forestières 1 ,356 mètres cubes de pierres ; ils ont 
construit 584 mètres de murs de clôture , plusieurs aqueducs, 
et enfin ils ont été employés au façonnage de bois provenant 
de nettoiements de coupes. 

Sur les 7,130 journées employées dans l'arrondissement 
de Saint-Dié, 2,066 résultent de prestations volontaires. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION . 


183 


CRITIQUE. 

EXAMEN 

DES 

QUESTIONS DE MORALE PRATIQUE 

DE M. SALMON, MEMBRE CORRESPONDANT, 
PAR M. MANSION , 

MEMBRE TITULAIRE. 


Messieurs , 

Je sois chargé de tous rendre compte d’une publication d’un 
de vos associés correspondants, M. Salmon , procureur du Roi 
à Saint-Mihiel. Sous ce titre : Questions de morale pratique , 
l’auteur, dans un petit in- 12 de quelques feuilles, a réuni 
trois écrits , dont un en forme de nouvelle , les deux autres 
en forme de dialogue , et qu’il nomme entretiens. La nou- 
velle a pour titre particulier, le Capitaine Robert ou le 
Préjugé . Votre opinion est faite sur cette intéressante com- 
position , dont j’ai déjà eu l’honneur de vous parler dans le 
compte rendu de vos travaux pendant l’année 1841 ; je n’ai 
plus qu’à m’occuper des deux autres , 

Le premier entretien , qui commence le petit volume dé- 
posé sur votre bureau , roule sur le choix d’un état. C’est 
une conversation ingénieuse entre un magistrat , un jeune 
avocat, un prêtre, un médecin et un laboureur. Dans cet 


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(84 


ARN ALU 


écrit, l’autear fait sentir combien il importe d'embrasser la 
profession qu’on est le plus capable de remplir. C'était une 
belle question à traiter pour nn moraliste. 

Il faut le dire : c’est du choix d'nn état que dépend notre 
bonheur ou notre malheur. Heureux si nous avons pu re- 
cevoir l’instruction suffisante , et nous trouver dans le milieu 
qui se rapporte à nos goûts, à notre aptitude, à notre 
capacité; malheureux, si, doués par la nature d'un enten- 
dement souple et intelligent , nous n’avons pas reçu le» 
éléments d’instruction convenables , et si nous n’avons pu 
être placés de manière à les développer dans la profession à 
laquelle notre aptitude aurait le mieux répondu. Combien, 
en effet , doivent les angoisses d’une vie triste , inquiète et 
jalouse , anx circonstances qui les ont éloignés , par lenr 
faute ou autrement , du centre d’activité qui leur était propre ! 
Combien doivent les satisfactions de leur existence , et par 
conséquent leur aménité , leur générosité , leur justice , à 
la direction rationnelle qu’ils ont reçue dès leur entrée dans 
le monde ! Il y aurait. Messieurs, une série de romans 
critiques et fort dramatiques à faire sur les diverses situa- 
tions qu'embrasse ce sqjet : que de déceptions à enregistrer , 
que d’orgueilleuses misèreç à révéler ! Mais M. Salmon s’a- 
dresse à une classe d'hommes qui ne lit point les romans. 
Comme écrivain , il appartient, par le fond et par la forme , 
h l’école classique des bonnes traditions : c’est en moraliste 
didactique , et c’est avec une forme sérieuse qu’il a traité 
cette question délicate. 

On comprend qu’il a dû commencer par reconnaître la 
difficulté qui, d’ordinaire, réside dans le choix d’un état; 
aussi, est- ce par là qu’il entre en matière. Parmi les per- 
sonnages qu’Ù met en scène , le laboureur est l’bomme du 
peuple qui, en, raison de l’humilité de ses relations , semble 
devoir éprouver le plus de difficultés pour placer ses enfants , 


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DK LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 


185 


et il exprime ton embarras : or, l’embarras, c'est le doute; 
le doute conduit à l'examen on à la éritiqae ; le laboureur, qui 
représente le penple ou la majorité, en est à l’état de critique , 
et il se plaint, comme se plaint la masse qu’il personnifie , 
de ce que la préférence , accordée même an mérite , dans la 
distribution des emplois , ressemble à la faveur , tant est 
grand le nombre des concurrents. Il est soutenu dans son 
opinion par un jeune avocat qui déblatère contre l’intrigue 
et la protection qu’il dit être le privilège de la fortune. D 
demande le règne de la capacité. C’est encore un interloca- 
teur à l’état de critique , qui prend pour drapeau la réforme. 
Il résume asses bien les idées de l'opposition qui, depuis 
1 830 , s’est élevée contre le népotisme et la faveur , sous 
quelque forme qu’ils se soient montrés. Il y a Han» les 
anathèmes qu’il jette à la face des exploiteurs une généreuse 
effervescence ; c'est une sorte de personnification de ces 
jeunes gens qui , dans les premières aimées qui ont suivi 
la révolution de juillet, ont marché sous la bannière d’un 
républicanisme outré , mais sincère , et qui se sont laissés 
exploiter , eux , leur probité et leur crédulité, par les in- 
trigants qui ont travesti leur bannière, l’ont ruinée , des* 
honorée pour ainsi dire. 

Le médecin, troisième interlocuteur , veut le règne de 
l’égalité et de la capacité réunira ; sa philosophie est celle 
des hommes qui ont pris leur critérium dans cette formule i 
à chacun selon ses ouvres. Il est de la classe des utopistes, 
mais comme il est intelligent sousd’inspiratfon de l’auteur , 
et que tout ce qui rat intelligence recèle en soi des vérités , 
plusieurs de celles qu’il proclame parmi ses exagérations 
ont lenr portée. Ce personnage est encore piaoé dans les 
rangs de l’opposition , ce Protée de l'époque , qui ser» l'ex- 
pression que l’histoire et la philosophie laissèrent dominer 


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186 


ANNALES 


dans les tableaux qu’elles feront de notre temps de révolu- 
tion, c'est-à-dire, d’analyse et de transition. 

Le magistrat est le Phüinte de l'entretien. C’est de lui 
qu'émanent les appréciations les plus saines et les plus ra- 
tionnelles. Il pose eu principe que l’homme est né sociable , 
qu’il ne peut exercer ses organes convenablement ailleurs 
que dans la Société; il dit que, souvent, il y a entre deux 
esprits une distance égale à celle qui sépare , par la forme , 
-le crétin de l’Apollon du Belvedère ; qu’il n’est pas deux 
hommes sur dix qui puissent remplir le même emploi ou 
exercer la même profession ; il veut que l’homme embrasse 
un état selon ses goûts ; il repousse les systèmes des égali- 
taires et des partisans de la vie commune qui détruisent 
l’émulation ; il pense que l'homme doit exercer la profession 
que lui assigne son aptitude ; que la plus honorable est celle 
où l'on rend le plus de services à la Société ; que l’on doit 
juger une position, par le degré d'intelligence qu’elle sup- 
pose ; qu’un emploi n'est pas plus honorable qu’un autre, 
parce que l’état confère le premier , et que le second dépend 
d’un particulier ou de soi-même; il rappelle les diverses 
infidélités de là fortune dans toutes les conditions ; il établit 
que l’homme ne vaut que par ce qu’il fait, et qu’un citoyen 
ne doit pas plus chercher une place , ou embrasser une pro- 
fession au-dessus de son intelligence et de son instruction , 
qu'il ne doit vouloir porter un fardeau au - dessus de ses 
forces : paroles honnêtes*, principes puisés dans la plus 
saine morale et la plus* noble probité , puisqu’en effet , 
l’homme qui accepte un emploi qu’il ne peut remplir di- 
gnement, dérobe à la Société les services qu’uu agent plus 
capable lui aurait rendus. 

L’auteur met dans la bouche du magistrat des raisons 
solides, que rendent saisissantes des peintures très -bien 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 187 

senties de l’influence des vertus de famille ; mais à côté , il y 
a des généralités qui mériteraient peut-être des développe- 
ments, parce que, à l’état de simple esquisse, elles permettent 
une interprétation plus ou moins satisfaisante. Ainsi, le 
magistrat, en parlant des emplois publics , parait avoir une 
tendance d’entraînement à les déprécier, quoiqu’il proteste 
contre cette intention. C’est ainsi qu’il désigne, sous la dé- 
nomination d’employés vulgaires, chargés de travail d’ordre, 
les agents de l’administration , dont il compare les services à 
l’utilité directe de certaines industries qu’il estime bien au- 
dessus. IVous sommes de son avis , quant à l’abus qui fait 
que beaucoup rendent peu de véritables services. Mais si 
les emplois publics, ou mieux les employés , pour rester dans 
l’esprit des idées de l’auteur , ont démérité de l’estime gé- 
nérale, c’est, d’une part, et il ne le dit pas, à cause du 
népotisme , de la faveur , et par suite , de l’incapacité , 
souvent très-notoire , des chefs principaux , et de la déplo- 
rable exigence qui les enlève aux attributions de leur charge , 
pour en faire les agents des partis et des intérêts particuliers 
de quelques ambitieux. C’est, d’une autre part , parce que 
les emplois supérieurs et subalternes n’étant pas donnés 
ordinairement au mérite , ceux qui les tiennent font toutes 
les concessions et même quelquefois des bassesses inimagi- 
nables pour les conserver. Il y a dans le monde une opinion 
assez forte qui considère un fonctionnaire public , de haut ou 
de bas étage , hiérarchiquement parlant , comme un homme 
qui doit être sacrifié d’un moment à l’autre , s’il n’a pas 
vendu l’indépendance de son àme et de son esprit ; il y en 
a une autre , non moins persistante , qui établit qu’un ci- 
toyen est à moitié suspect dès qu’il se fait un des agents du 
pouvoir chargé de diriger les affaires publiques . Assurément , 
ce sont là des préjugés funestes , qui ont précisément pour 


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188 


AHNALES 


résultat d’entretenir ou d’augmenter le mal qu'on signale ; 
car ils ne tendent rien moins qu’à écarter de l’administration 
les hommes d’intelligence et de coeur, et à recruter le per- 
sonnel de ceux qui sont chargés des intérêts du pays parmi 
les incapables , par conséquent parmi les âmes vénales ou 
pusillanimes. 11 est temps de sortir de cette erreur ; il me 
semble que l'auteur avait, eu cette matière, une belle ques- 
tion à traiter. Lui qui honore des fonctions publiques , il 
lui appartenait , plus qu’à personne , de développer avec son 
talent cette vérité antique , pour ne pas dire éternelle : que 
la place ne fait pas l’homme , et que c’est au contraire 
l’homme qui fait la place ; que si les employés publics ne 
peuvent acquérir de la fortune , c’est peut-être par là surtout 
qu’ils sont au-dessus , ou au moins les égaux de ceux qui en 
possèdent par patrimoine ou autrement , et qu’on leur doit 
le même respect et la même considération , quelle que soit 
l’humilité pécuniaire de leur charge , que ceux qu’on accorde 
aux hommes que l’industrie , le commerce et l’héritage ont 
placés à la tête de gros capitaux le plus dignement possédés. 
Disons-le : que les hauts fonctionnaires , que les chefs de 
service soient toujours capables , ils seront indépendants , 
dans les limites de l’ordre et de l’honneur , parce que par- 
tout l’homme qui a du savoir trouve une place où il peut 
se mouvoir et se rendre utile. Qu’ils ne se laissent pas sé- 
duire ou intimider, ou circonvenir par les intrigues; qu’ils 
aient cette confiance et cette dignité que donne la capacité 
spéciale , ils s'entoureront de subordonnés capables sur les- 
quels ils s’appuieront , et dont ils ne songeront plus à faire 
des ilotes ou des victimes. Le pays y gagnera certainement; 
les emplois publics deviendront un sacerdoce, l’honneur de 
les remplir sera considéré comme un signe d’intelligence et 
de dévouement. Jusques là , je suis de l’avis de l’auteur , 


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DE LA SOCIÉTÉ O’ÉMULATIOlf. 189 

mais cela ne suffit pas : dans un livre d’éducation , j’aime à 
entrevoir les ressources de l’avenir , sous quelque forme que 
ce soit. 

Le curé est le dernier interlocuteur : et je ne sais ce 
qn'il faut trouver de plus remarquable , ou de l'habileté 
avec laquelle l’auteur s’abstient de conclure à la manière des 
premiers personnages qu’il a mis en scène, c'est-à-dire, en 
posant une théorie plus ou moins hasardée , plus ou moins 
praticable , ou de l'onctueux abandon qu’il fait découler des 
paroles du prêtre qui rapporte tout à la Providence , et es- 
time qu'il faut s’en remettre, dans tous les cas , à elle seule. 
U y a dans cette dernière partie une réserve bien appropriée 
à la difficulté dominante du sujet , c’est-à-dire , le moyen 
radical pour arriver à la réforme ; et cette réserve iie peut 
s’apercevoir de ceux au profit desquels est fait le livre que 
j’examine. L’auteur a su avec talent éviter l’inquiétude 
que l’examen aurait fait naître dans le cœur et dans l'esprit 
de ses lecteurs. La Providence , cette immensité religieuse 
et morale , plane au - dessus de tous les doutes et les fait 
taire : et, bien qu’elle ne s’analyse pas, bien qu’elle soit à 
l’état de mystère , même pour le prêtre qui la proclame et 
qui l’invoque , elle convainc parce qu’elle se fait aimer. 
C'est le symbole le plus saint et le plus eonsolant ; c’est le 
plus beau critérium qu’on ait pu proposer en présence d’un 
sujet qui embrasse dans son ensemble toute l'organisation 
sociale , dont il est si dangereux d’aborder les détails pour 
peu que l’on redoute , comme un prêtre doit le faire , le 
découragement , ou si l’on a connu les déceptions. H est 
évident que l’auteur, dans cet écrit, a voulu prouver qu’il 
faudrait fixer à la campagne , pour les y rendre utiles , 
beaucoup d’aptitudes médiocres qui viennent végéter et se 
perdre à la ville. H a entrevu la plaie de notre époque ; il 
pense avec raison qu'il faudrait bénir celui qui en trouverait 


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190 


ANNALES 


un jour le remède. 11 termine par une invocation à la religion. 
Ce morceau est d une éloqueuce et d’un style soutenu, qui 
rappelle les bons écrivains de l’école de Bossuet. 

Le deuxième entretieu , qui vient à la suite du Capitaine 
Robert et qui termine le volume , traite du danger de se 
mettre sous la dépendance de ses enfants. L’auteur a mis 
à nu , dans cette pièce , les misères dont les enfants ingrats 
abreuvent les parents imprévoyants, qu’une tendresse aveugle 
conduit jusqu’à se dépouiller de tous leurs biens en faveur 
de leurs fils ou de leurs gendres. Le principal interlocuteur , 
qui résume à lui seul l’idée mère de cet écrit, est un vieillard 
qui raconte comment il a été successivement chassé, ou 
contraint de sortir du domicile respectif de ses trois enfants , 
tous établis et tenus , par convention, de l’entretenir chacun 
à son tour. 11 y a dans ce récit des situations vraies, des 
appréciations intelligentes , des conseils très-judicieux ; et , 
si l’on se place au point de vue de l’écrivain , on sympa- 
thise avec son intention de flétrir les fils ingrats et de donner 
des avis aux pères qui seraient tentés de faire à leurs enfants 
un entier abandon de leur bien , pour se mettre ensuite à 
leur merci. Mais si l’on se place au point de vue de ce qui se 
passe le plus communément, on souffre, et l’on se demande 
au profit de qui , en face des hideux originaux qu’il donne 
pour exemples. Je crains que l’auteur n'ait point atteint le 
but qu’il s’est proposé. 

Le dialogue de cette pièce est plus animé que celui de 
l’entretien sur le choix d’un état ; il y a peut-itre plus de 
mise en scène , plus d’entrainement dans la phrase. Le sujet , 
d’ailleurs , est plus dramatique. Mais soit que je trouve 
l’infériorité relative de ce morceau dans le dégoût profond 
que .m’inspire l’ingratitude , soit que je n’attache pas une 
grande importance , ni aux jouissances purement matérielles , 
ni aux souffrances de cet ordre, il me semble que j’eusse 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


191 


trouvé plus instructive et pins touchante, la peinture 
d’une douleur morale, comme celle du Roi Léar de Sha- 
kespeare , en présence de l’ingratitude d éniants envers leur 
père , et que je l’eusse préférée à une douleur toute physique. 
La loi d’ailleurs prévoit le cas où les enfants refuseraient 
une pension alimentaire à leur père ; il est facile d’empêcher 
un vieillard dont les enfants sont riches , d’être réduit à 
l’aumône , et la mendicité qui me découvre les plaies puru- 
lentes de sa chair ne m’intéresse pas : je n’ai de véritable 
amour et de charité sainte que pour les maux de l’àme ; les 
autres sont bien secondaires , on les soulage sans penser ; 
ensuite l’ingratitude , au degré que l’a prise l’auteur, est la 
conséquence nécessaire d’une éducation mauvaise , dont le 
père est d’abord responsable. La première réforme est donc 
à introduire là , et l’auteur a les qualités qu’il faut pour 
cette tâche ; mais je doute qu’un gendre enclin à frapper 
son beau-père, et un fils capable de reléguer l'auteur de 
ses jours sur la paille et au froid , dans un grenier, comme 
ceux qui font le sujet du second entretien , puissent tirer un 
grand profit de la lecture de ce morceau. Pour ces gens-là , 
il y a la police correctionnelle et le banc de la conr d’assises ; 
car , hélas! leur enfance est passée , et le temps # de l’éduca- 
tion est passé pour eux avec elle. D’ailleurs , je redouterais 
que ce récit et les conseils qu’il donne , ne servissent de 
prétexte à bien des gens , qui ne demandent pas mieux que 
de s’enraciner dans le sens inverse de l’abus que redoute 
l’auteur. S’il est des fils ingrats , il est aussi des pères peu 
raisonnables. Le proverbe a dit depuis long-temps : à père 
avare, enfant prodigue ; et en voulant éviter un mal 4 il faut 
bien prendre garde au moyen qu’on emploie et redouter de 
tomber dans un pire. Oui , prenons garde de rétrécir, par 
des précautions extrêmes qui se corrompent dans la pratique , 
le cœur déjà si facile à s’endurcir. Songeons, à priori, que 


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192 


ASSAUBS 


de l’éducation des enfants dépend en principe le bonheur 
des pères dans leurs vieux jours. Au reste il ne fout pas 
perdre de vue que M. Salmon a écrit pour la campagne , 
et que là les souffrances ne deviennent morales qu’en passant 
par le corps qu’elles éprouvent ; toutefois ma conclusion est : 
que ce second entretien , quant au fond , quel que soit d’ail- 
leurs le mérite des détails , est bien inférieur au premier. 

Voilà , Messieurs , les réflexions qu’a fait naître dans 
mon esprit la lecture attentive que j’ai faite de l'oeuvre 
nouvelle de notre correspondant. Mais ce n’est que mon 
opinion propre, et je ne prétends pas qu’elle soit sans appel. 
Toutefois , les livres du genre de ceux de M. Salmon sont 
appelés à avoir une grande influence sur l’avenir. Leur des- 
tinée probable est de devenir livres classiques , livres d’édu- 
cation, et ils donnent le droit d’dtre sévères. C’est ce droit 
qui justifiera la sérieuse attention que j’ai apportée dans 
leur examen. L’auteur, que je ne connais pas personnelle- 
ment, a pris, par ses écrits, une place trop distinguée dans 
mon estime , et je lui voue , à cause d’eux , une affection trop 
sincère pour que j’aie.à me défier, en quoi que ce soit, de 
mes dispositions à son égard. Aussi , sous le point de vue 
de la forme, ne craindrai -je pas de dire : que si la diction 
est pure, souvent élégante, il y règne un air froid qu’il ne 
fout pas confondre avec la simplicité, et que l’auteur , avec 
sa belle imagination , pourra réchauffer dans les autres écrits 
que nous attendons de sa plume ; disons que si le style est 
l’homme, nous avons vu dans l’écrivain qui nous occupe un 
cœur essentiellement honnête ; il est placé dans les disposi- 
tions les plus convenables pour remplir la belle mission 
qu’il a choisie , d'enseigner le peuple. Il y a du bonheur 
dans cette àme candide qui aime ses semblables , et dans 
ce caractère ferme qui les juge pour les instruire. Certes, il 
nous a paru bien loin de ces hommes vains , à l’organisation 


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193 


DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 

chagrine et jalouse , qui, jetés par la force des choses , ou 
par leur faute propre , dans une condition qu’ils trouvent 
au - dessous d’eux , font retomber dans le commerce du 
monde, sur ceux qui les entourent, les mauvaises inspira- 
tions d’une morgue étroite et envieuse , ou d’une inquiétude 
égoïste et hautaine ! H. Salmon a la conscience de sa force, 
et ses allures sont bienveillantes ; il a suivi la pente qui lui 
était propre , et ses livres respirent cette aménité , cette 
droiture, et par conséquent cette justice dont je parlais en 
commençant. Son dernier écrit est sans doute un reflet de 
la pureté de ses mœurs , comme l’urbanité est toujours la 
conséquence de la vraie supériorité. 

Je me résume, Messieurs; le livre que vous m’avez chargé 
d’examiner est une œuvre de conscience, une bonne action 
accomplie avec talent. J’ai l’honneur de vous soumettre cette 
proposition : qu’il soit inséré au procès-verbal de vos séances , 
et qu’il soit donné information par lettre à l’auteur , que son 
livre intitulé : Questions de morale pratique , après un sé- 
rieux examen , a été déposé très - honorablement dans vos 
archives. 


13 


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194 


ANHALES 


L’AMOUR DE LA PATRIE. 

POÉSIE 

PAR M. MANSION , 

MEMBRE TITULAIRE. 


(Lue en séance publique.) 


L'indigène : 

Mon jeune ami , lorsque la brise passe 
Et de l'eau ride U surface , 

Toujours tu te prends b pleurer : 

Dans nos climats , pourtant on ne fait point la guerre ; 
Ici le ciel est doux , généreuse est la terre. 

De l'espoir de nous fiiir pourquoi donc te leurrer!... 
Ai-je souffert jamais que ton épaule porte 
Le lourd fardeau que le robuste Indien 
A sa tète suspend si bien (1) ? 

Dans nos conseils, toujours c'est ta voix, qui l'emporte; 
Nul ici ne te vend sa peine et son travail ; 

Le repos l'est permis au hamac du portail ; 

Pour t'abriter, ce n'est pas toi qui cueilles 
Du bananier les larges feuilles , 

Et jamais sur les mains , comme un fils d'arriéro (2) , 
Tu n’as porté le cantaro (3). 

C'est nous seuls qui courons, de citerne en citerne, 


(t) C’est au moyen d’une écorce d’aloès que les naturels supportent leurs fardeaux 
en prenant le front pour point d’appui. 

(S) Muletier. 

(8) C’est le rase dans lequel les naturels vont puiser l’eau aux fontaines. 


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195 


bE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

Puiser cette fraîche eau qui baigne tes cheveux ; 

Je t’aime autant que mes neveux ; 

Pana ma cabane , est-ce moi qui gouverne ? 

C’est toi qui règles tout : mon sommeil , mes repas ; 
Partout, si tu le veux , j’accompagne tes pas. 

Ma fille t’aime , et d’espérance , 

Sa mère la surnomme France; 

Et ce nom t’est bien cher, tu me Tas souvent dit*.. 
Cesse donc d’étre ingrat , ah ! cesse , par ton âme , 
D’affliger ton ami , mon enfant et ma femme , 

Ou bien je te croirais maudit. * 


L’étranger : 


Bon Indien ! quand la vague eut brisé sur la plage 
Le bateau frêle où je m’étais jeté , 

Et que par toi sur le rivagu 
Presque mort je fus apporté , 

Mieux eût valu qu’inhumain et farouche , 

De ton pied nu le repoussant h flot , 

Tu n’eusses point sauvé le pauvre matelot. 

Ne maudis pas les mots que prononce ma bouche ; 
N’accuse pas mon cœur, il sent comme le tien. 

Va! dans l’ime, je suis Indien. 

J’aime ta bonhomie et ta douceur candide ; 

J’aime ton chaud soleil , ton eau fraîche et limpide ; 
J’aime tes chants grossiers , tes repas , ton sommeil , 
Ton mais nombreux et vermeil , 

La pompe de tes cieux du couchant k l’aurore.... 

Ton langage incorrect , ami , je l’aime encore ; 

J’aime enfin tes forêts , tes chasses , tes combats ; 

Tes oiseaux-arc-en-ciel, si parfois j’en abats, 

De tes jeunes enfants j’en décore les têtes (1) , 

J’en pare aussi mon front; tes plaisirs sont mes fêtes; 
Et jamais l’Angelus ne s’entend au saint lieu , 

Sans que de tes bontés j’aille louer mon Dieu.... 


(I) Quelques peuplades de l’intérieur portent encoro des plantes. 


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196 


AA HALES 


Mais , ami , comprends-moi : cette mer si profonde 
Dérobe à nos regards un ciel, on antre monde.... 
Dans 1’abîme des flots qne ne sois-je resté ! . . . . 

Indien , ton sol natal , l’as-tu jamais quitté ? 

Non?. . # . Ta ne sais alors ce qne vaut la patrie; 

Va , c’est pins qu’une épouse ou qu’une enfant chérie , 
C’est plus qu’un fils qu’on aime avec idolAtrie , 

C’est bien plus qu’une amante et toute sa beauté ; 

Oui, c'est plus que la propre vie, 

Car c’est plus que la liberté!. •/ 

Si quelque jour, ami , le besoin de connaître , 

Te révélait des lieux où tu n’as pas dû naître , 

Quitte alors ton pays , puis qu’un autre soleil , 

Sortant d’une autre mer, t’offre un autre appareil; 
Que la brise , parfois , vers ta terre adorée , 

A l’heure où descend la marée , 

Au lieu de t’emporter, n’emporte qu’un soupir ; 

Perds enfin tout espoir de revoir ton rivage , 

Tes forêts, tes oiseaux, ton asile sauvage, 

Et tu diras encor : ma patrie .... ou mourir ! 


v 


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DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 


197 


ORGANISATION ET PERSONNEL 

DE LA SOCIÉTÉ EN 1843. 


BUREAU. 

Président, M .R. delà Bergerie (0. >&), préfet des Vosges. 
Président honoraire , H . le vicomte Simion (0 . >&), dépoté, 
directeur général de l’administration des tabacs à Paris. 
Vice-président , H. Maud’heux. 

Secrétaire perpétuel , M. Briguel. 

Secrétaire adjoint , M. Mathieu >&. . 

Trésorier , M. Guery. 

COMMISSION PERMANENTE DE STATISTIQUE (9 membres). 

MH. Mansion , inspecteur de l’instruction primaire , 
président , Hogard , agent - voyer directeur , Briguel , 
professeur , Haxo , docteur en médecine , Maud’heux , 
avocat , Mathieu , médecin vétérinaire , Perrin , juge , 
Charton , chef de bureau , Gle y , imprimeur. 

' COMMISSIONS ANNUELLES. 

1° commission d’admission (7 membres). 

MM. Maud’heux, président; Haxo, Claudel, Hogard, 
Munschina *&, Toillier, Gley. 

T commission dbs fonds et d’abonnement (5 membres). 

MM. Berher, président ; Claudel , Sarazin , Mougeot , 
Dysievoiez. 


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198 


ANNALES 


3° commission de rédaction et de publication (7 membres.) 

MH. Char ton, président; Maud'heux , Gle y, Saraxin, 
Haxo, Mansion, Hogard. 

4° commission des primes (7 membres). 

MM. Beaurain, président; Toillier, Déblayé $(, Claudel, 
Gley, Sarazin, Berher. 

5° commission d’agriculture et d’horticulture 
(9 membres). 

MM. Mathieu , président ; Berher , Claudel , Déblayé , 
Mougcot, Dutac aîné, Guery, Toillier, Munschim ♦ 

6° commission des antiquités (5 membres). 

MM. Grillot, président; Laurent, Hogard, Dutac jeune , 
Beaurain. 

membres titulaires résidant au chef-lieu. 


MM. 

De la Bergerie (O. if), préfet. 
Beaurain , architecte. 

Berher , entomologiste. 

Briguel , professeur de philosophie. 
Charton , chef de bureau à la préfecture. 
Claudel , ancien notaire. 

Déblayé (Sébastien) , propriétaire. 
Derazey (Honoré), juge. 

Drappier , docteur médecin. 

Dutac aine , praticulteur. 


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199 


DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 

Dutac jeune , praticulteur. 

DtsiIwiez , professeur de langue allemande. 

Evoh fils , agronome. 

Garnier , docteur médecin. 

Génie , propriétaire. 

Gley, imprimeur. 

Grillot , architecte du département. 

Guery , caissier à la recette générale. 

Haxo, docteur médecin. 

Hogaed , ' agent- voyer directeur. 

Ladbent, directeur du musée départemental. 

Lemarquis , procureur du Roi. 

Leroy , avocat. 

Mansion , inspecteur de l’instruction primaire. 

Mathieu # , médecin vétérinaire. 

Maud’heux , avocat. 

Mougeot , percepteur. 

Munschina ifc , conservateur des forêts. 

Rochatte, ancien notaire. 

Rüaijlt $ , propriétaire. 

Sarazin , professeur des sciences physiques. 

Toilliek, pharmacien. 

MEMBRES ASSOCIÉS LIBRES RÉSIDANT DANS LE DÉPARTEMENT. 

MM. 

Chevreuse , docteur en médecine à Charmes. 

Delpierrb, ancien président de la cour des comptes à Val- 
froicourt. 

Denis , juge de paix à Bains. 

De fr an oux , contrôleur des contributions indirectes à Plom- 
bières. 

Demangeon , docteur médecin à Chamagne. 


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200 


ANNALES 


Espée (de l’) , propriétaire à Charmes. 

Frire , correspondant historique dn ministère à Remiremont. 
Gard , sons-inspecteur forestier à Senones. 

Gaudel , pharmacien à Bruyères. 

Gaulard , professeur à Mirecourt. 

Gerardgeorge , propriétaire aux' Forges. 

Girardin , pharmacien à Neufch&teau. 

Grandgeorge, notaire à Dompaire. 

Grange , agriculteur à Monthureux-sur-Saône. 
Guilgot-Brocard , fabricant de papier à Deyvillers. 
Uennezel (d’), maire à Bettoncourt. 

Houel , ancien principal à Saint-Dié. 

Husson-Durand , marchand à Mirecourt. 

Lallemand , curé de Dompaire. 

Lenfant , président du comice agricole de Mirecourt. 
Lequin, propriétaire à Lahayevaux. 

Mamelet, médecin à Bulgnéville. 

Merlin , ancien chef d’escadron d’artillerie à Bruyères. 
Mougeot ^ , docteur médecin à Bruyères. 

Mougeot fils, docteur médecin à Bruyères. 

Peureux , maire à la Chapelle-aux-Bois. 

Pruines (de) , maître de forges à Semouze (Xertigny). 
Puton , naturaliste à Remiremout. 

R es al , avocat à Dompaire. 

Simon , principal et bibliothécaire à Saint-Dié. 

Tocquaine , architecte à Remiremont. 

Turcr , docteur médecin à Plombières. 

membres correspondants. 


MM. 

Albert Montémont , homme de lettres à Paris. 

Allon ville (C ,e d’) (O. $?) , ancien préfet de la Meurthe. 


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201 


DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. 

Ajltmayer , propriétaire à Saint-Avold. 

Bazelaire (de) , attaché aa ministère des cultes à Paris. 
Beaulieu , membre de la société des antiquaires de France. 
Beaupré, juge au tribunal civil à Nancy. 

Bégin , docteur en médecine à Metz. 

Bergé , chef de bureau à l’administration des tabacs , à Paris. 
Bergé , inspecteur des forêts à Chàlons-sur-Saône. 

Berr (Michel) , membre de plusieurs sociétés savantes , à 
Nancy. 

Berthier , propriétaire de la ferme expérimentale de Boville. 
Billig , garde à cheval des forêts à Saint-Menehould. 
Billy (de) , ingénieur en chef des mines à Strasbourg. 
Blajse (des Vosges), professeur d’économie politique à Paris. 
Bonnafous , directeur du jardin royal de Turin. 

Bonfils (de) >jft , ancien sous-préfet à Mirecourt. 

Bonn* , ancien secrétaire de la société royale des anti- 
quaires de France, membre de plusieurs sociétés savantes. 
Boula de Coulombiers îfe , ancien préfet des Vosges. 
Boulât (de la. Meurthe) , député des Vosges. 

Braconrot, directeur du jardin botanique de Nancy. 
Brssson # , conseiller à la cour de cassation. 

Buffévent (de) , conservateur des forêts à Grenoble. 
Cressant, directeur de la ferme expérimentale d’Artfenilk. 
Cuynat, chirurgien-major en retraite à Dijon. 

Cherrier (O. îfc) , ancien sous-préfet de Neufchàteau, à 
Paris. 

Collard ^ , ancien substitut du procureur général à ftancy. ' 
Colin , professeur au collège de Strasbourg. 

Coriolis îjfc , ingénieur en chef des ponts et chaussées à Paris . 
Demidoff (Anatole) , propriétaire de mines aux monts Oural 
(Russie). 

Denis père , membre de plusieurs sociétés savantes , à Com- 
mercy (Meuse). 


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203 


ANNALES 


Denis, médecin à Tool. 

Didklot , conseiller à la cour royale à Paris. 

Didion , ingénieur des ponts et chaussées à Niort. 
Dombasle (Mathieu de) à Rouille. 

Domphartin , docteur médecin à Dijon. 

Doué , ingénieur des ponts et chaussées à Sa verne. 
Fournel , professeur à Mets. 

Gadel , ' procureur du Roi à Vie. 

Géhin (dit Vérusmaur) , homme de lettres à Cherbourg. 
Gillet , substitut du procureur du Roi à Nancy. 

Gobron , ancien élève de Ro ville. 

Godde de Liancourt, fondateur de la société des naufrages , 
à Paris. 

Golbert (de) , conseiller à la cour royale de Colmar. 
Guibal père, juge de paix à Nancy. 

Hausmann , sous-intendant militaire en disponibilité. 
Heioniéré , entreposeur des tabacs à Saint-Amand (Cher). 
Hubert, naturaliste à Yverdun. 

Joly, ingénieur des ponts et chaussées à la Martinique. 
Kirschleger , professeur de botanique à Strasbourg. . 
Lair , secrétaire perpétuel de la société royale d'agriculture 
et de commerce à Caen. 

Languey de Sivry, propriétaire à Arney-le-Duc (Côte-d’Or). 
Lebesque , ancien professeur au collège d’Épinal. 

Lejeune , ancien chef de bataillon du génie à Metz. 
Levaillant de Bovent , ingénieur en chef à Besançon. 
Lehr , ancien fabricant à Strasbourg. 

Maimat , lieutenant au 2 * régiment de hussards. 

Malgaine , médecin à Paris. 

Maillier (de) ^ , officier supérieur d’artillerie à Metz. 
Marant fils , cultivateur à Rimaucourt. 

Martel , lieutenant au 5* régiment de hussards. 

Masson , conseiller à la cour royale de Nancy. 


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DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 203 

Maulbon d’Arbaumont & , ingénieur en chef des ponts et 
chaussées & Vesoul. 

Ménestrel , chirurgien aide-major au 21 e léger à Nantes. 
Miabeck (de) , officier en retraite à Darbas. 

Monicault (de) ^ , préfet à Evreux. 

Monnier , propriétaire à Nancy. 

Morel de Vindé , vicomte , pair de France , à Paris. 

Nau de Champlocis , pair de France , préfet à Dijon, 
Nodot, directeur du musée de Dijon. 

Noël , ancien notaire à Nancy. 

Qlhy , professeur à la faculté des lettres de Strasbourg. 
Ottmann père , ancien capitaine d’artillerie à Strasbourg. 
Pariset , secrétaire de l'académie royale de médecine. 
Pensée , professeur de dessin à Orléans. 

Péricaut de Gravillon , capitaine d’état -major à Paris, 
Petot , ingénieur en chef des ponts et chaussées à Bour- 
bon-Vendée, 

Pierrard, ancien officier du génie à Verdun. 

Pinet, avocat à la cour royale de Paris. 

Piroux , directeur de l’institution des sourds-muets à Nancy. 
Pradel (Eugène de), improvisateur à Paris. 

Putegnat , docteur en médecine à Lunéville. 

Puvis, président de la société d'agriculture de Bourg. 
Biquet , médecin vétérinaire au 7 e dragons. 

Salmon , procureur du Boi à Saint-Mihiel. 

Saucerotte, médecin à Lunéville. 

Simon , juge au tribunal civil à Metz. 

Simonin , médecin de l’hospice civil à Nancy . ' 

Soyer- Villemet , secrétaire de la société centrale d’agri- 
culture de Nancy, bibliothécaire en chef de la même ville. 
ScHWEiGHceusER , professeur à la faculté des lettres de 
Strasbourg , correspondant de l'institut , etc. , etc. 

Sou lacroix , recteur de l’académie de Lyon. 


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204 


ANNALES 


Thikbaut de Bernéaud , conservateur de la bibliothèqae 
mazarine à Paris. 

Thomas (d’Épinal) , professeur en Russie. 

Toussaint, agriculteur à Stuttgard. 

Turck , médecin à Paris. 

Tubck ( Âmédée ) , fondateur de l’école d’agricultnre de 
Sainte -Geneviève près Nancy. 

Yarlet, médecin à Hagnenau. 

Yergnaud-Bomagnési , négociant à Orléans. 

Yial , conservateur des forêts à Chaumont. 

Ville poix (de), ancien professeur d'agriculture à Ro ville. 


FIN. 


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TABLE DES MATIÈRES 


DU 

TOME y. — I e * CAHIER. — 1843. 


Procès-verbal de la séance publique du 2 mai i 843 . ... 5 

Discours d'ouverture , par M. de la Bergerie , préfet des 

Vosges, président 7 

Compte rendu des travaux de la Société depuis le 2 mai 1842 
jusqu’au 2 mai 1 843 , par M. Leroy, avocat, membre titulaire. 18 
Rapport sur la distribution des primes, par M. Brigue!, 

secrétaire perpétuel 4° 

Proclamation des médailles et mentions honorables . ... 65 

Concours pour les années 1844 et suivantes 68 

Mémoire sur la nature de la 6èvre typhoïde, par M. Turck, 

membre associé libre 72 

Récapitulation des objets dlhistoire naturelle déposés au 
musée départemental des Vosges en 1842 — 1843, par 
M. Mougeot, de Bruyères, membre associé libre. . . . n 3 
La Prise de la ville et du chasteau d'Épinal , extrait commu- 
niqué par M. Ballon , avocat à Paris 1 44 

Mémoire sur les obstacles à l'amélioration de l'agriculture dans 
les Vosges et à l'augmentation des bestiaux , par M. Turck , 

membre associé libre 1 53 

Extrait d'une lettre écrite de Saïda à M. Mougeot , par 

M. Gaillardot , membre correspondant 164 

Discours prononcé pour l'inauguration à Domrémy de la 
statue de Jeanne d'Arc, par M. de la Bergerie, préfet des 
Vosges 170 


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206 TABLE DES MATIERES. 

État général des améliorations exécutées dans les forets 
domaniales et communales des Vosges en i84? , par 
M. Munschina , conservateur, membre titulaire. • . . 177 
Examen des questions de morale pratique de M. Salmon , 
membre correspondant , par M. Mansion , membre titulaire. 1 83 
L’ Amour de la patrie , poésie par M. Mansion , membre 
titulaire 194 


FIN DE LA TABLE. 


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